Ramen le "drap su Y fait d’ta tête. ” Gabriel Nigond
Fait se prononce ici f'e, quand il s’agit du substantif ordinaire et du participe passé du verbe faire : un fait important ; c’est faitt. Mais nous •faisons sonner le t dans cette locution adverbiale : Comme défait’ (faite) qui signifie il va sans dire, assurément, bien sûr. Les Canadiens, pour exprimer la même idée disent : comme de raison. Les Canadiens font aussi •sonner le t final dans cette phrase : dire à quelqu’un son faitt.
Le mot fait entre dans un grand nombre de locutions françaises, toutàfaittr •défait, en fait, etc., etc. L’ancien français lui connaissait d’autres acceptions que la langue a laissé perdre : à fait, par exemple, pour à mesure, de fait, pour de force, de fait avisé, pour à dessein. Notre comme de fait très usité dans les contes et autres narrations, est, à n’en pas douter, une vrelique vivante de l’ancienne langue.
veut qu’on prononce freid, obsédé qu’il est par le radical latin*, vrai ou supposé, frigidus.
La manière de pi’ononcer ce mot fut le sujet d une longue discussion entre les grammairiens du Grand siecle . Ménagé propose un doublet fraid, en sonnant le d, pour le peuple et froid, pour les “ honnêtes gens Froid ( froâ ) 1 empoita, dans la langue officielle, grâce à Doumergue ; mais, avec ou sansde congé de Ménage, l’autre manière resta parmi le peuple, qui en fit, ou qui plutôt, qui garda fret ; la frette, féminin, en Touraine,, en Berri et en Normandie ; le frett, masculin, en Acadie; la freir féminin, dans la banlieue de Paris.
L’Académie pencha, un certain temps, en faveur de la prononciation du t, dans éclat, et aussi dans endroit, lequel se disait endrette, parmi le peuple. Pour désigner une localité, nous disons. endroi ; mais, pour le côté opposé à l’envers, c’est Vendroiter ici, comme dans la banlieue de Paris.
Nous disons pott (pot), tout comme on le disait, en même temps que po, à Paris, au xvne siècle. Les deux manières ont longtemps co-existé, en France.
Mot, substantif signifiant parole, se prononce mo, ici comme en France.
Avec le sens que l’Académie donne à motus, sorte d’interjection qui signifie i pas un mot de plus, silence, comme dans ce vers de l’Ane et du Chien de La Fontaine : Pas de réponse, mot, ” nous prononçons mott.
Les deux significations, toutes différentes, de ce même terme, avec deux manières également différentes de le prononcer, expliquent peut-être pourquoi grammairiens et lexicographes se sont emmêlés à son sujet. Rosset (p. 229) nous dit que le t final s’est prononcé jusqu’au début du xive siècle, et qu’ensuite il est tombé, ce que Cotgrave confirme en déclarant qu'il ne se prononçait pas de son temps (xvie siècle). D’un autre côté, Régnier Desmarais nous avertit que c’est une grosse faute que de ne le pas faire sonner. Même désaccord, relativement à son origine. Pour nous qui en ignorons tous les tenants et aboutissants, nous n’en parlerons plus : mot !
T, se fait sentir dans net, comme en français, (quoique cer-
tains, sous la Coupole, disaient né), dans met, huche à pain, dans ilôt, petite île, dans alphabet, dans adroit, muet, grandet, au masculin aussi bien qu’au féminin, dans juillet, dans fouet 1, dans souhait, dans Pierrot, péjoratif de Pierre, dans icit, etc. Icit est l’adverbe français ici, formé de ecce-hic, auquel s’est ajouté le pronom iste. L’ancien français avait icist qui est exactement notre mot acadien, 1 s n’étant là que pour rappeler celui de iste, qui tombait dans la prononciation. On trouve eo-cist dans le Serment de 8^2.
