‹ Le parler franco-acadien et ses originesChapitre 27 sur 179 · Montaigne a : les Russois · texte numérisé non relu

Montaigne a : les Russois

2. — “On chousait encore au milieu du xvue siècle, comme au temps de Henri II, ” nous dit Brunot, dans son Histoire de la Langue.

chose, mérite qu’on s’y arrête, parce que ou, mis pour o, est une des caractéristiques du parler acadien, quoiqu’il arrive, dans certains cas : formie, jornêe, pour fourmie, journée, par exemple, que nous mettions un o là où l’Académie met un ou.

Il s’agit d’abord de savoir quelle était, au juste, en latin, la prononciation des voyelles o et u, d’où nous viennent la plupart de nos o et de nos ou.

On peut presque affirmer que u se disait ou, à Rome, au temps de Cicéron.

Pour o, la question est plus mal aisée à résoudre. Le son de cette voyelle semble s’être, en bien des cas, rapproché de celui de notre diphtongue ou, mais de combien près ? Il est certain qu’il ne se confondait pas avec elle, quoique honorera, favorem, pour ne citer que deux exemples, aient donné au vieux français, honour, favour. Dans le Serment de 8A2 ,on trouve pro Deo amur, mais on trouve aussi amor dans les très vieux auteurs.

Amur représente ici le son latin de «mur, que nous prononçons aujourd’hui, et qui, dès le xne siècle, se prononçait amour :

Tant s’est amours affermie

En mon cuer (cœur) à long séjor (Couci).

Dans un grand nombre de mots où le français moderne met la voyelle o, l’ancien français avait la diphtongue ou, et cela par toute l’étendue de la Gaule, où le roman était parlé, au nord aussi bien qu’au sud, témoins les nombreux exemples qui nous en restent, en Normandie et ailleurs.

D’un autre côté, l’o du dialecte roman remplaçait notre ou moderne dans beaucoup de vocables : forches, pour fourches, joster, pour jouster, voiler pour rouler, jornêe pour journée, tasjours pour toujours, doloreuse pour douloureuse (Marie de France, godron pour goudron, porcelaine pour pourcelaine (prononciation populaire), trover pour trouver l. Montaigne nous donne porceau.

Les exemples abondent de l’un et de l’autre, de o devenu on et de ou devenu o, dans le vieux français, sans que l’on puisse, au moyen d’aucune règle d’étymologie, débrouiller cette confusion :

1. — La jurisprudence anglaise a conservé cet o dans treasure Irove et trover.

Ore est bien raison et heure Que m’i dois retorner ” (Couci) ;

“ Il averad (aura) un meis (mois) et un jor de querre li ” (pour le quérir). Lois de Guillaume-le-Conquêrant ;

“ La court ajorne les parties kjor nomé,” Assises de Jérusalem.

Au xvie siècle, la confusion entre o et ou est encore grande dans les œuvres littéraires. La question flotte. Il arrive même que certains auteurs emploient l’un et l’autre son, dans le même mot, au cours de leurs écrits.

“ Ce qui n’est point pour nous étonner, nous dit Th. Ross et, puisque, durant tout le xvie siècle, la France grammaticale avait été partagée entres les ouistes et les non-ouistes. "

La même confusion existait parmi le peuple. Les Conférences confondent, en plusieurs cas, o et ou.

Depuis l’origine du français comme langue autonome, jusqu’à la classification par l’Académie des o et des ou dans les mots officiels, il serait difficile de dire lequel des deux sons a prévalu.

Avec Rabelais, c’est ou qui le plus souvent l’emporte.

Je trouve dans Pantagruel et dans Gargantua “ Ouestez 1 ces vilaines bêtes, ” “ ung routisseur, ” “ roustie, ” “la fumée du roust ” “ verollez jusqu’à Vous, ” “ Bourdeaulx ”, “ se

pourmenoyt ”, “ la cocque d’œuf dont ils furent esclouz ”, “ passant par l’oer, de peur de la rousée ”, “ en cest arrest le courbeau fut pelé ”, “ la réponse vous sera promptement expousée ”, u quelle ne penche poinct plus d’ung cousté que d’aultre ”, “ propous ”, “ plus toust ”, etc.

L’un des principaux personnages du livre se nomme Grandgousier. Montaigne, de son côté, donne la préférence à o, quoiqu'il mette ou dans proufit, arrousée, etc. Montaigne était du Périgord, ce qui peut expliquer la fréquence de o chez lui, tandis que Rabelais, qui était de Chinon, dans le département de l’Indreet-Loire, aux confins du Berri, emploie ou de préférence. Chacun des deux grands auteurs écrivait plus volontiers selon son dialecte natal. Chez Calvin2, c’est o que nous trouvons le plus souvent.

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