‹ Le parnasse breton contemporainChapitre 135 sur 198 · ABBÉ MAX NICOL · texte numérisé non relu

ABBÉ MAX NICOL

LA FEVE

ILS étaient là, campés près d'une vieille église, Surveillant Tennemi, sans être vus, gaiement ; Quand Tun d'eux, un vieux brave à la moustache grise, Gourmandant un conscrit qui songeait tristement : « Allons, dit-il, je hais ces gens à face blême, Qui rentrent dans leur coque, ainsi qu'un escargot. Laisse donc de côté ta mine de carême ; Et puis, tu chanteras, en jouant du flingot.

Vois-tu ma croix, petit? Ça fait lever la tête : Quand on la sent briller sur son cœur, on est fier.

— Je voudrais bien Tavoir aussi. — Mais ça s'achète : Il faut donner son sang. — Bah ! ce n'est pas trop cher. » Et le conscrit, levant sa figure enflammée, Regardait, sans pâlir, de ses yeux éblouis,

Le rude vétéran d'Afrique et de Crimée,

Redevenu soldat pour venger son pays.

« Bravo ! dit le troupier ; mais d'où vient ton air triste ?

— C'est que ... — C'est que parfois l'on tremble pour sa peau ? Qu'on a peur, n'est-ce pas ? de compter sur la hste

De ceux qui sont tombés sous les plis du drapeau ?

ABBÉ MAX NICOL. 2(Vl

— Non! Tamoiir du pays des enfants fait des hommes. Qui meurent, s'il le faut, et ne reculent pas.

Si je rêve aujourd'hui, c'est que de doux fantômes Viennent me rappeler les miens , qui sont là-bas. L'avez-vous oublié? demain, c'est grande fête. Dans la vieille maison perdue au fond des bois, Je vois, avec mon cœur, la famille inquiète.

Sans moi, se réunir près du gâteau des rois...

— Allons, dit le sergent, faut pas pleurer : c'est bête! » Et sa main essuyait furtivement ses yeux.

« A festoyer sans nous la famille s'apprête ;

Le regretter, c'est bien ; mais Timiter, c'est mieux. \\

A ces mots, la gaieté reparaît dans le groupe.

Un four est là, tout près, au penchant du coteau :

De ses habiles mains l'artiste de la troupe

Façonne avec amour un énorme gâteau.

Ce n'était qu'un amas de farine noirâtre ;

Mais, contents de leur œuvre et narguant le péril.

Les soldats le portaient sur les pierres de Tàtre,

Embroché crènement au canon d'un fusil.

« Attendez ! s'écria soudain l'enfant. — Attendre ?

Ce petit volontaire est comique aujourd'hui.

Quand on fera les parts du gâteau jaune et tendre...

— Mais il y manquera... — Quoi donc? — La fève. — Ah! oui

— Je voudrais bien pourtant la trouver dans la mienne. Sans elle, pas de roi; sans roi... — C'est désolant! >3 Il n'avait pas uni, qu'une balle prussienne,

A deux pas, sur le mur, s'aplatit en sifflant. « Merci, messieurs ! reprit le héros : c'est la fève. Enfournons maintenant le chef-d'œuvre, et demain Avec tous les soucis nous ferons une trêve, Pour fêter dignement le roi, le verre en main.

— Adopté ! »

Le jour vint, et la pièce royale Couronna le banquet en charmant tous les yeux.

Dans la part du conscrit on retrouva la balle ;

Il fut acclamé roi par ses amis joyeux.

Et, pendant que leur joie éclatait en fusée.

Ébranlant de ses cris leur salle de gala,

Le roi d'un jour, prenant la fève improvisée,

Murmurait tout rêveur : « Je leur rendrai cela. »

Il la rendit, deux jours après, avec usure.

Parmi les corps tombés sur le gazon sanglant,

Plus d'un reçut de lui sa dernière blessure ;

Et, quand le vil troupeau prit la fuite en tremblant,

Seul contre trois Prussiens acculés dans un bouge,

Il frappait sans relâche... il tomba sans effroi.

On lui mit pour emplâtre un bout de ruban rouge.;

Et le petit soldat fut heureux comme un roi.

ADOLiiii: ou\m

JA\viEu'esf TïT! dur ninîs, i\\\ piiys {\v Ili-j^tairilL^ . Lt's l>nMiil];Lnls sont o[);iis l't \v vtMif fait lurt'ur ^ La neii^^r. him souvent, rertnn rc \\x iMfjipJi;:;tM% Quarjd II: Inrr'i-iil iiini^it :iu [n*^! dr la iiiontii,L;at^ Qu'effleiu'e (Iri si>n nili' un liir-nn \nyiiri^ui\

QuîmjKn'h* 1rs saisons? L'hiver' iii^ruir a t^oji cljinrne, Avec ses wWws IVijn.is \m smi -i",'ujil tniuitofiu hlanc; La gnuttr rTmii si^ i'Ii!ini:i' tu dianiMni ou larmo: Le brac(iiuii<.'f, ^'lu lM>is, (iîssiruuli) son ar'un;; Tout au fond d'un t'nsst/, Ir ^eai dT^irrre un liland.