Les Canadiens font entendre le t dans rouet, que nous prononçons rouâ, par analogie avec roi. Une preuve bien concluante que l’analogie a fait dévier chez nous la prononciation du mot rouet, c’est que nous disons un petit rouet en sonnant le t.
Un changement de milieu suffit, quelquefois, pour altérer la prononciation d’un mot. C’est ainsi que les Gaudets (prononcez Gaudè ) d’Acadie sont devenus des Gaudettes dans la Province de Québec, et, d’autre part, les Légers (prononcez Légères ) y sont devenus des Légers (prononcez Lêgés). Les Talbotts de la Province de Québec, sont des Talbots ( Talbo ) chez nous.
Le t, dès le latin, avait une tendance à s’adoucir en d. Nous trouvons timides pour limites, strada pour strata, dans les vieilles chartes. Le français a fait donc, de tune, cadenas de catenaccis. Lescarbot écrivait à Port-Royal même :
A Jacob il donne pour guide Son verbe et ses enseignements,
Et à la race israélide Ses statuts et ses jugements.
J’ai entendu dans la bouche de nos paysans : Polyde pour P otite, contraction de Hippofyte.
D’où nous vient le son représenté par la lettre v ? Non pas
1. — Fouet est le diminutif de fou, branche de hêtre : le t sonne dans les diminutifs. Dans ces vers de Racine, Plaideurs :
“ Un laquais manque-t-il de rendre un verre net,
Condamnez-le à l'amende, et, s'il le casse, au fouet, ’ le t de net’ et de fouet’, sonnait, au xvne siècle.
du grec, assurément. L'articulation de cette voix semble avoir été aussi étrangère aux peuples helléniques, aussi rebelle à leurs cordes vocales, que l’est, ici, la consonne r aux Micmacs et aux Abénaquis. Ils ne surent jamais prononcer le nom de Virgile autrement que Birgile ( Birgylios ), et Varron faisait Warron (< Ouarron ), à Athènes et à Corynthe.
Au temps (nous dirions du temps ) des empereurs, à Rome, v semble avoir été tantôt une consonne, tantôt une voyelle, avec une valeur changeante. Vervix a fait berbex (brebis), en bas latin ; vicem a donné fois, et vapidam, fade, au français.
De vagina nous avons tiré gaine et de vastare, gâter. Ainsi le v latin a produit des b, des f et des g, en français.
Il n’est pas prouvé que le v latin consonne, notre v français, n’ait pas varié de timbre, à Rome, dans certains cas, selon la voyelle, ou la combinaison de voyelles, dont il était suivi.
En Acadie, comme en France, il donne invariablement le même son devant r, l’unique consonne, si l’on en excepte l {velimeux et vli, vlan1), dont il soit suivi.
Devant les voyelles a, o, e, i, u, c’est encore la même voix, ici et en France : valeur, vêler, vaisseau, volupté, viande, vivre, vulgaire, vase, etc.
Devant oi, v prend chez nous, ou conserve plutôt, le son du w, (double v, ou double u) anglais. Nous disons une ouelle (ou welle ) pour une voile, ouêture ou wêture, pour voiture, aouène ou awène pour avoine. Les Picards ne prononcent guère autrement. A la cour du Roi-Soleil, où brillaient Bossuet et Racine, les courtisans à l’affût du picotin, sollicitaient des bénéfices pour eux-mêmes et de V aouène pour leurs chevaux, en donnant à ce mot la prononciation qu’il a aujourd’hui en Acadie. Nous disons aussi : Attends que je waye, pour que je voye (vois). Voir se dit ouair et pouvoir fait pouair, dans la bouche de nos gens.
Aveindre, dont l’origine est fort débattue, se prononce aouindre ( awindre ), en Acadie, ce qui pourrait bien donner raison à
1. — Nous prononçons vling, vlang ; c’est une onomatopée ; les Canadiens ont, comme nous, vlimeux, contraction de velimeux, pour vénéneux.
