‹ Le parler franco-acadien et ses originesChapitre 161 sur 179 · Mauvais accoutrement · texte numérisé non relu

Mauvais accoutrement

Les Anglais avaient formé roast-beef de deux mots français, ou francisés : bœuf et rost, pour rôt. ou rôti. En le faisant passer par leur cuisine, ils en ont fait rosti-bœuf, ou roast-beef. Les Anglais n’ont jamais été bons cuisiniers.

De cette manière la langue française a repris à l’anglais un certain nombre de mots excellents, plus ou moins défigurés.

Je n’en ai cité qu’un, j’en pourrais citer mille.

; Chaque fois qu’un mot étranger a passé par le peuple avant d’entrer au dictionnaire, il se présente en bonne tenue ; ses traits sont plaisants ; ses contours arrondis ; son port est gracieux • la coupe de ses vêtements est du bon faiseur ; il a de la race! Mais quand il arrive tout droit de chez le gazettier ou le libraire, il fait peur. Demandez lui comment il s’appelle :

Policeman, interviewer, répondrâ-t-il en grimaçant, î ard, creek, Met, express, township, warrant, music-hall, leader, garden-partij , water-proof, steeple-chase, coaching, footing, yatching, qu’on trouve dans Larousse, sont horribles à voir et à entendre.

D’autres, pour être reçus par les romanciers de France, n’en sont pas moins difformes : mackintosh, macadam, steamer, tunnel, spleen, select, fashionable, dandy, sandwich, cocktail, etc.

Avec les Parisiens nous empruntons aux Anglais leurs termes du sport 1 : starter, steeple-chase, catcher, knock-ont, dont on a fait, au jockey-club, cette horreur, knocouter, pendant que nous en possédions d'aussi bons, de meilleurs même, en tous cas de plus élégants.

Que de mots à déchirer le fer :

Le railway, le tunnel, le ballast, le tender ;

Express, trucks et wagons : une bouche française

Semble broyer du fer et mâcher de la braise.

Faut-il pour cimenter un merveilleux accord,

Changer l’arène en turf et le plaisir en sport ?

Demander à des clubs l’aimable causerie ?

Flétrir du nom de grooms nos valets d’écurie ?

Traiter nos cavaliers de gentlemen riders ? 2

1. — Le mot sport lui-même est le vieux mot français desport, prononcé déport.

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