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On les retrouve, ou à peu près, dans le gaélique

3. — Il est assez remarquable que le latin n'ait aucun vocable qui commence par ga, son dur, quoiqu’il en possède un grand nombre qui commencent par ca. Est-il bien certain, comme le dit Dormesteter, que le g latin fut toujours dur, “ quelle que fut la voyelle suivante. ” Gelo et gigno .se disaient guelo et guigno, soit ; mais quel son correspond exactement à gue et à gui ? C’est ce que la graphie ne nous revèle pas ; elle serait impuissante à nous dire, s’il se mouillait, par exemple, et devenait chuintant.

4. — Les Anglais ont conservé rank, ce qui semble montrer que les Normands le prononçaient ainsi au temps de la conquête.

sonner le k, ou plutôt le g. Fatigue se dit fatigue, par toute l’Acadie.

Le changement du g en c et en k est très fréquent en français. Il se complique du changement, non moins fréquent, du c en g, soit pour des fins de prononciation, soit pour cause, ou prétendue cause, d’étymologie. La graphie a emmêlé la trame de ces consonnes proche parentes, au point qu’il est devenu à peu près impossible dy voir clair1 aujourd’hui. Nous écrivons second qui se prononce segond. On dit secret au Conservatoire ; nous disons segret, comme d’Aubigné2 le disait et, avant lui, le Roman de la Rose. La forme de ce mot est restée dans l’ancien français segretaire, et dans les mots segrairie, segrais, dont le radical est celui de secret. Le marin qui vogue de cap en cap sans trop s’éloigner des terres ; qui fait “ la petite navigation ”, cabote, en France. En Acadie, il gabote, ou fait du gabotage, •ce qui, en dehors du lexique, est exactement la même chose. Notre gaboteur est un caboteur en France.

En France, on tranche une difficulté ; ici c’est une diffigulté •que nous tranchons, quand nous en avons la fagulté, le tout •avec un g, comme cela se fait encore en Touraine et en pays berrichon.

Nous suivons, en Acadie, la recommandation de Ménage, le grand linguiste qui vivait au temps où Razilly vint reprendre Port-Royal aux Ecossois, et nous disons ganif, avec un g, sans nous émouvoir des anathèmes de Littré, qui ne reconnaît que canif, avec un c 3 .

1. — • Puisque clair tombe sous ma plume, je m’arrête à ce mot. D’où vient-il ? De clams, sans aucun doute ; mais d’où nous vient le mot glaire : Les Islandais ont gler pour synonime de cristal ; les Danois glar pour signifier glace, et les Anglais ont glare qui évoque également, un sens de •clarté. Tous ces mots sont apparentés et sortent, à n’en pas douter, d’une racine commune. Lequel a priorité ? Quel son est le premier sorti d’une boüche humaine, le son dur du c ou le son adouci du g ?

2. — “ Il désirait parler à luy en segret. ” (D’Aubigné, Mémoires .)

3. — “ Etait guénif, au xve siècle ; est devenu ganif, au xvie siècle et jusqu’en 1762. C’est un mot du xve siècle, qui se rattache au nordique “ Knif ”. (Rosset, p. 327). L’anglais, a knife, qui se prononce à peu près — nous dirions en approchant — comme le mot français naïf.

Les Calvins de Noyon, qui ont attaché leur nom à Tune des hérésies du xvie siècle, sont des Gauvins en Acadie. Ceux-ci, en même temps que le g initial de leur nom patronymique, ont conservé leur religion catholique ancestrale.

Cheval (prononcez ch’ val), qui vient de loin et a beaucoup changé en route, fait geval (prononcez g’ val) parmi nous et quelquefois gevau, comme au Berri, et dans le français primitif. Telle était aussi, d’après Mauvillon (1754) la prononciation du peuple de Paris, de son temps.

Claude est devenu Glaude en Acadie. Nous avons la singlaude,

(, Saint-Glaude ), Yalcedo hispida, que Buffon proclame le “ plus bel oiseau de nos climats. ” C’est le martin pecheur de- France.

Calfeter fait souvent galfeter, quoique nous disions aussi calfeutrer et galfeutrer, comme on disait au xvie siècle.

Le latin planca a laissé à la France et à l’Acadie le substantif planche. Mais nous avons l’adjectif plange qui signifie uni, plan,, et le verbe aplangir, synonyme de niveler, aplanir. Aplangir comme aplanir, dérive de à plan.

