‹ Le parnasse breton contemporainChapitre 137 sur 198 · LE RIVAGE · texte numérisé non relu

LE RIVAGE

ANS un lointain floconneux, pAlissant, As-tu vu s'enfuir le rivage?

Ami, comme il va s'effaçant Aussi vaporeux qu'un nuage !

Holà ! hé ! matelots, de vos robustes bras Hissez là-haut la toile grise !

Hissez la toile au haut des mAt^!

Il souffle une joyeuse brise.

Bientôt sur Thorizon sans fin, Au-delà de la mer profonde, Nous irons voir quelque matin Le grand soleil du nouveau monde J

Bientôt l'orage grondera Avec sa magique harmonie ; Et la tempête entonnera L'hymne de terreur infinie.

Ou bien les flots majestueux , Bleus comme un ciel ou semés d'étinc^lli-s, Nous berceront, après des jours heureux, Pendant des nuits plus belles.

Cependant, au départ, n'avons-nous pas laissé, Ami, dans notre ardeur extrême, Un cœur qui n'était pas lassé De nous répéter qu'il nous aime ?

Ami, te souvient-il De ce foyer chaud de tendresse Où nous reçûmes la caresse De nos premiers soleil d'avril?...

Heures saintes trop tôt finies, Où donc retrouver maintenant.

Dans nos ressouvenirs d'enfant.

Vos parfums et vos harmonies?

Hélas ! les jours sont courts, fragile est le destin. Nos pensers s'envolent moroses :

Adieu, foyer béni, qui gardes dans ton sein Le trésor de si douces choses!

Dans un lointain floconneux, pâlissant.

As-tu vu s'enfuir le rivage?

Ami, comme il va s'effaçant, Aussi vaporeux qu'un nuage !

ËMÎLE PiaUKrOUT

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LK cuu iniis( lt\ s;iill;int dtj sa cluMiiisc ouverle. Le faïu'hoiir Init silder su funh, rL si; dre^saûl,

Où la sève des hU^s cuule uiir laeiiie v*'! f*\

Depuis ([Ht' lr*s grands <*oi|S ont sniin*'' li' [r\"'il^ Au mititMi iWs épis pleiies (11111 \\vm{ île eigates. Le geste lar,i:e. avec rirs cadiMices <Vales, 11 s'aviuice pieds nus et \\\ lût** au soleil.

Voici le soit\ Il est niaïutriiaid lïnrs d'IiiÉlciiie» Et s'essuyaiit le tViuit au re\ers i\v snii hras, Sur le sol crevasse ^ju** pi- pi i' ni 1rs Idi'^s ras, LeDl et morue, il ti*îiiî^sir'd eu regarda ni la plaine.

Eu lui sn tfitdic f'st faU^. Ln ernulariJ, Ifi lUifissuii A tracé sur la teiT*' nu Inniineux sillatre; Itieulnl il n^preïidra h* ele^uiin rlu \illai:T. Manpmiit sun pas inoiiiis luunj d/mie (dlèi^ro elïiiusoq

Mais aussi que d'efforts, que d'heures douloureuses! Pour ce peu de froment quels travaux sont les siens! Et le noir souvenir de tous ses maux anciens Voile Torgueil éclos en ses paupières creuses.

Il revit les matins éternellement longs ,

Que l'automne engourdit sous une brume froide, Tandis que ses chevaux tirent, la tète roide, L'essieu qui grince et bute au tournant des sillons.

Vient l'hiver. Oh ! les sourds fracas de la tourmente Qui font crisper les poings et font serrer les dents, Alors qu'à l'horizon grincent les bois stridents Et que par les vallons neigeux le grain fermente ;

Puis ce sont des défis, des luttes, des combats, Sous l'orage, à travers le mistral qui vous broie; Des combats oi, pareils à des oiseaux de proie, D'épais nuages noirs rôdent par les cieux bas.

Et ce sont les ardeurs blêmes des canicules Dont le souffle embrasé brûle l'azur flétri.

Et, dans un lourd silence assoupissant tout cri. Les labeurs sans repos des jours sans crépuscules.

Mais qu'importent les maux soufferts : sur les hauteurs, Ainsi qu'un lever d'astre apparaissent les meules ; Il croit ouïr déjà la chanson des aïeules Se mêler aux fléaux rythmiques des batteurs.

Et consolé, voyant que l'occident rougeoie, 11 se lève, et, joyeux, contemple au bord du champ. Les moissonneurs lointains qui, dans l'or du couchant, Semblent danser autour d'un va te feu de joie.

EMILE PEYREFORT. 217

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