‹ Le parler franco-acadien et ses originesChapitre 37 sur 179 · Se rattache à l’anglais to baulk, ou balle · texte numérisé non relu

Se rattache à l’anglais to baulk, ou balle

de prétention à l’être, mais qui finirent, en bien des cas, par se faire sentir, à la lecture, passant des yeux à la langue, et qui ont ainsi altéré, la prononciation d’un nombre assez considérable

de mots.

Pour expliquer le son variable du g dans les mots, on nous dit que du latin, il s’est permuté au c anglais et au k allemand, gelidus, par exemple, répondant à cold, et gula à kehle. Il ne faudrait pas, il me semble, de ces cas particuliers tirer une loi trop générale ; le contraire a pu tout aussi bien arriver, et il est possible que le c saxon et le k germanique aient été apportés par le légionnaire, ou l’esclave, de leur pays d’origine, dans les Gaules, puis ait passé en Italie et de là jusque dans la cité impériale, pour y faire souche de c et de g étymologiques adoucis, ou atones.

D, donne le même son dans le parler acadien que dans le français de Paris et de province. Il se prononce de la même manière, produit les mêmes effets de liaison et joue le même rôle, au commencement, à la fin et au milieu des mots, sauf devant les diphtongues syllabiques ia, io, iu, et devant la tnphtongue icu, où il se mouille. C est alors une palatale ties fortement schuintante.

Ce son mouillé, etranger a la langue academique, semble etie une relique du celtique, puisqu’il n’existe ni en Italie, ni en Espagne, ni au Portugal, ni au delà des Alpes et des Pyrénées, et qu’on l’entend en Provence, à l’est du royaume, dans la Touraine, le Berri, en Picardie, et, quoique atténué, dans la banlieue même de Paris. Son actuelle distribution territoriale porte à croire qu’il fut, à une époque donnée, peut-être durant tout le moyen âge, universel en France.

On le retrouve très marqué en Angleterre.

Il perce de toutes parts dans les vieux auteurs français, sans que le lecteur non averti s’en doute ; sans qu’on le perçoive, faute de note au clavier alphabétique qui le rende distinctement avec son timbre propre. On ne le distingue pas davantage, moins

encoie, dans la graphie contemporaine, où le cl se prononce invariablement tel qu’il s’écrit.

Quand Victor Hugo veut le faire entendre, il le combine, à défaut d’autre moyen à sa disposition, avec dj, et il intitule son ode : Les Djins.

Vadé, sur le mariage du Dauphin, fils de Louis XV, écrit :

Enfin, v’ia qu’c’est donc bâclé,

V’ia l’Dauphin dans son ménage ;

Ee bon Guieu s'en est mêlé,

Cà fait un bon assortissage.

Bien longtemps avant Vadé, Cyrano de Bergerac, aussi, {Le Pédant joué, Acte II, sc. 3) écrit Guieu (Dieu) guièbe, (diable) avec un g, ne trouvant pas dans l’alphabet d’autre note pour rendre le son de di et de dia V

\ adé était du xvue siècle ; Cyrano du commencement du xvue. Mais voici que Gabriel Nigond, poète à nous contemporain, se heurte à la même difficulté et s’en tire, comme ses prédécesseurs, en ayant recours à la consonne g :

“ Si j’vous mentis, que Vgiable m’emporte. ”

Il aurait aussi bien pu écrire guiable, ou mieux encore djable, quoique ni l’une ni l’autre manière ne rende adéquatement la voix que di et dia produisent dans la bouche de nos paysans.

M. J. A. Chapais, dans une étude sur la terminalogie dialectale de l’habitant 2 du Bas-Canada, écrit aussi lui, guiable pour diable. Les Picards disent Guieu pour Dieu. D’autres, du nord de la France, ont le yable, le bon Y eu. Le fait est qu’il estimpossible de rendre ce son là par la graphie.

J’ai dit, sans être en état d’en fournir la preuve, que le son doux et mouillé du d, dans dia, die, di nous vient, selon les apparences, du celtique. Il pourrait aussi bien nous venir du latin. Nous ne savons pas au juste comment se prononçait le d latin, devant une diphtongue, ni devant les voyelles i et u. Nous

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