‹ Le Parnasse breton contemporain, publiéChapitre 151 sur 217 · PROMENADE D'HIVER · texte numérisé non relu

PROMENADE D'HIVER

JANVIER est un dur mois, au pays de Bretagne, Les brouillards sont épais et le vent fait fureur ; La neige, bien souvent, recouvre la campagne, Quand le torrent mugit au pied de la montagne Qu'effleure de son aile un héron voyageur.

Qu'importe les saisons? L'hiver même a son charme, Avec ses noirs frimas ou son grand manteau blanc; La goutte d'eau se change en diamant ou larme; Le braconnier, au bois, dissimule son arme; Tout au fond d'un fossé, le geai déterre un gland.

Un dimanche matin, selon mon habitude.

Je parcourais à pied un chemin tortueux, Allant vers Poligné. Le temps était très rude Et les lourds paysans, à la sombre attitude. Avec leurs gros sabots cheminaient deux par deux.

D'un côté de la route une immense vallée Que découpe un ruisseau, brillant fdet d'argent; Sur le bord des talus , comme une longue allée De gros châtaigniers gris. La mésange éveillée Pour saisir un insecte aux branches se suspend.

A gauche du chemin, se dresse un tertre aride, Où de sombres ajoncs montrent quelques fleurs d'or. Au bout d'un fil soyeux une humble chrysalide, Que soutient un rameau, s'agite dans le vide, Rêvant du beau soleil que verse Messidor.

Au milieu d'un landier on voit une chapelle, Vieille de trois cents ans. Elle fut autrefois Le temple d'un grand fief que le vieillard appelle Fief de la Chalouzais. Au printemps l'hirondelle Colle un nid au clocher et perche sur la croix.

Sur la glace, à genoux, à deux pas d'un calvaire, Une femme gémit sa tète dans la main.

Un jeune enfant me dit : « De Georges c'est la mère, Sans pain et sans abri , plus rien que la misère , Elle n'avait qu'un fils, il est mort au Tonkin!... »

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