Se dit ici, en Acadie, pour firent, en usèrent
4. — A vrai dire, cette dissertation sur le mot perpelita est un peu risqué. Je n’ai jamais pu me procurer les Gloses de Reichenau, où chaque mot
monde. Personne, apparemment, ne l’entend. Ce mot se re trouve intégralement dans le parler des Acadiens : par les petits, avec la signification de graduellement, petit à petit. Nous disons : Allez-y par les petits ; il faut commencer par les petits . Ou encore : J’en prendrai un petit, pour un peu ; donnez-moi un petit de beurre. Dans les premiers cas, petit, avec par poui préfixe, s’emploie toujours au pluriel.
Or, perpetita est formé de petit, précédé du préfixe latin per et terminé par la flexion latine a, qui est celle des substantifs et des abjectifs neutres, au pluriel : per-petit-a, pour les latins et les latinisants du ixe siècle ; par les petits, pour le peuple de France, où les Acadiens ont pris cette locution. Per est devenu par, et a, signe du pluriel neutre latin, a ete remplace par s, signe du pluriel des mots français : par petits, 1 article n’était pas encore en usage, à cette époque-là, devant un substantif indéterminé.
Les Romains habillaient à la mode de leur langue les mots qu’ils prenaient aux autres nations, à peu près comme nous le faisons de ceux que nous empruntons aux Anglais. Celui-ci, petit, est, comme on dirait à Paris, sandwiché entre le préfixe par et le suffixe a1.
La langue française, au ixe siècle, n’en est encore, comme nous le voyons, qu’à sa période de transformation. C’est de l’incohérence qui s’organise. La semence latine est en pourriture dans le sol fécondant du celtique ; l’épi qui portera le froment nouveau n’est pas encore mûri. La tige laisse à peine entrevoir l’abondance de la future moisson.
Une autre pièce, très précieuse, la Cantilène de sainte Eulalie
indigène est interprété par un mot latin, et où, par conséquent, le sens précis de perpetita doit être donné.
1. — La locution par les petits doit s’être conservée quelque part, en France, quoique je ne l’aie retrouvée nulle part, dans les écritures. Montaigne a : “ par les menus ”, qui s’en rapproche. Par contre, un petit, pour un peu, se rencontre dans presque tous les auteurs du XVIe siècle et antérieurement. Au XVIIe : “ Je commence à mon tour, à le croire un petit, Molière, ( Amphytrion ) ; au XIXe : “ Elle entrebâilla la porte un petit ” Georges S and, ( François le Champi).
— les Acadiens diraient la Complainte — est presque contemporaine du Serment, et n’en diffère guère, quant à la langue et aux formes grammaticales.
Buona pulcella fut Eulalia ;
Bel avret corps, bellezour (plus belle) anima, etc.
Je ne la reproduirai pas, parce que je ne veux fa^re qu’un tracé, à vol d’oiseau, du chemin parcouru par la langue jusqu’au milieu du xvue, époque de l’établissement de l’Acadie.
J’en relèverai, cependant, quelques expressions, retrouvées en Acadie, que le français officiel a laissé perdre.
Eskoltet, par exemple, que l’on rend par écouta, dans les vers suivants :
Elles n’out eskoltet les mais conseilliers,
Qu’elle Deo raniet, chi maent sus en ciel,
pourrait bien signifier obéit, dans le texte. En tout cas, écouter comporte l’un et l’autre sens, en Acadie. Nous disons : Cet enfant n’écoute pas, pour n’obéit pas ; c’est un bon enfant, il écoute bien, pour il obéit bien ; il faut écouter ce que le prêtre dit, c’està-dire, faire ce que le prêtre dit, lui obéir. 1
Chi pour qui, est manifestement le tchi acadien, que les scribes d’alors, faute de note adéquate au clavier alphabétique, étaient incapables de rendre, et que l’on n’a jamais pu rendre depuis ; ce qui fait que le son très doux qu’il représente a disparu de la langue écrite, à son irréparable dam.
Sus, en ciel, là-haut dans le ciel, est un adverbe, dérivé de susum. Nous avons aussi le mot sus (de super), prononcé su, avec un régime, ce qui en fait une préposition : Il est sus moi ; il a tombé sus ses pieds ; il a monté sus la table.
Pleier se dit et se prononce apparemment de la même manière,, aujourd’hui, en Acadie, qu’il se disait et prononçait à Paris,, à la mort de Charlemagne, si l’on s’en rapporte à la manière d’épeler le mot qn’on trouve dans la Cantilène.
1. — Chose assez curieuse, obéir, en v. fr. oboedire, signifiait proprement avancer l’oreille pour écouter. Il entre, parait-il, dans écouter, ou ausculter , une racine qui signifiait obéir.
Maximien est mis pour Maximilien. Nous avons gardé Maximin.
Nous traduirions très bien : nonque chielt Qued elle fuiet lo nom Christien, par : elle ne s’inquiète pas d’abandonner le nom de chrétien. S’inquiéter a deux sens distincts, en Acadie, celui qu’on trouve au dictionnaire de l’Académie et celui de se soucier.
— Viens-tu ? — Je ne m’inquiète pas d’y aller.
— Pourquoi ne le salues-tu pas ? — • Je ne m'inquiète pas de lui.
— Tu vas prendre le rhume. — Je ne m’en inquiète pas, c’est-à-dire : çà m’est égal.
Ce qui accentue l’affinité des deux mots, c’est que nous prononçons intchiéter au lieu d'inquiéter. Chielt, VI médial tombant, et intchiéter ( inquiéter ) sont évidemment le même vocable.
Dans : EU’ ent adunet lo suon element, adunet pourrait se prendre dans le sens de notre expression adouner ou adonner (d’où adounance , adon, à Québec), signifiant, chance, occasion favorable, bon moment, et élément, ou alément, comme nous disons x, pour caractère, tempéramment, habitude :
Il a l’air bien fier, aujourd’hui ?
C’est son alément qui est comme çà.
Pourquoi le fait-il endêver ?
C’est un mauvais alément qu’il a.
1. — Devant les liquides l et r la voyelle a se substituait presque toujours à e, au moyen âge.