‹ Le parler franco-acadien et ses originesChapitre 128 sur 179 · Le deuxième jour des noces · texte numérisé non relu

Le deuxième jour des noces

sionnaires, plutôt qu’une fleur de pudicité transplantée de France. Ils venaient du sud de la Loire, non loin de Chinon, où Messire Rabelais avait régné1 2, et les grivoiseries gauloises n’avaient rien, originairement au moins, qui fût de nature à alarmer leur pudeur, témoin certaines vieilles chansons qui se chantent encore, où le mot cru, l’image peu voilée, passent, sans que personne y prête attention.

Une grivoiserie s’appelle une sottise, en Acadie. Dire des sottises, sottiser, c’est “ parler gras. ”

A la première séance publique de fin d’année qui fut donnée au collège Saint-Joseph de Mamramcook (1865), le bon Père Lefebvre, fondateur et supérieur de l’institution, fit réciter par un de ses écoliers, la fable de La Fontaine intitulée Le Chat, la Belette et le petit Lapin. A l’énoncé du titre, le front de plus d’une jeune fille devint cramoisi.

Nous sommes ici sur un sujet croustillant 2 , où il faut glisser et 7i’appuyer pas. Hasardons quelques exemples :

Un mouton de garde, c’est un bélier ; un mâle entier, un étalon.

Le Secrétaire perpétuel de l’Académie Française félicitant un jeune premier du Théâtre de Molière sur l’exquise perfection de son costume Louis XV, lui vantera les dentelles de son jabot. Ce terme ne s’emploie jamais seul, ici, en présence de ces dames. A peine est-il honnête de dire devant elles un jabot de chemise. En France, le jabot c’est le contenant ; en Acadie, c’est le contenu 3 4.

Nous irons sur l’eau, nous y prom, promener,

Nous irons jouir 4 dans l’île. Chanson populaire.

1. — Régner a un sens plus étendu, ici, qu’il n'a en France, aujourd'hui.

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