Diez, et faire que abèmere, ôter, enlever, soit le radical de ce mot, et non pas advenire, comme le veut Littré.
L Alphabet fiançais n a pas de signe particulier qui traduise le son du v voyelle, ou u latin, ce son se note par la diphtongue ou.
Dans 1 ancienne graphie française, soit manuscrite, soit imprimée, on ne distingue guère le v de Vu, ce qui en rend la lecture fort difficile. La forme seulement des deux lettres se confond, le son reste distinct ; mais encore faut-il savoir le rendre.
Du v simple, Ton passe insensiblement au v, ou plutôt au u double, le w anglais qui correspond à Vu consonne latin. Le son en est chez nous représenté par la triphtongue impropre oua, oué, oui, au commencement des mots et par ai, {oua) et oé, après une consonne.
L’adverbe français oui, donne absolument le son du pronom personnel anglais we, et moi, toi, foi, loi, roi, se prononcent en Acadie, mwâ, twâ, fwâ, Iwâ, rwâ, ce qui est à peu près la prononciation parisienne.
Poêle, moèle, pourraient s’orthographier pivèle, mwèle. Le nom propre anglais Edward, donne Edouard, en France et Edouère, en Acadie ; toujours la diphtongue ou mise pour w.
Le français n’a qu’un petit nombre de mots qui commencent par w : ouailles, oiseau, ouir, oisif, etc.
Le glossaire acadien y ajoute ouarouarri, ( warwarri ), onomatopée, cri imitatif, signifiant vacarme étourdissant ; ouâouâron ( wâwâron ), grenouille verte, autre onomatopée imitant le cri de ce batracien sonore.
Nous avons, en plus, ouêtrer, se ouêtrer, (wêtrer), qui signifie se reposer, faire un somme, se mettre à l’abri pour dormir. Cette expression, fort en usage, est à peu près synonyme de l’italien siesta, repos des oisifs, après le dîner. Se ouêtrer semble se rattacher à se vautrer. 1
1. — On trouve se voutrer, dans l’ancien français, et, dans Marie de France, se voltrer, pour se rouler. Le w initial de ce mot fait supposer une origine germanique, ou saxonne, malgré le latin volturare, même signification.
Les Parisiens prononcent vagon, vagon-lit, le mot anglais wagon.1 Nous disons, comme les Anglais, ouagonne, pour leur avoir pris ce vocable directement sans l’intermédiaire du livre, après le leur avoir entendu prononcer. Si ce mot n’existait pas dans le Dictionnaire, nous le verrions classé parmi les anglicismes.
Saint Cyrille, apôtre de la Bulgarie, voulant traduire la Bible en langue slave, et ne trouvant pas dans cette langue de signe alphabétique qui distinguât le b du v, en inventa un, une consonne, qui est restée. Le scribe du Serment de 8J+2 n’a pas su faire de même ; aussi sa transcription n’est-elle fidèle que pour les yeux.
Une difficulté analogue confronta les missionnaires français d’Amérique, quand ils voulurent rendre, dans le rituel indigène, avec les lettres de l’alphabet latin, le son ouâ, oua, oué, oui, très répandu dans les langues abénaquises et algonquines.
Pour éviter l’emploi du w anglais, protestant, ils s’avisèrent, très ingénieusement, d’employer le signe numéral 8 ( uit , uni), avec lequel ils obtenaient le même résultat vocal et reproduisaient le même son. La paternité de ce 8 revient, je crois, au Père Chrétien Leclerc, récollet.
Seulement ceci est arrivé : pendant que la lettre de saint Cyrille est restée dans l’alphabet russe, le 8 de nos missionnaires français, non moins zélés pourtant, n’est pas sorti des lexiques et des traductions liturgiques qu’ils ont laissés. Et c’est grand dommage, car le signe phonique 8, ou w, pour oua, oué, oui , manque à l’ilphanet français.