Durant tout “ le grand siècle ” et même jusqu’au xvme siècle,, le peuple de Paris disait geveux pour cheveux. Geveux est mêmequelque peu Régence. Nous disons, aussi, geveux, prononcécomme je veux, ou plutôt g’veux.

Ch se change en g, ou en j, dans acheter, que nous prononçons ageter ou ajeter. Cette prononciation fut, jusqu’à ces derniers, temps, celle de la banlieue de Paris ; Nisard et d’autres autorités en font foi.

En sens inverse, nous mettons un c dans un certain nombre de vocables où les anciens, eux aussi, le mettaient, mais auquel les grammairiens, aux xvme et xixe siècles, ont substitue un g. Nous disons, par exemple, avec nos cousins du Berry, comme on le disait à la cour de Louis XIV, au temps de François Ier, et bien auparavant, et comme aussi le voulaient Richelieu et les fondateurs de l’Académie, vacabond, pour vagabond. Nous disons également avec Madame de Sévigné : “Il faisait

haud et la cangrène s’y mit. ” Je n’en finirais pas si j’entre-

prenais, en remontant jusqu’aux radicaux, de faire la liste des mots où c est devenu g et inversement. 1

Autant que j’ai pu le constater, la lettre h, dans la langue parlée de l’Acadie, est ce qu’elle est en France dans la langue écrite, tantôt muette et tantôt aspirée. Nous disons eure (heure), eureux, orloge, abitude, ospice et hauteur, hucher, haïr, de la même manière qu’on le dit à Paris. 2

Jj’h aspirée était à peu près disparue, en tant que son, de la langue latine, au temps où la civilisation impériale battait son plein dans les Gaules ; mais il s’était conservé dans la graphie, comme nous l’y conservons nous-mêmes, en s’accolant à des mots qui ne s’aspirent plus, ou qui ne furent jamais aspirés. 3

Les scribes aux abois se servirent quelquefois de ce signe inarticulé et imprécis pour représenter, dans le langage primitif, non pas seulement les sons aspirés, mais, dans plusieurs cas, les sons fortement chuintants, étrangers au latin, qu’ils entendaient dans le parler celtique et aussi certaines voix gutturales qui leur arrivèrent, plus tard, de la Germanie. 4

Quel son, Louis-le-Germanique donne-t-il à Yh de cachuna, dans le Serment qu’il prêta à son frère en 842 ?

Depuis plus de mille ans, la prononciation, du roman d’abord, puis du français, à été asservie à une graphie souvent trompeuse, qui, dans un grand nombre de mots a modifié, voire, a

1. — Ecclesia a donné église, accula, aiguille, uncla (roman) ongle, crassum, gras et graisse, secale, seigle, macrum, maigre, acrem, aigre, carri, care, charger et carguer, ciconia, cigonge. (La Fontaine écrit cicogne), cicadula, cigale, conflare, gonfler, aquila, aigle, acutiare, aiguiser, gingiram, gencive, etc.

2. — Dans les Conférences, Yh disparait presque complètement.

3. — Dans le parler dialectal, Yh aspirée n’est plus guère conservée, en France, que dans le nord-ouest de la République.

4. “A quel h fay aqui so engal una consoman .” Legs d’ Amours.

Cet h fait son égal à une consonne).

Je trouve dans M. J. C. Chapais, de Québec, “ geangar ” pour hangar. Un h a été intercalé, entre deux voyelles, dans plusieurs mots français, trahir (de traders), par exemple, sans que l’on s’explique très bien pourquoi.

changé le timbre original. Là où les écrivains ne savaient comment noter pour la voix et les oreilles, ils ont noté pour les yeux ; et dans bien des cas, la notation oculaire a communiqué à la langue des articulations qu’elle ne croyait pas, qu’elle n’entendait pas lui communiquer, qui lui étaient étrangères, qui étaient même, parfois, étrangères à son génie.

J se prononce, ici, de la même manière qu’en France, s’emploie dans les mêmes mots, et, comme en France, se met parfois là où les Latins mettaient un i consonne.

Le j n’a fait son apparition, dans l’alphabet français, qu’au xvie siècle. Jusque-là, i servait, comme en latin, et de consonne et de voyelle : “Il faut entendre la ioye.” (Montaigne).

Cet i consonne, apparenté à Y yod palatal, et devenu j, dans juste, Jacques, par exemple, semble avoir, en passant au galloroman, pris d’abord un timbre différent de celui qu’il avait en latin, et différent aussi de celui qu’il a maintenant en France et en Acadie. Nous le prononçons en shuintante douce : jambe, jeu, joindre, journal.

