JEUNE FAMILLE
A M. Louis Tiercelin.
ILS sont quatre : le point de mire De tous les yeux sur leur chemin ; Ils vont se tenant par la main, Et sans savoir qu'on les admire.
Boutons ensoleillés, fleuris A la fois dans la même coupe, Ils sont quatre : un ravissant groupe De petits Bretons de Paris.
Ils ont bu l'air pur de la grève.
Leur flottante auréole d'or Semble s'éparpiller encor Au vent marin qui la soulève.
Ils sont quatre : on en voudrait dix, Tant ils sont charmants. On devine Déjà l'étincelle divine Dans leurs yeux bleus de Paradis.
Leur regard est une caresse ; Leur sourire un rayon. Je crois Que jusqu'en les cœurs les plus froids Ils feraient germer la tendresse.
Quelle couronne, ami, vous font Ces chérubins aux blondes tètes, Aux lèvres roses toujours prêtes A vous mettre un baiser au front !
Ils sont quatre. La fraîche ombelle De nos aubépines des bois Pour le plus ^ieux n'a que sept fois Refleuri dans l'herbe nouvelle.
Sur le même éclat velouté, La même grâce printanière, Chacun d'eux fait à sa manière Des variantes de beauté.
Ils ont le charme irrésistible, Le rire joyeux et si pur Qu'il semble venir de l'azur; Ils sont l'innocence visible.
Que ne puis-je dire : Ils sont miens ! Et comment vous les chanterai-je .^ Ce sont des amours de Corrège Et ce sont des Anges Gardiens.
On n'aperçoit pas l'aile blanche.
Le jour repliée à leur dos.
Qui, tous les soirs, sur vos yeux clos Mystérieusement se penche,
Et, ne les rouvrant qu'à demi, Amène en strophes cadencées Les hautes et chastes pensées Au chevet du père endormi.
Je leur garde un souvenir tendre, Persistant ainsi qu'un parfum ; Si je pouvais en choisir un, Je ne saurais pas lequel prendre.
Ecrivez des vers triomphants, Désespérez les jaloux blêmes ; Le plus beau de tous vos poèmes Sera toujours vos quatre enfants.