‹ Le parler franco-acadien et ses originesChapitre 32 sur 179 · Hommes, dieux, animaux, tout y fait quelque rôle · texte numérisé non relu

Hommes, dieux, animaux, tout y fait quelque rôle

Jupiter comme un autre. Introduisons celui

Qui porte de sa part aux Belles la parole. La Fontaine. F able V, I .

2. — Qui sait si les noms propres Roland, Rollon, Rollin, Rouleau, ne tirent pas leur origine, les uns de rôle, les autres de rolle ?

trairement remplacé ou par o dans les mots dont Nisard a dresse la liste, n’en ont pas moins, l’usage établi leur en faisant une loi,, conservé ou dans un grand nombre de vocables : bouche, boucle, croûte, fourneau, fournaise, tourner, tourment, four, poulain fou , coup, etc., etc., que nous avons conservé, nous aussi, en Acadie.

Il sont allés plus loin, ils ont mis ou dans un certain nombre de mots où l’ancien français avait o. Cet o, rejete arbitrairement par “ le bon plaisir ”, a été, dans quelques mots particuliers, conservé, en Acadie, ce qui constitue un renversement des rôles des rôles, des rooles, des rolles, des roules ou des roues1, comme on voudra.

Le dictionnaire de l’Académie écrit fourmi, fourmilière, fourmiller, fourmillement ; nous disons formi, (de formica), prononcé formye. La prononciation de ce mot balançait, au xvue siècle. Formi est resté dans le jargon de la fauconnerie, ce qui lui est un certificat d’ancienneté.

On écrit houblo?i, avec un ou, en français, sans trop savoir comment cet ou est entré dans le mot. Nous disons hoblon, en Acadie, probablement parce que ce mot est un dimunitif de hop, hop-lon, et, que, sans le savoir, nous l'avons pris aux Anglais, ou peut-être aux Danois, ou encore aux Wurtembergeois, ce qui revient au même. La langue hésita, durant tout le xvue siècle, à en fixer l’orthographe. Ce n’est qu’en 1674, à la première édition de son Dictionnaire, que l’Académie, en rupture d’étymologie, rejeta o pour prendre ou'2 3.

L’arabe a kathran, formé de katharan, qui signifie goutte à goutte. De ce mot les grammairiens ont fait goudron, avec un ou, et les paysans du Berri, godron, avec un o. En Acadie, le godronnèux, en souvenir de ses ayeux des bords de l’Indre, godronne sa barge 3 avec du godron.

1. — On trouve dans les vieux auteurs ces diverses manières d’épeler ce mot.

2. — Houblon peut aussi venir d’un mot de la basse latinité, hupulum ; mais les Quarante ne connaissaient apparemment pas plus l'existenc^ de cette racine que les Acadiens celle de hop-lon.

3. — Barge, bateau de pêche, un peu moins grand que la goélette. Ce mot est de l’excellent vieux français.

Le relève quelques autres mots marqués d’un ou par l’Académie, qui ont pris, ou conservé l’étiquette o, chez nous : croupion, par exemple, que nous disons cropion, ou cropignon1, jour , journée, aujourd'hui, qui font jor, jornée, aujor d’hui2, quoique nous disions aussi, jour, journée, aujourd’hui.

Nous avons également torner pour tourner ; s’en retorner pour s’en retourner 3 4 5 6 ; coppe pour coupe, 4 etc.

On dirait que c’est ici la langue académique qui chouse. Cela ne consiste en rien 0 ; quoiqu’elle fasse ou entreprenne, la langue académique est la véritable langue française, la seule, l’unique, aux décrets de laquelle il faut se conformer, sous peine de parler patois. Elle est la règle absolue, la forme définitive. Elle jouit du privilège du souverain d’Angleterre®, et ses décrets, comme ceux des Bourbons, sont de “ science certaine. ”

L’Acadien qui dit une grousse poume, un boun houme, mes cheveux grisounent, nous avons une belle autoune, je m’en vais faire un soume, j’ai mal à Y estoumac, ce foussé est mal fait, parle comme on parlait au prône 7 et à la cour, sous Henri IV8, à la date où De Monts, Chain plain, Poutrincourt, fondaient la Nouvelle-France d’Amérique. Il ne lui en est pas tenu compte.

Page 1