‹ Le parler franco-acadien et ses originesChapitre 36 sur 179 · Rejeton, bouture, diminutif de rejet · texte numérisé non relu

Rejeton, bouture, diminutif de rejet

Dans croc, grapin de fer et aussi dans croc, terrine, le c final se fait entendre ; mais il est muet dans croc, dent de chien. Il est muet, comme en France, dans accroc ( accro ) ; mais il sonne dans raccroc 1.

G a le son de c dans bourg, comme à l’Académie. Le nom propie, que le Père Justinien Durant, ancien missionnaire de Saint-S ulpice, à Port-Royal, écrit invariablement avec un g, s’orthographie Bourque, aujourd’hui, par toute l’Acadie.

Le c et le g se confondent souvent dans les mots qui nous viennent du tudesque. A côté de boarc , ou bourque, il y a faubourg ( foris-bourgus , en dehors de la ville) où le g tombe tout à fait.

Nous disons joue pour joug, en Acadie ; ce qui porte à croire que ce mot nous est venu par voie allemande, joch. Il se prononce jouque, en France, aujourd’hui ; mais il donnait jou, au xvue siècle.

J uchoir se dit juc par nos gens ; se juquer, c’est se jucher.

Les autres mots se terminant par uc, se prononcent ici comme au théâtre de Molière.

D’où vient le mot français bouder, avec lequel, au xvme siècle, on a fait, paraît-il, boudoir, à l’usage des belles marquises ?

Nous disons bouquer, en Acadie, pour bouder : il se bouque, il boude. Pronominal, le verbe se dit des personnes ; intransitif, il s’applique aux animaux, avec une légère différence de sens : ce cheval bouque, est synonyme de ce cheval est rétif2.

La persistance du g atone, dans les mots français dérivés de l’allemand, est assez souvent le produit d’une graphie savante, qui s’est évertuée à laisser dans l’orthographe des jalons étymologiques. Cette tendance nous vaut une multitude de d, l, s, c, étjunologiques, ou prétendus tels, dans les mots de provenance latine, qui, à l’origine, n’étaient pas prononcés et n’avaient pas

1. — Célébration du jour qui suit les noces. Les noces, accompagnées de danses en rond, si M. le Curé les permet, se font, chez le père de la mariée le jour même du mariage, et se continuent, le lendemain, chez le père du marié ; cette seconde célébration se nomme raccroc.

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