MADAME SOPHIE HUE
Joyeux, il murmurait, dans sa langue rustique,
Aux sons heurtés et rocailleux, Je ne sais quel refrain de sône ou de cantique
Qu'avant lui chantaient les aïeux.
Certes, il ignorait les châteaux en Espagne,
Hantés par de troublantes voix ; C'était un vieux Breton de la vieille Bretagne,
Costume et cerveau d'autrefois.
Son univers tournait autour de l'espérance-
Ou de la perte d'un écu ; Dans un contentement fait de son ignorance,
Il vivait sans avoir vécu.
Il ne se doute pas que l'ancien axe bouge, Pauvre vieux!... Mais je vis soudain,
A sa veste terreuse, un bout de ruban rouge Qui le vengea de mon dédain.
Il avait, ce bêcheur, bien des jours à la ronde,
Navigué partout sous le ciel, Sans avoir trouvé rien, dans l'examen du mondes
Qui fût plus beau que Plougastel ;
Que son clocher natal doré de lichen jaune
Et de rayons, sur le coteau :
Voix chère de l'église, où le bon saint Jean trône
En veillant sur les ex-voto ;
Que ses talus couverts de digitales roses.
Où le vent salin mêle aux fleurs Des parfums de varech, jaseurs et pleins de cliosey
Que le vent ne dit pas ailleurs ;
Que ses horizons gris, changeants comme la vague,
Recueillis et mystérieux, Dont^ sans qu'il sût pourquoi, la souvenance vague
Tout à coup lui mouillait les yeux ;
Que son champ, qu'il aimait avec idolâtrie, Son champ blanc de neige ou vermeil :
Blanc de n^^ige, au printemps, sous la "lise fleurie ; Uéié, s*empourprant au soleiK
Aussi, quoique resté marin en chaque fibre,
Kpave du vaste océan.
Vite, dès que TÉtat Teut enfin laissé libre,
Il s'était refait paysan.
im hii, ïîî ûrt ^TaigMit, cIoii')h*s galons aux manches,
Qii'it portait fii>rt'ment là-bas^ Sur les quais populeux et les flottantes planches,
Noa, il ne vous regrettait pas!
Malgré le poids de Tàge et les heures mauvaises,
Il était content de sa part :
Il vivait près des flots, en cultivant ses fraises,
Toujours prêt pour le grand départ.
Quel secret as-tu donc, vieille terre celtique.
Et quel philtre étrange, dis-moi.
Pour verser à tes fils, de race granitique,
Un si profond amour de toi,
Qui les tient à Tabri de Tambition vaine.
Agenouillés devant Tautcl, Et leur fait les bras forts, Tàme hautt et sereine
Du ^ ieux Breton de Plougastel !
MADAME SOPHIE HUE. IDl