G. Nigond, Rimes percheronnes
3. Les Précieuses disaient : Il est furieusement beau ; à Londres,.
on entend : He is awfully nice.
4. — Le mot beaucoup, qui est aussi un augmentatif, se décompose en beau coup.
5. “ porcs et bues avons assez ” (Chrétien), signifie ici, nous avons-
une grande quantité de porcs et de bœufs.
“ Je vous di bien qu’il i porra
Des jeus d’ Amours assez aprendre ( Roman de la Rose), pour beaucoup ■ apprendre.
“ Buenos robes assez ëust ”. ( Eric et Enide).
g — Pour en donner un exemple : Les linguistes ont disserté sur lesens de : “ Asez i ot contes et rois ”, (Percevaux). M. Lucien Folet, dans sa Petite Syntaxe de l’ancien français, soutient ceci, entre autres commentaires : “ Asez i ot contes et rois”, ne dit guère plus que "Contes et rois, i ot ”. Oh ! si, il dit beaucoup plus. Asez {assez) signifie ici qu’il y eut um grand nombre, beaucoup de comptes et de rois.
J’ai dit que la langue française n’avait pas de mot synthétique qui exprimât directement le superlatif. Si, elle en a quelques-uns conservés du latin ; mais ceux-ci n’ont plus le même emploi qu ils avaient. Maxime est un nom d’homme, en Acadie, et lien de plus ; Maximus, chez les Romains, signifiait le plus grand. J’y pourrais ajouter quelques verbes : tressaillir, par exemple, ou tressauter, de tram et de saltare, sauter plus loin ; trépasser, passer au delà.
Catherine de Médicis importa d’Italie les superlatifs outrés et fades de sérênissime, rêvérendissime, éminentissime, etc. Le bon goût français les récusa. Un seul, je crois, trouva grâce et entia dans le Dictionnaire de l’Académie, à sa première édition :: généralissime. Mais celui-là avait pour le pousser Richelieu, général en chef des armées de Louis XIII.
Il y a dans le parler des Acadiens un mot, cependant, qui sans périphrase, vise directement au superlatif : tretous, (ou tertous) de trans totum, signifiant absolument tord. 1 II est d’un usage universel. “ Vous êtes les bienvenus tretous. ” est la formule ordinaire de bon accueil ; “ Des compliments à tretous par chez vous ”, est celle de la séparation. Cette formule vaut mieux, est plus compréhensive, en tout cas, que la manière normande et canadienne : “ Des compliments par chez vous. ” Le superlatif tretous est peut-être le seul qui n’exagère pas l’expression des sentiments.
L’imagination populaire est riche en superlatifs à périphrase. Pour figurer un homme très en colère, un paysan dira : Il mord dans le fer ; d’une personne se portant parfaitement bien, ce sera : Il n’a pas la plus petite rosée de mal ; d’un autre très dépéri : Il est raide maigre.
Rabelais voulant reculer les bornes du superlatif, écrivait :
1. — Le mot se trouve, épelé quelquefois trestôt, trestos, trestuit, très tout (en deux mots) Irestous, trestut, dans les vieux auteurs. Dans la Chanson de Roland, on le trouve même employé comme adverbe : “ Trestut seit fiz ”, qu’il en soit tout à fait st)r. “ Ils sont tretous logés à l'enseigne du Croissant. Lescaebot. Rabelais renchérit : “ Nous sommes très tous à vous, sacs, papiers, plumes et tout Pentagruel.
Chinon, deux ou trois fois Chinon,
Petite ville, grand renom.
Virgile de même : O ter quaterque beati !
J’ai entendu plus fort que cela, je crois, de la bouche d un paysan Canadien. Il voulait me faire comprendre combien l’un de ses amis avait de richesse : Il est riche, c’est le bout d-es chiffres.
Analogie
L’analogie est un rapport de ressemblance qui existe entre les choses : idées, objets matériels, vocables, harmonies. Les langues lui doivent la formation d’un grand nombre de mots. Un mot nouveau, incompris ou mal compris, va tout droit à un mot connu, en usage et de même assonnance.
Les mots de formation analogique sont moins remarqués dans la langue écrite, où l’usage les a rendus familiers, que chez le peuple, où ils donnent lieu, parfois, à des rapprochements bizarres.
Le paysan de France, avec du laudanum, dont il entendait prononcer le nom pour la première fois, a fait du lait d'anon ; avec de l’huile de ricin, de l’huile d’hérisson ; avec des sicomores, des sitôt morts. Thibaud, dans le Médecin malgré lui, demande au docteur Sganarelle des remèdes pour sa femme “ qui a des lassitudes dans les muffles des jambes ”. Ceci vaut le mari acadien qui demandait au pharmacien des fortifications pour sa femme amaigrie.
L’habitant 1 Canadien bat d’un bout, comme nous disons, son grand cousin de France et son petit frère d’Acadie, pour la fécondité des créations analogiques. Un meeting électoral est pour lui une mitaine d’élection ; le village de Sommerset a etc converti en S,aint-M orissette / Sutherland a fait Sainte-Irlande , Sullivan, Sylvain ; la Mononahela, où Braddock fut battu par Langlade, la Malenguelée ; Stanford, Sainte-Folle. Un paroissien de Saint-Agapit, assis sur Y accueil (seuil) 2 de sa porte ra-