Le son de cette consonne ne diffère pas, en Acadie, de ce qu’il est en France : la prononciation en est exactement la même.
Dans les mots terminés en eux, comme heureux, honteux, etc..
1. — Il est assez curieux de constater, d'un autre côté, que les Anglais, les Cockneys de Londres, donnent quelquefois le son de notre v français à leur w national ; ils diront par exemple : vile, pour while, varden pour warden, etc.
lez final est muet, en Acadie, au masculin ; au féminin, il se change en euse : boiteux, boiteuse, tout comme en France.
Il y a quelques exceptions. Deux, par exemple, est invariable en français. Il ne l’est pas toujours, en Acadie. Nous disons bien, comme à Paris, deux hommes, deux femmes ; mais deux, s il suit un pluriel féminin, fait deusses : Elles sont deusses; donne-les moi toutes les deusses. Nous disons aussi il y en a deusses.
Ce féminin deusses, nous vient de la Picardie, à moins qu’il ne soit “né natif” du Berri.
Ceux fait ici ceuses, au lieu de celles, au féminin pluriel, tout comme il le faisait à Paris, au xvie siècle, et comme il le fait encore un peu, aujourd’hui, parmi le populaire de la villelumière.
Nous disons aussi : les ceux, les ceuses, locution à laquelle le célèbre grammairien Henri Estienne (p. 75) trouve une tournure grecque, élégante par conséquent. 1
Dans exécrable, le x tombe pour laisser escrable, ou escrabe, chez nos gens.
Il entre dans croquignole, qui se dit croxignole, en Acadie.
Dans les mots comme payer, pays, rayer, royal, y se fond avec l’a, ou l’o qui le précède et ne fait avec lui qu’une seule syllabe, tant en Acadie qu’en France ; telle est, d’ailleurs, la prononciation indiquée par l’Académie, dans l’édition 1694 de son Dictionnaire.
Où la prononciation acadienne différé un peu de celle de la France contemporaine, autant que je puis le discerner, c’est lorsque 1 y entre en combinaison avec la voyelle a, à l’impératif et au présent du subjonctif, par exemple ; il garde alors, chez nous, quelque chose du timbre qu’il semble avoir eu dans
1. — C’x latin tend à s’adoucir en s, en français : de laxare nous avons fait laisser. Cette tendance, très marquée en italien, se constate dans le latin lui-même. On trouve dans certaines inscriptions visit pour visât, etc.
l’ancien français : Eye bien soin de lai ; il faut que je Veye1 2.
Non seulement l’antique son de Yy, mais Y y lui-même, disparut en France, dans que j ,aie, que je voie.
En Acadie, nous faisons distinctement sonner Yy dans chacun de ces mots. Que j’aie pourrait se rendre par que j ’eille.
Y, ici, n’est pas à proprement parler, une voyelle ; c’est le plus souvent une demi-consonne, que les linguistes dénomment yod, palatal.
Au début du xyne siècle, cette semi-consonne se faisait encore entendre dans les verbes où elle est muette aujourd’hui : 1 impératif soye, par exemple, était en France, comme il l’est encore en Acadie, de deux syllabes et se prononçait soy-e ou soueille *
Quelques vieux auteurs vont jusqu’à mettre un e devant oyy comme pour mieux accentuer Y yod palatal et marquer les deux syllabes : “ S’il y a quelque loy naturelle qui se veoye universellement. ” (Montaigne) “Ils ne veoyent aultre moyen
’ (La Boétie.)
