‹ Le parnasse breton contemporainChapitre 109 sur 198 · TANGUY · texte numérisé non relu

TANGUY

DANS les fleurs des landiers et les fleurs des bruyères, Que le vent maraudeur emporte sous les bois.

Par les champs de blé noir bordés de lourdes pierres, J'ai vu passer Tanguy, le joueur de hautbois...

Et voilà que j'entends au-dessus des murmures Qui montent des chemins, des prés et des buissons, Les binious sonnant, en marquant les mesures, La vieille ritournelle et les douces chansons...

Et voilà que je vois, tour à tour, dans les branches, La ronde qui s'en va d'un rythme saccadé.

Entraînant les garçons avec leurs vestes blanches, Et les filles tenant leur tablier brodé !

Mais Tanguy ne va pas sous la châtaigneraie S'étourdir dans le bal au son des binious ; Et, couché dans le thym qui parfume la haie, Faite de cornouilliers, de ronces et de houx.

Il regarde à pleins yeux la ronde bien-aimée, , ;►

La ronde qu'Annaïk aimait tant autrefois.

Quand, sous son bras nerveux il tenait enfermée Celle qui n'ira plus jamais danser au bois !

EUGÈNE LE MOUEL. 155

Car la fille est partie au delà des montagnes Où le soleil reluit sur les meules de foin, Et d'où Ton aperçoit, par-dessus les campagnes, Le ruban des chemins qui se déroule au loin.

Annalk est partie, un matin de dimanche, A l'heure où les ajoncs de la lande sont las, Et Tanguy se souvient qu'il vit sa coiffe blanche Frémir avec le vent qui ne reviendra pas !

Peut-être, maintenant, danse-t-elle la ro^de Derrière la forêt qui ferme l'horizon ?

Car le recteur, en chaire, enseigne que le monde Est plus grand que le ciel qu'on voit de sa maison !

Tanguy veut la revoir! — et, pour gagner sa vie, Il jouera les vieux airs que chante son hautbois ; Comme il suivra la sente en fleurs qu'elle a suivie. Si son cœur a gardé les chansons d'autrefois ;

Alors, en entendant les vieux refrains de danse, Elle se souviendra du village qui dort Sous les hauts châtaigniers et de sa douce enfance Dans la bruyère rose et dans les landiers d'or !

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