FRÉDÉRIC FONTENELLE
— Non , ce n'est point le cliant cadencé de Mireille , Ce chant sonore et doux qui caresse Toreille , Patois charmant des bruns félibres chevelus , Né d'hier, et qui, demain, ne se parlera plus. Le Celte, sans détour, sans vame fioriture, Est rude, honnête, franc, brutal. Il est nature. Homère eût emprunté ses vocables railleurs Pour outrer les discours des Ajax batailleurs. Juvénal, pour fouetter les empereurs infâmes , Eût pu prendre leçon près de nos vieilles femmes , Qui , Fécume à la bouche et le sang dans les yeux , Font voler Thyperbole en verbes furieux.
Rabelais , ce Gaulois , amoureux de la Grèce , Aurait trouvé chez nous des mots de haulte gresse , Des devis pimentés, des farces de conteurs, Dont il eût enrichi ses livres enchanteurs.
Ah ! cette langue-là ne doit rien à personne ! Depuis quelques mille ans, son dur accent résonne. Durant cinq siècles , Rome avec elle a compté , Et s'est heurtée en vain à son rythme indompté. Les conquérants Romains , leur orgueil , leur victoire , Dorment dans le linceul qu'a recousu l'Histoire : Les Césars ne sont plus , et le latin est mort. . . Mais le breton se parle aux rives de FArmor.
Caprice singulier des fortunes humaines !
Oui, l'écho foudroyant de ces gloires romaines, La langue des Césars, des Brutus, des Catons, Est morte , et nous parlons le celte , nous , Bretons !
langue glorieuse! ô langue maternelle!
Tu semblés, dans les temps, devoir être éternelle:
Victrice des vainqueurs et des invasions,
Tu peux servir d'exemple aux vieilles nations.
Tu restes réfractaire au mélange des races :
Les avides Romains et les Northmans voraces ,
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Lrs hardis Espagnols, les Anglais ennemis,
i)\\\ souillé notre sol et ne Tont point soumis.
(> \irille langue! avec tes allures sauvages
Tu survis aux rochers qui. peuplent nos rivages;
Tu r*'isistes! mais eux, ces lâches de granit,
Sti 1 fassent entamer par le flot qui hennit;
IIk s émiettent, jetant au vent leurs grains de sable,
Priilant que toi, du moins, tu vis impérissable!