Se dit pour grand nombre
mais même en plusieurs endroits de la Nouvelle-Ecosse et de l’île du Prince-Edouard. Au Nouveau-Brunswick, où nous comptons poui piesque un tieis de la population totale, nous maintenons mieux notre doux parler de France.
Les Romains prenaient un mot celtique, l’affublaient d’un suffixe en are, ere, ou ire, si c’était un verbe ; lui collaient un us ou un um caudal, si c’était un substantif, et, après l’avoir dépouillé de ses rugosités exotiques, en faisaient un vocable latin. 11 est entré de cette façon des milliers d’expressions gauloises dans le parler des maîtres de la terre.
Nous faisons de l'anglais, à notre manière, ce que le soldat romain faisait du celtique et du germain, à la sienne. L’avantage qu’avait le néologisme latin sur le nôtre, c’est qu’avant d’entrer dans la langue écrite, il avait eu le temps de s’élaborer lentement parmi les légionnaires illettrés.
Les substantifs, nous les prenons, le plus souvent, comme ils se présentent, et les avalons tout ronds : un set de chambre à coucher ; un pedler ; un truck-wagon ; un flask ; un shed 1. Il n’y a hésitation que sur le genre à leur donner. Le Canadien dit un shed, une campe, l’Acadien, une shède, un camp. Je laisse aux linguistes à expliquer cette différence dans la sélection du sexe des mots.
Les Latins empruntaient plus volontiers aux Gaulois les substantifs ; nous prenons aux Anglais substantifs et verbes ; mais ces derniers de préférence, comme étant plus malléables et plus faciles à assimiler. La seule opération nécessaire est de leur donner l’un de nos infinitifs, celui de la première conjugaison de préférence. Sans heurt, sans efforts, nous en faisons souvent de très beaux verbes français et utiles : to feed (soigner les chevaux), fera fider ; to weave (tisser), donnera ouiver ; to bottier (ennuyer) deviendra bâdrer.
U arrive, malheureusement, que des verbes inutiles, féroces, hideux, entrent en tohu-bohu dans notre glossaire et pénètrent
1. — “ Le latin populaire possédait quelques milliers de mots qui sont devenus des mots (français par le seul changement de prononciation Darmesteter. Vol. III, p. 1.
jusqu’à nos foyers, dont ils troublent la sérénité française.
1 — Pourquoi arrives-tu si tard à dîner, disait une mère à son garçonnet, un jour de triduum.
= __ C’est à cause que M. le Curé m'a gardé à watcher le Saint-Sacrement.
Watcher produit ici l’effet d’un gros jurement anglais.
Il n’y a pas à se le dissimuler : notre belle langue française est menacée, en Acadie, et aussi, quoique moins sérieusement, chez les Canadiens de la Province de Québec.
M. Tardivel avait raison ; l’ennemi c’est l’anglicisme.