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LES CLOCHES

(légende Df PAYS DE TRÉGUIER)

LA voix pieuse, la voix sainte Qui s'élevait joyeusement, La voix des cloches s'est éteinte Dans un funèbre tintement.

C'est le temps douloureux, la lug'ubre semaine Où s'émut la nature, où l'on vit autrefois L'Homme-Dieu, se livrant à la souffrance humaine, Pour l'homme expirer sur la croix.

Les cloches se sont envolées ; Les clochers partout sont déserts.

Jusqu'à Rome elles sont allées Par le grand chemin bleu des airs.

Leur foule obéissante à la Ville Eternelle Mystérieusement va se faire bénir, Lourdes cloches d'airain à qui Dieu donne l'aile Pour aller et pour revenir.

Elles vont. Rien ne les arrête, Ni l'ouragan torrentiel.

Ni la montagne à haute crête.

Elles vont, servantes du ciel.

Les anges, au départ, veillent à leur toilette ; Leur robe de baptême en dentelle et lampas Les couvre de nouveau, rajeunie et complète, Robe que les ans n'usent pas.

Les cloches se sont envolées ; Les clochers partout sont déserts.

Jusqu'à Rome elles sont allées Par le grand chemin bleu des airs.

Les enfants de Tréguier, en Bretagne, heureux âge ! Tout joyeux lorsque vient le moment solennel, Pour voir le défilé des cloches en voyage, Grimpent au tertre Saint-Michel.

Ne dites pas que c'est chimère, Que les cloches, on le sait bien.

Malgré des contes de grand'mère.

N'ont pas ce vol aérien !

Le cortège attendu jamais ne se dérobe Aux regards enfantins, naïvement pieux ; Et pour les voir passer avec leur belle robe. Il suffit de fermer les yeux.

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