‹ Le parnasse hippocratiqueChapitre 6 sur 149 · LE MAL D'AVENTURE · texte numérisé non relu

LE MAL D'AVENTURE

Alison se mourait d'un mal Au bout du doigt, mal d'aventure.

« Va trouver le frère Pascal, Lui dit sa sœur, et plus n'endure Ses remèdes sont excellents :

II te guérira, je t'assure.

11 en a pour les maux de dents, Pour l'écorchure et pour l'enflure :

Il fait l'ongueni pour la brûlure.

Va donc sans attendre plus tard, Le mal s'accroît quand on recule, Et donne-lui le bonjour de ma part, »

Elle va, frappe à la cellule Du révérend frère Frappart.

« Bonjour, mon frère. Dieu vous gard.

Dit-elle, ma sœur vous salue, Et moi qui suis ici venue, Lasse à la fin de trop souffrir :

Mais ma sœur vient de me promettre Que vous voudrez bien me guérir Un doigt qui me fera mourir...

Ah ! je ne sais plus où le mettre.

— Mettez, dit Pascal, votre doigt Les matins en certain endroit

Que vous savez. — Hélas ! que sais-je ?

Dites-le moi, frère Pascal,

Tôt, car mon doigt me fait grand mal.

— O l'innocente créature I Avez-vous la tète si dure ?

Certain endroit que connaissez, Puisqu'il faut que je vous le dise, C'est l'endroit par où vous pissez : Eh bien, m'entendez-vous, Alise?

— Mon frère, excusez ma bêtise, Répond Alix baissant les 3^eux ; Suffit, j'j ferai de mon mieux,

Grand merci de votre recette :

J'y cours, car le mal est pressé.

— Quand votre mal aura percé,

Venez me voir, Alisonnette,

Dit le frère, et n'y manquez pas. »

Soir et matin, à la renverse.

Elle met remède à son mal :

Enfin l'abcès mûrit et perce.

Alison saine va soudain

Rendre grâce à son médecin,

Et du remède spécifique

Lui vante l'étonnant succès.

Pascal, d'un ton mélancolique.

Lui repart : « Un pareil abcès

Depuis quatre jours me tourmente ;

Vous seriez ingrate et méchante.

Si vous me refusiez le bien

Que vous avez par mon moyen :

Alix, j'ai besoin de votre aide.

Puisque vous portez le remède

Qui, sans faute, peut me guérir.

Eh quoi ! me verrez-vous mourir,

Après que je vous ai guérie !

— Non, dit Alix, non sur ma vie.

Je ferais un trop grand péché :

Tel crime... Allons donc, je vous prie,

Guérissez-vous, frère Pascal ;

Approchez vite votre mal. »

A ces mots, don Pascal la jette

Sans marchander sur sa couchette.

L'étend bravement sur le dos, Il l'embrasse. — « ODieu! qu'il est gros! Dit Alix, quel doigt ! Eh ! de grâce, Arrêtez... Je le sens qui passe.

— Ma chère Alix, attends un peu, Je me meurs, souffre que j'achève.

— Ah ! reprit Alix tout en feu, Vous voilà guéri, l'abcès crève. »

Vergier.

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