Un dimanche nmtin , s**hui ntnn liafiiludi*.

Je paiTUur^ns à pied nri chenHii h noueux.

Allaiii vers I*oli,Lrné. Lo temps etaif Irvis rutlc Et l(?s huïrds pa\saiis, i'^ la sonibre attitude. Avec leurs j;:ros ,^a!iuU clitîniinLiient deux par deux.

201 TF PARVASSK BRETON rONTEMPriPAI?!.

D'un cAté de la route une immense vallée Que découpe un ruisseau, brillant filet d'argent; Sur le bord des talus, comme une longue allée De gros châtaigniers gris. La mésange éveillée Pour saisir un insecte aux branches se suspend.

A gauche du chemin, se dresse un tertre aride, Où de sombres ajoncs montrent quelques fleurs d'or. Au bout d'un fil soyeux une humble chrysalide, Que soutient un rameau, s'agite dans le vide, Rêvant du beau soleil que verse Messidor.

Au milieu d'un landier on voit une chapelle.

Vieille de trois cents ans. Elle fut autrefois Le temple d'un grand fief que le vieillard appelle Fief de la Chalouzais, Au printemps l'hirondelle Colle un nid au clocher et perche sur la croix.

Sur la glace, à genoux, à deux pas d'un calvaire, Une femme gémit sa tête dans la main.

Un jeune enfant me dit : « De Georges c'est la mère. Sans pain et sans abri, plus rien que la misère, Elle n'avait qu'un fils, il est mort auTonkin!... »

JOS PAMKER

MQSErii rAiu.>rF:T^

LE conxnovD

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As-Ti hioti iN'iiani/^ l-i iVnïiP, nu nopiisriilf , Alors (jnc riuHiz<iu k\\\\\^ la l>iainir reeiile, Qiic \v rouclirmt r<muil v\ï\vv li*S' ivniirnux Vi-i'ls,

Quailil Ir Kl'llif y\\\ l;ilpnMl' S*''tril|[, \'\ {|Nr 1rs (*IViOl(*<

Rc|>aiulf'lit <Ibiis \ 'MV fluM\ l'iniruiMlrs ]>;iillrs Iralflit's?

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L**s lirti'S 1< ntoiurnf s^nMi'huif /» hi S()Nri'(\

PrHir y hiïirr un nioNHiil ^-l loprt'iiclrc Inii» roiU'Sf ;

Colfi^ vH'ilif hranlatili^ an sruil, lilant Ir lin,

Camnit; wn r'rlli'l vissitit tlii Juui' à smi diM^liii.

Tandis i\\.u\ «lans h^ i irl iii;tjrstmii\, [\\ liitir

Brilï"' |iirisi)ihMiii'iil siH^ l;i rliainnirir hiiiuïs,,

Aprps 11* f:raiïil rlir^nnn, nn prtii scun*-!' \vv\ :

Des taillis; nii mnr'til di^ nos [MMtniiicrs rtMi\ri'i:

Du rharivn\ di^s [inini''iN,„. puis li^nis mjin-lirs de [ïiiMi+\

Pour îiiiMihM^ il' hiNis, I [ Mdtïs IViiDCN \\n\\^ raii'c.

Le seuil de la maison n'était pas clos encor ;

Parmi ses longs cheveux épars en boucles d'or,

A terre, presque nue, une petite fille

Se roulait ; le fermier aiguisait sa faucille ;

Nous entrons. Aucun bruit ; tout était calme et noir.

A peine si nos yeux dans Tombre pouvaient voir

La fillette courant derrière son aînée.

Qui berçait un petit près de la cheminée,

Le bahut, le ht clos, et Tàtre sans tisons.

L'homme vint... Cependant qu'avec lui nous causons

La servante apporta le Corn-Boud.

— Ah! c'est elle Qui me fait conserver ce souvenir fidèle.

Et placer ce récit au miheu de mes chants.

Comme une fleur cueillie en passant par les champs. Ses bras levés semblaient ceux d'une canéphore Antique, qui s'apprête à porter une amphore ; Ses longs cheveux, serrés sous de minces bandeaux. Se plaquaient comme ceux d'une nymphe des eaux. Et la corne gonflait sa lèvre purpurine, Comme leur bouche unie à la conque marine ; Et, pareils à des cris de sauvages aurochs.

Les sons rauques roulaient, au loin, de rocs en rocs, Courant sur les coteaux et rasant les bruyères. Traversant les taillis, les landes, les rivières. Et réveillant, dans l'ombre et le calme des bois, Tous les échos dormants des âges d'autrefois.

MADAME AUGUSTE PENQUER

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