C’est dans les verbes où la voyelle a se substit ue à o, que cette survivance du yod palatal est le plus marquée parmi nous. Nous disons : Il faut que tu brayes (broie) ce chanvre, qu'il emplaye (emploie) mieux mon temps, qu’il aye (ait) l’œil ouvert. Dans tous ces mots aye se prononce ay-e, ou plutôt ey-e, ou eille. -
1. — Il semble hors de doute que les subjonctifs en oie et en aie se prononçaient, en France, jusqu’au xvne siècle, comme ils se prononcent aujourd’hui en Acadie. L’orthographe en fait foi. J’en trouve vingt exemples dans Montaigne :
“ Quoiqu’ils soyent ” ; “ Je veux qu’on voye ” ; Je crois que cela essaye
(éprouve) merveilleusement le malade. ’” Les poètes n’orthographient guère autrement :
“ Quand le beau temps voyent (prononcez voye),
Pastoureaux s’esjoient,
Chantent et festoyent,
Et n’est rien qui ne seoient Entre leur déduis.
Arnould Greban, Le Mystère de la Passion, xve siècle.
2. — Comment voules-vous qu’une nation puisse subsister avec honneur, quand on imprime je croyois, j ’ociroyois et qu’on prononce je croyais, j’ociroyais. Comment un étranger pourrait-il deviner que le premier o se prononce comme un o et le second comme un a ? ” Voltaire.
Cette prononciation, smon cette graphie, remonte aux premiers âges de la langue. Elle persistait encore, à Paris, au xvue siècle. Maupas, qui vivait vers le temps où l’Acadie fut fondée, nous enseigne qu’il faut prononcer pla-y-e, et Vaugelas, son contemporain, nous apprend aussi, de son côté, que l’on pi ononçait player à la cour, “ pour plus grande douceur”. Avant de faire plier et ployer, le radical latin plicare, a donné pleier à la langue h Nous disons et prononçons plêier.
Les grammairiens de cette même époque discutent si a, au subjonctif, se prononce a ou e ; mais ils reconnaissent tous l’existence de 1 y demi-consonne, telle qu’on le retrouve aujourd’hui en Acadie.
Cet y se fait également entendre, ici, dans certains mots, d’où 1 orthographe officielle l’a banni, comme dans suppléer, gréer, etc., que nous prononçons supple-y-er, gré-yer* 2.
Ce terme marin, greyer, passé dans la langue courante, trouve chez nous de nombreux emplois.
Le substantif emploi, prononcé ici comme en France, nous a lui-même donné le verbe employer, pour employer, qui fait, au subjonctif, que yempleye et à l’impératif, empleye.
On constate la présence d’un yod palatal dans certains autres mots acadiens, dans où, par exemple, qui se dit quelquefois e-you, comme dans cette réponse interrogative :
— Dis-lui de me rencontrer de soir, à neuf heures.
— E-you ? (pour où ?) 3. Yous qu’il est f Pour où est-il ? Comme au temps de Louis XIV, en France, y se dit, ici, en
certains cas, pour lui. Vaugelas nous apprend qu’à la cour même,
1- — “Ne ule cose non la pouvet omque pleier. ” ( Eulalie ). Aucune chose la pouvait jamais ployer. Dans l’ancienne langue, ployer se prononçait pléyer, comme aujourd’hui en Acadie.
2. — “ Que le défault de la foiblesse de mon savoir soit soupleyé. ” Christ de Pisan, xve siècle.
3. — On dit évou, au Berri, et aussi en quelques endroits de la Province de Quéhec.
Dans diable que nous prononçons djable, comme on l’a vu, le d disparait également chez le paysan canadien, mais c’est pour faire place à un yod palatal : yable. Qui nous dira l’exacte manière dont se prononçait la syllabe diâ, dans diabolus, à Rome, sous les divins empereurs ?
dans la langue parlée, on entendait des phrases dans le genre de celle-ci : "J’ai remis les hardes de mon père à un tel, afin qu il les y donne. ” C’est de l’acadien tout pur.
L, consonne, peu stable, en français, tombe le plus sou\ eut dans lui ( illuic ), pour faire place à un y représentant le radical latin huic : Vas-y dire de venir ; parles-y ; allez-y dire, etc.
