LE PASSAGE D' HÉ RODE
SUR la route qui passe au nord de Nazareth , Vers dix-huit ans, Jésus, fils de Joseph, errait Fatigué d'un travail pénible.
Au couchant le soleil commençait à baisser.
Le Sauveur marchait seul et semblait converser Avec quelque esprit invisible.
On se trouvait alors dans le mois de Nisan ; Sur le chemin poudreux, le fils de Tartisan
Vit passer un royal cortège.
Des groupes de soldats superbement vêtus Répétaient : « Nous chantons la gloire et les vertus
D'IIérode que le ciel protège.
« nérode est redouté dans les pays lointains ;
Ses tremblants ennemis croient voir sur leurs destins
Planer une ombre funéraire.
Quand il marche on dirait un astre radieux, Et le grand empereur Tibère, égal aux dieux,
Le regarde comme son frère.
ABBÉ AUGUSTE LEFRANC. lîîîî
« Toujours victorieux, il daigne vivre en paix. Après avoir franchi le seuil de son palais,
Le plus puissant se sent esclave.
En vain de son bonheur les dieux sont envieux, La fortune est liée à son char glorieux
Par une indestructible entrave.
« Ce roi passe sa vie au milieu des puissants. Son trône est entouré de nuages d'encens,
Comme le soleil à l'aurore.
Il possède, en Thonneur de sa divinité, Un temple étincelant d'or et d'argent sculpté.
Où sa royale cour Fadore. »
Au cortège princier Jésus cédant le pas Quitta le grand chemin, car Ilérode Antipas
Venait sous Tombre des érables.
Et Thumble charpentier dit, en quittant ce lieu : « Roi, règne sur les grands : moi, je serai le Dieu
Des pauvres et des misérables. »