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Se dit pour paysan, en Québec

2. — Après tout Y accueil de la porte, du paysan Canadien, vaut bien '‘le diazome du perron”, de Chateaubriand, dans ses Mémoires d’ outre-Tombe.

contait à sa famille émerveillée qu’il avait, dans son voyage, visite les fornications (les fortifications) de Québec ”

C’est surtout dans la traduction de son nom en anglais que G f?me. Pfysan Canadien s’exerce, et c’est, sans contredit, a Stfroid Godin, qui traduisit le sien en Six Unie Goddarn, que revient la palme.

Nous avons éclas pour glas 1 en Acadie ; temple 2 pour tempe ;

grand-mère pour grammaire ; mais ce sont des mots importés de France.

Orgelet a donné orgueilleux1 * 3; taie d’oreiller, tête d’oreiller ; mêlasse, menace ; hachette, jaquette (aux Iles-Madeleine) ; précipice, troucipice (mot local) ; mais, en somme les mots nouveaux de formation analogique sont assez peu nombreux, chez les Acadiens. Ceux que l’on trouve sont surtout des termes marins appliques aux usages terrestres.

De la négation

Aux piimes origines de la langue française, les adverbes ne et non conservaient encore la puissance de négation qu’ils avaient en latin. Mais, sous l'influence du Celtique, le timbre de ne (née n latin) ne tarda pas à s’affaiblir, en se nasalisant davantage. Ce ne fut bientôt plus qu’un son vide, presque inarticulé, dépourv u, en tout cas, de toute sonorité : notre ne d’aujourd'hui.

Ae lemonte très haut. C’était, parait-il, prononcé on ne sait plus comment, une des formules de négation, peut-être la principale, dans la langue indo-européenne. Elle dut s’altérer en descendant de si loin. Au temps d’Ennius, bien antérieurement

1. Glas, qui dérive du latin classicum, se disait clas, dans l’ancienne langue. L’e euphonique qui s’est accolé à clas, éclas, est ce que le jargon scientifique appelle une prosthèse. Les prosthèses abondent dans la langue académique.

2- — Plusieurs vieux auteurs confondent tempe avec temple. Je trouve jusque dans une lettre de Mme de Sévigny : “ Deux petits fers s’enfoncent dans les temples. ” Les Acadiens ont apporté cette expression directement de France. Temple pour tempe est de l’ancien mauvais français.

3. — Voir à la lettre G, chapitre xii, pour la prononciation de gu, en Acadie.

à Jules César, qui soumit les Gaules à la domination romaine, c’était déjà noe-nun, (pour non-unum ) pas un seul, au lieu de nos, ou ne tout court. N un était là pour renforcer ne. Ce nœ-n un nous a donné non, et aussi ne, qui se disait nen, devant une

voyelle. i

Le peuple nie et affirme énergiquement. Il me plus energi-

quement encore qu’il n’affirme. Non, dont les Anglais ont fait no, est resté, parce que le timbre en est distinct et sonore. Mais que faire de ne, son délavé, qti’on entend à peine? Les premieis artisans de notre langue, commencèrent par lui adjoindre des substantifs de négation, pas, le temps qu il faut pour faire un pas ; mie, une miette, objet minime ; goutte, presque lien

du tout.

Ces formules auxiliaires, plus expressives, plus compréhensibles, finirent insensiblement par se substituer à ne. Elles peidirent peu à peu leur identité grammaticale. De substantifs qu’elles étaient, un pas, une goutte, une miette, elles devinrent adverbes, adverbes de négation, et ne, dont elles prirent la place, fut relégué au deuxième plan.

Comme un grand nombre d’autres adverbes de l’ancienne langue, ne aurait dû, dès qu’il tomba en défaveur, disparaître de la circulation des mots. Le populaire le rejeta, en effet ; mais les écrivains, mais les pédants, le conservèrent ; cela, probablement à cause du rôle qu’il jouait en latin ; pour la meme raison qu’ils ont conservé une quantité de Z et de s étymologiques, qui, aujourd’hui, encombrent l’orthographe.

Il se fit, au temps de la renaissance, un léger effort, du reste infructueux, pour l’élimer de la langue. A cote de n ont-ils pas fait ? ’’, Vaugelas écrivait : “ Ont-ils pas fait ? ”, et il trouvait cette dernière manière élégante. Ronsard, avant lui, se débarrassait volontiers de ce parasite :

Razant les champs, avez-vous point vu

Ceste beauté qui tant me fait la guerre ? Amours, Liv. I.

N’avez-vous point vu, eut donné au vers le même nombre de: pieds métriques.

