‹ Le parler franco-acadien et ses originesChapitre 48 sur 179 · En provençal conestable · texte numérisé non relu

En provençal conestable

Dans certains cas, très rares, Fs initial disparait tout à faites est ainsi que le nom propre Scholastique, par un procédé que les savants appellent aphérèse, est devenue Cholastique, et, le plus souvent, Cholastie, parmi le peuple.

C’est à force d’aphérèses que l’anglo-saxon pur, par exemple,, et peut-être aussi le Chinois, sont devenus des langues dont chaque mot ne se compose plus que d’une seule syllabe, comme le français dans ce vers de Racine. :

“ Le ciel n’est pas plus pur que le fond de mon cœur. ”

T, vingtième lettre de l’alphabet, donne à la langue, tant en Acadie qu’en Fiance, des sons divers. Suivi d’un i final, comme nanti , il garde sa valeur propre de dentale ; lorsque Vi est suivi d’un e muet, soit médial, soit final, le t s’adoucit, dans certains mots, en une sifflante douce, prophétie, et dans certains autres,, il reste dur, comme dans modestie, entretien.

Les Acadiens, gardiens attardés de plusieurs idiotismes, aujourd'hui perdus, de la langue antique, donnent à t, en combinaison avec le ie, un troisième son, celui du ci italien, ou plus., exactement celui du ch anglais.

Pitié, amitié, tiède, tien (pronom possessif) tiens, verbe à l’impératif, se disent pitché, tchède, tchien, le ti se prononçant comme le ch anglais, dans peech, chin, patch.

Le son que rend la combinaison tié, dans pitié, amitié, ne diffère de celui de qu, dans quai, qu’en ce que l’é de pitié est fermé (connue en France) et que celui de ai (c), dans quai, est ouverte C’est, dans l’une et l’autre syllabe, une shuintante palatale,, son très doux, qu’on entend dans tous les idiomes sortis directement du latin, l’italien, le portugais, le provençal (langue d’oc), le roumache et que le défaut d’instruments précis de notation verbale a fait perdre à la langue d’oïl.

Ce son schuintant palatal, aujourd’hui, étranger à la langue officielle, aussi bien que celui du eu, dans cidotte ( tchulote ), celui de ky dans Kyrie eleison ( tchyrie ), celui de qu, dans quinze)^.

( tchinze ), celui de d dans Dieu (. Djeu ), celui de t dans tiers (fichiers*

nous vient et du latin et du celtique ; le haut celtique était, paraît-il, apparenté à la langue des Etrusques.

C’est vers le xme siècle, croyons-nous, que le son du tch a été définitivement perdu pour la langue écrite, et que de palatal il est devenu dental : pitchié, faisant pitié.

Comment nos ayeux de France prononçaient-ils ti, dans ce "vers de Berthe aux grands pieds, D’Aclenet :

“ Avoit une coustume ens el (dans le) tiois payz ? ”

Ce tiois, synonyme de tudesque, dont les Anglais ont fait Dutch , se prononcerait tchiois, en Acadie.

L’antique timbre de la palatale française tch dans tien, soutien, tiers, entier, est pour la langue académique, un son exotique, étranger, perdu. Tié, qui le remplace, est à peu près imprononçable pour un étranger ; les Anglais disent Peltchié avec les Acadiens, ou Pelkiy, avec les Canadiens.

Le t sonne à la fin de certains mots de la langue officielle et dans d’autres il tombe. Quoiqu’il tombe aussi, assez souvent, clans le parler acadien, il s’est maintenu dans quelques vocables, .substantifs, adjectifs et verbes même, où on ne l’entend plus à l’Académie. Ainsi bout se prononce bou en français et boute chez les Acadiens : Je suis à boute ; va jusqu’au boute ; il y a un grand boute (distance) 1 d’ici là, etc. Le t final de ce mot se faisait apparemment entendre dans l’ancien français, comme le témoigne le verbe bouter, les substantifs boute-en-train, bouteselle, etc., qui sont restés dans la langue. A flot, se prononce ici à flolt.

Le t sonne, en Français, dans le mot fait, puisque la graphie le fait suivre d’un e muet, faîte ; mais on trouve à l’origine de l’ancienne langue, des exemples où ce vocable de provenance

1. — Boute, synonime de distance, ne peut guère s'expliquer que par 'le temps nécessaire à se rende d’un point, d'un but (même origine .que bout) à un autre. Nous disons aussi, l’ayant pris des Canadiens, un bout de temps pour un espace de temps ; on dit, en français, un bout de mois ; dans ce .sens, c’est plutôt le mot élan que nous employons, une bonne élan, une grant élan. Elan, ici, signifie durée de temps.

germanique1, s’écrit fest. En Acadie, aussi bien qu’au Berri, il se prononce faît : monter sur le fait de la maison 2.

Nous disons sot’, au masculin, en faisant sonner le t, comme on le faisait en France et comme on l’entendait au théâtre de Molière, il n’y a pas encore si longtemps. Pour conserver le t sonore de ce mot, il eut été nécessaire, comme la chose est arrivée pour pilote (écrit pilot par Rabelais, par Robert Estienne, etc.,) de le faire suivre d’un e muet. Niais un e muet terminant un adjectif masculin fait, en quelque sorte, violence -à la langue.

On peut appliquer le même raisonnement à l’adjectif droit, que nous prononçons droite, au masculin comme au féminin ; tiens-toi droitt ; une ligne droite.

Plusieurs t et plusieurs s sonnaient à la fin des mots, au xvie et au xvne siècles, qui sont atones, aujourd’hui. On a dit : Clément Marott, Charles Quintt', ils sont deuss (deux), des preuns’ (des preux) etc., comme l’on dit, encore aujourd’hui, huit, et tout’, en liaison, en faisant entendre le t et l’s finals.

Froid se dit frett’, en Acadie (comme aussi dans la Province de Québec), tant au masculin qu’au féminin : un hiver fret’ , fine maison frette. Dans le substantif, le t se fait également entendre : il fait un grand frett.

Vaugelas, toujours latinisant, même lorsqu’il s’en défend,

1 • — - On pourrait aussi le rattacher irrégulièrement au latin fastigium, •qui a la même signification, et même à l’anglais first.

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