‹ Le parler franco-acadien et ses originesChapitre 134 sur 179 · fruits sauvages · texte numérisé non relu

fruits sauvages

personne, ici, ni de ceux qui vinrent de France, ni de ceux qui naquirent au pays, ne fut jamais grand clerc des choses et jargon botaniques.

Les essences forestières, les fleurs, les herbages, les fruits sauvages, les légumes, conservèrent en Acadie, les noms rustiques qu’ils avaient en France. Ils gardèrent les noms familiers de là-bas, même lorsque les essences n’étaient pas tout à fait identiques, voire, en certains cas, lorsqu’elles différaient assez considérablement . On se laissait guider par l’analogie des noms ou des choses.

Quand il s’agissait d’espèces, ou de familles tout à fait nouvelles, la difficulté 1 de les désigner était grande, personne n’ayant de compétence à leur trouver, comme il arrive chez les botanistes, un nom savant et barbare, tiré du grec ou du latin, ni assez d’autorité pour l’imposer, dans le cas où l'on en eût trouvé un qui fut acceptable.

Aussi sommes-nous ici en présence de désignations souvent imprécises et confuses, où il- faut faire la part de l’analogie, de Vadonnance 2 des sons, de l’accident, de la trouvaille heureuse ou baroque.

Nous avons le bluet (ou beluet)1 2 3, comme ils l’ont en France. Seulement, en France, le bluet est une gentille petite fleur bleue, (que nous avons aussi) qui croît dans les blés, le centaurea cyanus; tandis qu’en Acadie, aussi bien que dans la contrée de Québec, le bluet est un fruit croissant à l’état sauvage dans les mocauques 4 et les savannes, le vaccinium ( corymbosum ) canadense, que les Français de France appellent airelle, s’il faut en croire Littré.

Notre patate est la pomme de terre de France. Ce qu’en France on appelle patate est le sweet potatoe des Grandes-Antilles, le convolvulus batatas des botanistes, à peu près inconnue ici. Nous avons aussi une pomme de terre, en Acadie ; mais ce n’est pas

1. — Difficulté. Le g et le c se permuttent souvent, en français. On dit aussi diffigultê en Berry.

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