Il serait possible de trouver d’autres exemples, en Acadie, où l’yocl se substitue à Yi, comme dans le mot cryature, ou creyature, par exemple, pour créature, avec le sens de jeune fille ou femme.
On trouve créiature dans Molière {Médecin malyré lui, Acte II, sc. 1). C’est le même mot, avec le même sens et la même prononciation, mais épelé différemment.
De abri, les maîtres es élégances, en intercalant un t euphonique, ont fait le verbe abriter, avec le sens de se mettre à 1 abri. Grâce à l’yod palatal, nous avons fait, avec le même radical, abri-yé, en lui conservant le sens qu’il a dans les auteurs anciens, depuis le Roman de la Rose jusqu’à Montaigne, qui est celui, non de mettre à l’abri, mais de se couvrir.
Pour synonyme d 'abriter, nous avons le verbe abriquer (de abrique, en bas latin, abrice), doublet dont s’enrichit notre glossaire national.
Y a une tendance à se substituer à en, au moins dans certaines vieilles chansons importées de France : “ M’y allant promener , pour m’en allant promener, par exemple.
Il se colle, pour cause d’harmonie et pour éviter tout hiatus, à l’adjectif numéral un, une, quand celui-ci ne qualifie pas le mot qui suit : J’en veux yune, pour j’en veux une ; il n’y en a pas yun de bon, pour pas un de bon. Dans la langue non écrite, il n y avait guère de liaisons euphoniques, et, sans l’agglutination de l’y, on eut prononcé : il n’y en a pa une de boune ; j’en veu un.
Y, joue ici, le rôle du t euphonique dans la liaison des mots : A-t-il ? T’aime-t-il ?
C’est pour cause d’euphonie, pour éviter un hiatus, que nous mettons un y, au singulier, et un s au pluriel, devant les pronoms eux et elles : Cette maison est à yelle ; c’est zelles qui sont fautives ; c’est zeux qu’il faut voir.
Notre z est celui des Parisiens : même emploi, même prononciation. Ce son n’appartient pas en propre à la langue latine ; il remonte au grec.
Il y a peu de mots véritablement français qui commencent, ou finissent par 2.
Nous en possédons un, cependant, d’un emploi universel, que n a pas îecueilli le Dictionnaire, et qu’en vérité je ne trouve nulle part, ni dans les vieux auteurs, ni dans les glossaires dialectaux, c’est aire, synonyme de dégoût profond. Cette viande me fait zire, c’est-à-dire m’inspire du dégoût, me soulève le cœur; il fait pire : il est malpropre, dégoûtant de sa personne. De ce radical nous avons tire zir cible, avec le même sens : c’est zirable, pour c’est infect, dégoûtant.
D'où vient zire f Serait-ce du latin ira, colère, fureur, dépit, qui a laissé à la langue ire, mot que le peuple, après une voyelle, aurait fait précéder d’un 2 euphonique ? C’est assez probable ; tout est possible dans le domaine de l’étymologie, et, après Ménage, on peut tout oser. En tout cas, il est bien constaté que le mot ire, à peu près tombé aujourd’hui, était d’un emploi fréquent, dans l’ancienne langue :
Salemons dist qu’onc ne fu teste Sur tête de serpent crueuse,
Ne riens de faîne plus ireuse. ”
De Meüng, Viellece.
Plus ireux (ou plus ireuse ) est tout semblable, pour la prononciation, à plus zireux.
Nous avons vu, à la lettre précédente, que les Acadiens mettent quelquefois un 2 euphonique devant une voyelle : C’est-z-eux qui l’ont dit ; cette maison est à z-elles. Ce 2 peut se retracer bien loin :
Jhesus cum videra los Judeus Zo lor demandet que euerent,
Il li respondet tuit adunt (tous ensemble)
Jhesus querem Nazarenum.
“ Eu soi aquel, zo dis Jhesus.” (Je suis lui, leur dit Jésus).
Passion du Christ.