Le j anglais et le dje shuintant d’Acadie donnent apparemment un son celtique, perdu aujourd’hui dans la langue officielle de France, mais conservé dans le parler dialectal de plusieurs départements, ce qui porterait à croire qu’il fut universellement en usage dans le français primitif.

Le même phénomène de phonétique se produit, en Acadie, quand la consonne g est suivie des diphtongues ue, ui, ai ; le g et la diphtongue se combinent alors pour donner absolument le son que produit d suivi de ia, ie, ieu. Dans gueux, guipon, gai, et dans diable, Acadien, Dieppois, Dieudonné, le son de g et celui de d est le même, c’est celui du j anglais dans job, jib, jar, jet.

C’est un son primitif qui, s’il n’était pas connu de la Rome des Césars, l’était apparemment de celle de Romulus. Nous le tenons des Tourangeaux et des Berrichons, qui le tenaient des Celtes. Il tend à disparaître du parler acadien, comme il a

disparu du fiançais academique, faute d’un signe adéquat pour le noter.

En conséquence de ce qui précédé, je range parmi les j, ou plutôt les dj acadiens, tous les sons notés en français par dia, die, dieu, ainsi que ceux qui le sont par gai, guia, gueu et gai.

Si l’alphabet français manque de signes pour- rendre adéquatement. les voix dia, die, gui, etc., il en possède une surabondance pour noter en perfection le son dur du k devant la voyelle a, e, o, u, et les diphtongues ou, oue. K est germanique, peut-être autant que grec. Il se substitue le plus souvent au c dur dans les mots qui ne dérivent pas du latin.

En Acadie, il s’adoucirait régulièrement en une schuintante palatale devant un i, si notre langage possédait des mots indigènes où il fut suivi de cette voyelle. Ainsi nous dirions tchilomètre pour kilomètre ; Tchirié eleison, pour Kyrie eleison ; une tchyrielle, pour une kyrielle.

Dans tous les autres mots, le k, soit initial, soit médial, soit final, se prononce ici comme à l’Académie.

Dans le passage du patois latin au roman, puis au français, la consonne l a subi plus de vicissitudes peut-être qu’aucune autre lettre de l’alphabet.

Elle s’est d’abord fondue avec les voyelles dont elle était immédiatement précédée : pulverem a fait poire, puis poudre 1 ; molere a donné moire, moldre ; mourre, maudre, puis moudre ; solidare, sauder (d’où l’anglais soder), puis souder ; aller , autre ; alba, aube, etc.

D’autre part, il y eut assez souvent transmutation de l en r,

1. — Dans puldre, poldre et pouldre, que l’on trouve dans les premiers auteurs, Chanson de Roland, etc., I est évidemment muet, ainsi que dans un grand nombre d’autres mots, où les scribes l’ont laissé, pour les yeux.

liquides apparentées 1 : ulmurn est devenu orme; luscinolum, rossi gnol ; apostole, apôtre ; calcurare, querculer1 2.

Nous disons, avec les Bourguignons et les Souisses3 : arama pour ahnanach, en changeant en r VI étymologique grec,,

ou copte. . .

Le mot colonel, qui nous vient de l’italien colonello, se disait

coronel et corounel, en vieux français. Nous avons conserve, et les Anglais conservent également, V r antique de ce mot. 4

J’ai aussi entendu dire rabourer pour labourer, mais dans certaines familles seulement.

Le plus souvent, c’est l’inverse qui a lieu ; c’est r, qui estremplacé par l. 5 Cette conversion se constate dès les origines de la langue :

“ Efans no pronuncio r, mas l, quar dizo paile. ”

(Les enfants ne prononcent pas r, mais l, car ils disent paille ).

Prenons, par exemple, le mot latin pratum, qui a donné préy un pré, au français. De cette racine trois tiges distinctes les unes des autres sont sorties et ont été transplantées de France en Acadie.

Une prée 6 7, (féminin), est une prairie sise le long d’un cours d’eau, ou du rivage de la mer, et qu’entourent des levées et un aboiteau 7 qui le protègent contre les hautes marées. Le fourrage

1. Cette réciprocité entre r et l remonte loin. Le mot grec leirion,

par exemple, a donné liliani au latin, dont nous avons fait lis en français.

2. “ . . . En quer culant la révolution du temps ”. Eust. Des. xve

siècle. C’est ainsi que le mot se dit encore en Provance. Nous avons carculer en Acadie, qui est le même mot que querctuler.

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