En poésie, dans la forme interrogative, permission fut oc-

troyée de mettre, ou d’omettre ne avant pas et point. Les poète» du grand siècle, Corneille, Racine, Molière, La Fontaine, se prévalurent souvent de cette licence. Ceux d’aujourd’hui s’en prévalent encore, quelquefois. Musset ne craint pas d’écrire (Paez) : “ Crois-tu pas en Dieu ? ”, et Victor Hugo, dans Hernani: “ Viens-tu pas ? ”

En prose, toutefois, nul écrivain n’est assez téméraire pour mettre dans une phrase un pas qui ne soit précédé d’un ne, sauf dans certains cas particuliers, devant certains verbes, où -ne conserve encore assez de puissance négative pour ne requérir l’assistance d’aucun auxiliaire. Cette absolue nécessité du ne obligatoire fait dire à Molière ( Don Juan, III, 2) : “ Il ne se peut donc pas que tu ne sois bien à ton aise ”, et à Petit de Julesvill efHist. de la langue française ) : “Le jour où, pour un méchant mot, éclata une querelle qui ne pouvait ne pas éclater. ’’

Dans les phrases suivantes : Je tremble qu’on ne vous voie ; il est meilleur qu’on ne pense ; je crains qu’un songe ne m’abuse, ne est explétif, nous disent gravement les grammairiens. Il est plutôt parasitique, voire parasitaire. Il étire la phrase et l’allonge. C’est une loque embarrassante qu’on a dans les jambes et qui ralentit l’aire d’aller.

Les grammairiens veulent que l’on traduise : doctior quam putas, par : il est plus savant que vous ne pensez. Le peuple, aussi bien celui de France et du Canada que celui de l’Acadie,, supprime le ne explétif ; et sa traduction est aussi énergique, plus littérale, meilleure, enfin, que celle des grammairiens. Mais ceux-ci ont pour eux la loi qu’ils ont faite, et il n’est permis à personne de transgresser la loi.

Pas, substitué à ne, comme adverbe de négation, ne tarda pas, à son tour, à requérir de l’assistance. Il s’adjoignit les mêmes substantifs dont ne s’était fait accompagner, et, par surcroît, conserva ne lui-même, dont il continua à se faire précéder : Je n’en veux pas une miette, pas une goutte, pas une graine, pas un brin,, pas en toute (en tout, avec le t final sonore). Voilà notre pas entrelardé comme un mauvais sandwich et la phrase bien alourdie.

Notons que tous ces auxiliaires, aussi bien que pas lui-même, d’ailleurs, n’ont plus rien de commun avec leur sens originaire :

une miette de pain, une goutte d’eau, un brin de bois, etc. On entend même dire, en Bourgogne : un brin d’air et, en Belgique : une goutte de bois. Nous disons aussi : Il n’y a pas un brin d’air.

Ne était depuis longtemps tombé, dans le parler du peuple de France, quand l’Acadie et le Canada furent colonisés (Commencement du xvne siècle). Ni les Canadiens ni les Acadiens n’ont songé à le rétablir. Les maisons d’éducation, où la langue académique est enseignée, ici comme en France, l’imposent, il va sans dire. Alais, dans la langue parlée, en dehors des écritures, personne ne s’en embarrasse guère, même les lauréats de nos collèges, même les demoiselles des couvent les mieux diplômées. Il faut un effort pour s’en servir.

Une certaine disposition de mots, qui semble incorrecte, quoiqu’on la trouve chez les meilleurs auteurs : “ Je ne fis pas semblant de croire ” (Marmontel) ; “Je ne fis pas semblant de voir ” (J. J. Rousseau), pour : Je fis semblant de ne pas voir, je fis semblant de ne pas croire, est la seule construction employée en Acadie.

Les très vieux auteurs ont quelque chose qui y ressemble :

Vos en iroiz — pas ne m’en poise Que ne seroie pas cortoise S’il n’e pesoit de nule rien.

Percevatjx, Li Galois.

Nous disons : Fâche-toi pas ; parle pas. Je trouve dans le Parler-Français, de Québec : “ Parls-y pas ”. Toutes ces tournures viennent de France.

Vient de France également : “Il la laissa (Madame de l’Archant) qu’elle n’avait que trois ans, encore pas. ” Brantôme, La Chastaigneraye.

Ce pas final se retourne en Acadie : “ Pourquoi dire des chouses qui sont pas ? ” Les Canadiens le connaissent aussi. J’ai entendu, à Québec même, une femme dire à son mari qui la taquinait : Laisse-moi tranquille, je t’aime moins que pas.

Pas, le temps qu’il faut pour faire un pas, est, en somme, une expression suffisante pour désigner une chose de courte durée, ou même un objet de peu de valeur. C’est une négation incomplète : mais enfin, renforcée par miette, goutte, etc., c’est au

moins un succédané. Mais, quand il s’agit de choses abstraites, ou de considérations morales, la pauvreté, l’insuffisance de pas , comme terme de négation, saute aux yeux. Le peuple s’en rend compte, sans trop savoir comment y remédier.

I n joui qu on parlait devant moi d’un paysan, au crédit <- uquel on mettait une action généreuse, quelqu’un protesta en

ces ternies, dont je fus frappé : “ C’est pas le cas, il en est indigne capable. ”

Indigne, mué en adverbe, me semble une forme de négatif préférable, ici, à pas ou point.

oui faire un pas, il faut un certain temps, quelque court soit-il. Point, le point géométrique, est le néant absolu. Aussi nos gens remploient-ils seul, sans auxiliaire : J’en veux point.

