‹ Le Parnasse breton contemporain, publiéChapitre 87 sur 217 · UNE LUTTE INEGALE · texte numérisé non relu

UNE LUTTE INEGALE

N merle sautillait sraîment sur le e-azon.

Un gros matou, tapi dans sa fauve toison, Le g-uettait en levant la patte ,

Et déjà se disait : Quel repas succulent !

Quel bonheur, si je puis me mettre sous la dent Cette chair fraîche et délicate !

L'oiseau , de son côté , surveillait l'ennemi ; Mais s'il en avait peur, ce n'était qu'à demi.

Sachant qu'un peu de vigilance Le mettrait à l'abri des griffes du glouton. Le matou cependant, allongeant le menton,

Le corps tendu, d'un bond s'élance.

Tout près , sur la pelouse, était un arbrisseau. Se poser au sommet fut un jeu pour l'oiseau;

Le chat n'admet pas sa défaite.

11 se cramponne au tronc , grimpe vers son butin , Et , les crocs aiguisés pour un royal festin ,

Va d'un seul bond toucher au faîte.

Mais , ô déception ! fatal retour du sort !

L'oiseau n'est plus dans l'arbre , il a pris son essor,

Et plane en chantant dans l'espace.

Le chat, d'un œil navré considérant son vol, N'a plus , pour s'étourdir, qu'à chercher sur le sol

Les débris de quelque carcasse.

Notre matou, trompé dans ses calculs pervers, C'est la Force aspirant à dompter l'univers ;

L'oiseau figure la Pensée.

Pour la vaincre , elle aussi , que d'efforts incessants, Mais toujours déjoués et toujours impuissants.

D'une tyrannie insensée !

Contre elle employez donc le knout ou les verroux! Tous ces moyens usés d'un stérile courroux

Lui donnent des forces nouvelles.

C'est alors qu'elle atteint aux sublimes hauteurs. Et montre mieux encore à ses persécuteurs

Qu'elle a, comme l'oiseau, des ailes.

PAUL RERLOR

(PAUL PHILOUZE)

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