‹ Le Parnasse breton contemporain, publiéChapitre 152 sur 217 · LE CORN-BOUD · texte numérisé non relu

LE CORN-BOUD

'(fragment)

AS-TU bien regardé la ferme, au crépuscule, Alors que l'horizon clans la brume recule, Que le couchant rougit entre les rameaux verts, Comme des yeux de feu dans le ciel entr'ouverts, Quand le bruit du labour s'éteint, et que les crèches Répandent dans l'air doux l'odeur des pailles fraîches? As-tu vu le retour des troupeaux mugissants? Le pâtre qui se pend aux chevaux bondissants ; Les bêtes lentement s'arrètant à la source, Pour y boire un moment et reprendre leur course ; Cette vieille branlante, au seuil, filant le lin, Comme un reflet vivant du jour à son déclin, Tandis que, dans le ciel majestueux, la lune Brille paisiblement sur la chaumière brune... Après le grand chemin, un petit sentier vert ; Des taillis ; un courtil de ses pommiers couvert ; Du chanvre, des pruniers, . . . puis trois marches de pierre, Pour monter le talus, et nous fûmes dans l'aire.

Le seuil de la maison n'était pas clos encor ;

Parmi ses longs cheveux épars en boucles d'or,

A terre, presque nue, une petite fille

Se roulait ; le fermier aiguisait sa faucille;

Nous entrons. Aucun bruit ; tout était calme et noir.

A peine si nos yeux dans l'ombre pouvaient voir

La fillette courant derrière son aînée,

Qui berçait un petit près de la cheminée,

Le bahut, le lit clos, et l'àtre sans tisons.

L'homme vint... Cependant qu'avec lui nous causons

La servante apporta le Corn-Boiid.

— Ah! c'est elle Qui me fait conserver ce souvenir fidèle, Et placer ce récit au milieu de mes chants. Comme une fleur cueillie en passant par les champs. Ses bras levés semblaient ceux d'une canépliore Antique, qui s'apprête à porter une amphore ; Ses longs cheveux, serrés sous de minces bandeaux, Se plaquaient comme ceux d'une nymphe des eaux, Et la corne gonflait sa lèvre purpurine, Comme leur bouche unie à la conque marine ; Et^ pareils à des cris de sauvages aurochs, Les sons rauques roulaient, au loin, de rocs en rocs, Courant sur les coteaux et rasant les bruyères, Traversant les taillis, les landes, les rivières. Et réveillant, dans l'ombre et le calme des bois. Tous les échos dormants des âges d'autrefois.

MADAME AUGUSTE PENQUER

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