CHAPITRE XXII
Des mots indiens
qui sont entrés dans le vocabulaire acadien
Les mots sauvages qui sont entrés dans le vocabulaire des Français d Amérique, Canadiens, Acadiens et Louisiannais, sont peu nombreux. On peut aller jusqu’à dire que la langue des aborigènes n’a exercé aucune influence sur celles des Européens.
Ceci peut paraître étrange, quand on considère que la Grèce conquise et soumise sut imposer la sienne aux Romains victorieux x, et que les Francs, maîtres de la Gaule, laissèrent leur parler tudesque de l’autre côté des Vosges, pour prendre celui des Celto-romains, qu’ils avaient vaincus.
A quoi faut-il attribuer le phénomène de ces conditions renversées ? Pourquoi rencontre-t-on si peu de mots hurons et algonquins dans le parler des Canadiens, et si peu de mots abénaquis et micmacs dans celui des Acadiens ?
L’absence presque totale de mariages entre les Européens et les Sauvages d’Amérique n’en donne pas toute l’explication.
Il faut en chercher la cause surtout dans l’infériorité politique, sociale et humaine, des aborigènes, au temps des grandes découvertes et des non moins grandes usurpations. Alexandre VI avait donné, dans la limite de certaines latitudes, le territoire des infidèles d’Amérique en apanage exclusif aux Espagnols et aux Portugais, sous peine d’excommunication majeure contre tous ceux qui entreprendraient sur leurs droits. François Ier, qui n’avait, comme il le dit, relevé aucune clause du testament d’Adam qui autorisât ce partage, s’était, nonobstant la bulle papale, et à l’instar d’autres princes chrétiens, rué à la curée. Aux yeux des conquis tadores d’Espagne, un infidèle