Expressions particulières

Le Firmament ; la Neige ; la Glace ; la Forêt ; la Mer.

Toute langue vivante évolue. Les langues humaines ont à tel point évolué, qu’elles sont devenues étrangères les unes aux autres. Ne s entendant plus, elles se sont prises à douter dn leur commune origine.

Alille causes contribuent à diversifier le parler parmi les. hommes. Les plus effectives sont les guerres, quand elles sont suivies de 1 imposition d’un régime nouveau, ou accompagnées du rapt des femmes. Les enfants nés de pères et de mères parlant, un idiome different créent des mots hybrides, qui restent et qui font souche.

Il existe d’autres agents, moins violents et partant moins, rapides, d’altération des langues : les migrations en pays lointains ; un changement de climat affectant les cordes vocales , les i dations internationales ) le commerce j des besoins nouveaux ; des habitudes de vie nouvelles ; l’usure des mots ; le contact avec une langue étrangère ; la nécessité où l’on se trouve, tel Adam au paradis terrestre, de donner à des objets^ nouveaux, des noms appropriés.

En mettant les pieds sur le sol d’Amérique, les colonisateur© français du xvne siècle, tant ceux de l’Acadie que du Canada,.

se trouvèrent en présence d’une nature, smon nouvelle, du moins, différente, sur plusieurs points, de celle de la Touraine, du Berri, de la Normandie, du Poitou, en même temps que d’objets et de besoins nouveaux.

Pour désigner des phénomènes nouveaux, ils eurent îazement recours à ce que les philologues appellent des néologismes, c’est-à-dire à des mots créés exprès de toutes pièces. Ils étendirent, préférablement, le sens des termes français en usage, leur ■donnant des acceptions neuves. Ce fut, le plus souvent, par le procédé d’analogie qu’ils augmentèrent et enrichirent leur vocabulaire'.

Les objets particuliers propres aux indigènes, aussi bien que les noms de lieux, gardèrent, en français, dans un assez grand nombre de cas, leurs noms sauvages. Mais ces objets et ces noms de lieux sont en assez petit nombre, et leur introduction dans le parler des Acadiens n’en altère nullement, ni le caractère ni la physionomie. Il en sera question au chapitre . Des mots indiens qui sont entrés dans le vocabulaire acadien.

Le Firmament

Parmi les phénomènes qui frappèrent le plus vivement l’imagination des nouveaux colons, furent les aurores boréales. Nous sommes au temps où fleurissent encore les romans de chevalerie, où les imaginations voient partout du merveilleux et du surnaturel. Les Canadiens les appelèrent des marionettes 1 ; les Acadiens leur donnèrent le nom de lances 2 3, trouvant sans doute quelque ressemblance entre ces éclairs vivants, dardant0 de

1. — Le mot- marionette avait un grand nombre d’applications au xvne .siècle. C’était, outre sa signification ordinaire, un terme de métier et aussi de marine et d’art militaire.

2. — En vieux français, une lance signifiait un chevalier armé d'une lance. Le moyen âge avait aussi les lances à feu grégeois.

3. — Le mot darder a plus d’acceptions dans le parler des Acadiens, qu’il n’en a au dictionnaire de l’Académie. Par exemple, le verbe s’emploie .au pronominal. Nous disons : se darder suï quelqu’un, pour se jeteur brusquement sur lui.

traits lumineux les profondeurs du ciel et le jeu éblouissant des lances dans les tournois.

Ils avaient, pour désigner les phénomènes célestes, d’autres •appellations, presque toutes gracieuses et typiques, apportées avec eux de France, et que leurs descendants ont religieusement conservées. L’arc-en-ciel est aussi appelé l’étendard du Bon Dieu ; c’est un dragon 1 , quand une seule de ses extrémités est visible ; un œü-de-bouc, quand les deux le sont, pendant que le sommet reste caché derrière les nuages.

Le tonnerre, avec le bruit qu’il fait, est bien ici, comme en France, le tonnerre ; mais les éclairs sont des éloèzes, 2 et ce que les Canadiens entendent par éclairs de chaleur, s’appelle du feu chalain1 2 3, en Acadie.

Quand la foudre n’est pas accompagnée de feu, on dit que le tonnerre tombe en pierre.

La terminologie astronomique en usage, en Acadie, n’a rien de bien particulier. Qu’une comète s’y appelle une étoile à prand queue, il n’y a là qu’une image parfaite de ressemblance, une équation entre l’objet et les mots qui le décrivent.

La Charrue, la Grand-chaise, pour la Grande Ourse, sont des images moins parfaites. L’une et l’autre, cependant, remplacent avantageusement Chariot, mot qui, en français, désigne la même constellation.

Il serait mal aisé de trouver de l’analogie entre une autre constellation, les pléiades, et le nom de poucinière (ou poussinière) que lui donnent les Acadiens. Poucinière doit leur venir de France.

1. — Un arc-en-ciel brisé est un signe menaçant, précurseur de mauvais temps. Un dragon d’eau était, anciennement, une sorcière de vent, une trombe.

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