AU PAYS DU REVE
A mon cher maître, J.-M. de Heredia.
JE rêve rinconnii ! J'ai soif de l'Impossible ! Et, vers un But très haut, mes désirs anxieux Voient, comme une flèche ardente, ayant pour cible La Fleur de la Montagne ou l'Etoile des Cieux.
Je voudrais les pouvoir saisir, tous ces Mensonges Qui dressent devant moi ton mirage alléchant, 0 Terre Sidérale, où vivent dans mes songes La Couleur et la Forme et le Rythme et le Chant.
Par tes vallons, et par tes bois, et par tes plaines, J'irais, Pays du Rêve, aspirer lentement Les arômes subtils dont les molles haleines Autour de moi feraient comme un enlacement.
Sur tes monts les plus hauts, au choc des avalanches. Je heurterais l'orgueil de mon front indompté ; Je chercherais, parmi tes neiges les plus blanches, Un voile radieux à ma Virginité.
Dans les fauves rayons du soleil qui la dore, Je plongerais ma chevelure aux flots soyeux ; Sur ma joue étendant les roseurs de l'aurore , Je mettrais tout Tazur de la nuit dans mes yeux.
J'écraserais des fleurs de pourpre sur mes lèvres ; Dans la mer je prendrais des perles pour mes dents, Et la Lune qui tient ma pensée en ses fièvres, Froide, frissonnerait sur mes membres ardents.
Et dans riieureiix oubli des Anciens Jours moroses, Eu proie à cette ivresse aux magiques accords, Sur un lit constellé d'edelweiss et de roses , J'étendrais la blancheur sereine de mon corps.
J'écouterais monter les pures Harmonies Où le Silence et l'Ombre ont uni leurs élans ; Et la Voix qui se plaît aux langueurs infinies Bercerait mon extase en des cantiques lents.
Et je regarderais la pâle Silhouette Longuement, longuement encor et longuement, Et j'entendrais monter les doux vers du Poète Que la Voix douce pleure avec enchantement,
Les heures, autrefois lentes, me seraient lîrèves. Et, sans regrets, sentant mon Etre se briser, Je mourrais du bonheur d'avoir vécu mes Rêves, En bégayant Son nom dans un vague baiser.
LES ROSES EFFEUILLEES
A mon ami Henri Dronioii.
ON ne ramasse pas les roses effeuillées ! Qu'importe si le pied stupide d'un manant Les foule, ou si le vent les chasse maintenant! Ayant touché le sol, les roses sont souillées.
Souvent, oh ! trop souvent, mes regards effrayés Ont vu tomber la fleur divine de mes rêves ; Mais si j'ai pu pleurer mes illusions brèves. Je ne ramasse pas mes rêves effeuillés!
YVES DE TREBRESSAN