‹ Le parrain; comdie en un acte et en proseChapitre 129 sur 228 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

NATHAN , ZÉNE YDE , qui baisse soji voile , NADIR et BALACHOU , conduits par ASSEM.

MORCEAU D'ENSEMBLE

ASSEM , et plusieurs esclaves , à Nadir.

En ces lieux , jeune étranger, Vous pouvez entrer sans crainte j Vous êtes dans cette enceinte A l'abri de tout danger.

NADIR , à Nathan.

Toi qui sans doute es le maître De cet asile enchanté. . . Dis -moi?. . comment reconnaître Ta noble iiospitalité.

ZENEYDE.

Quelle voix frappe mon oreille!

( Begardant à travers son voile );

Ciel ! . . dois-jo en croire mes yeux?

NADIR , parlant toujours à Nathan.

Oui , seigneur. . . vos soins généreux. . .

( Appercevvant Zéneyde ).

Eh 1 mais quelle est cette merveille?

( à Balachou ).

Vois donc ces contours gracieux.

BALACHOU , has à Nadir.

Allons, encor quelque lolie.

NADIR , regardant toujours Zéneyde.

Oh! ce doit être une beauté!

BALACHOU.

Quoi , déjà votre cœur oublie Les droits de l'iiospitalité.

NADIR

D'une ivresse inconnue Oui mou âme est émue.i Je sens , en la voyant , Que le bonheur m'attend Dans ce séjour charmant.

ZENEYDE.

D'une crainte inconnue , Oui mou âme est émue.

Je sens, en le voyant, Que c'est de cet instant Ensemble. ( . ^"^ '"°" bonheur dépend.

BALACHOU , regardant son maître.

D'une ivresse inconnue Oui son âme est émue.. .

Ah! quel cœur inconstant. . , Sou naturel galant L'entraîne à chaque instant ! . .

NATHAN , regardant Nadir.

D'une ivresse inconnue f Oliï son àaie est émue. . .

Comme il parait tremblant.

I Quel trouble, en la voyant, ^ Soyons, soyons prudent.

NATHAN

Pour vous reposer un moment, Souffrez qu'en cet appartement Cet esclave vous guide.

BALACHOU.

Quelque chose de plus solide Nous vaudrait mieux assurément.

NATHAN

J'entends. ( à Assem ),

Qu'on les serve à l'instant,

BALACHOU.

D'ailleurs on se repose à table.

A ce festin je suis capable Pour tous les deux de faire honneur.

Car j'ai la soif d'un voyageur Et j'ai l'appétit du malheur !

D'une ivresse inconnue Oui mon âme est émue.

Je le sens, en la voyant, Que le bonh'ur m'attend Dans ce séjour charmant.

zÉxNEYDE.

D'une crainte inconnue Oui mon âine est émue !

Je sens , en le voyant.

Que c'est de cet instant Que mon bonl.eur dépend.

BALACHOU.

D'une joie inconnue Ali! mon âme est émue!

Je sens , en y pensant , Que mon destin dépend De ce repas charmant.

NATHAN

D'une ivresse inconnue Oui son âme est émue. . .

Comme il parait tremblant.

Quel trouble, en la voyant, ^ Soyons, soyons prudent.

NATHAN , à Nadir.

Puis- je savoir maintenant qui tu es.

Ensemble.

^coûtons.

ZENEYDE.

J'étais soldat... j'ai quitté le service et j'allais chercher fortune ailleurs avec ce pauvre diable, autre fois mon esclave, et maintenant mon camarade , lorsque nous sommes tombés dans un détachement de Tartares... qui nous ont demandé notre bourse, et qui je crois ont été plus attrappés que nous..

BALACHOU.

Etaient-ils en colère?.. Il y en avait deux surtout... il semblait qu'on aurait dû se munir d'argent exprès pour eux... nous , ce n'est pas notre habitude.

NATII \]V.

Leur bande élail-elle nombreuse.

^ADIil.

J'en ai compté une douzaine, qui n'auraient pas tenu devant nous , si nous avions eu des armes.

BAI.ACHOU.

Mais nous n'en avions pas bcurcuscmeni pour eux...

NATHAN

C'est bien... il suffira d'une vingtaine de mes gens... pour protéger l'arrivée de ma caravane... adieu... je uj'absenie pour quelques beures , mais j'espère vous trouver encore à mon retour... Viens, ma fille...

ZENEYDE.

Oui , mou père... je vous suis... ( à part ). Oli! oui c'est bien lui ; ne pas savoir quelles sont ses idées... ses seniiniens. . ( Bcgardant le cabinet à dioite). Si loii pouvait sans être apperrue...

NATilAN.

Eb ! bien , ma fille , viens-tu?

ZENEYDE.

Je suis à vous...

NATHAN, à Nadir et à Balachou.

Que le propliL'ie veille sur vous et vous tienne en joie.

( Ils sortent).

SCÈiNE V.

INADIR, BALACHOU.

NADIR , regardant Zéncydc qui s'éloigne. Ab! mon ami... mon clier Balacbou , regarde donc celte taille... cette démarcbe élégante... malgré son voile , je parie que celte femme est cbarinanlc !..

i;Ai,A(.llOU.

Eh! bien, ne voilà-iil pas encore votre imagination qui va courir le gîdop! Il semble que vous alliez au-devant des ratasiropbes... Hier ce palanquin où vous avez jeiié un regard indiscret...

NADir..

C'était une Circassienne si jolie...

BALACHOU.

C'est vrai ! mais l'escorte qui l'entourait !.. Je ne sais pas comment nous avons pu échapper à leurs sabres incivils ; et l'autre semaine n'avons-nous pas escaladé les murs d'un harem, pour un œil bleu que vous aviez entrevu à travers une jalousie. . . je me souviens encore de la chasse que nous ont donnée ces vilains eunuques noirs.

NADIR

Oui , je suis le plus mallieureux des hommes... je ne connais rien au monde de plus aimable , de plus séduisant que les femmes... je ne vis , je ne respire que pour elles... et le ciel me fait naître dans un pays où il est impossible d'en appercevoir une... partout des voiles , des grilles , des verroux...

BALACHOU.

Et des eunuques noirs! oui, seigneur, c'est un pays qui ne nous vaut rien.

NADIR

Il ne serait supportable... qu'autant qu'on serait riche... très-riche... qu'on aurait un sérail , des femmes...

BALACHOU.

A la bonne heure, mais nous n'avons rien... votre père vous avait laissé une fort jolie fortune , et en deux mois elle a été mangée en Circassiennes et en Géorgiennes 3 c'étaient là vos seules dépenses.

NADIR

Comme elles étaient jolies... cette petite Fatmé... cette belle Zuléma... te souviens-tu.

BALACHOU.

Oui, seigneur Nadir... mais de grâce n'y pensons plus! N'ayant plus rien à perdre! vous vous mettez militaire et, marchant sur les traces de votre ancêtre , le fameux Lsinaél Ben Nadir... vous étiez déjà officier Jansles gardes du Sophy... lorsque les femmes viennent encore se jetter à la traverse ! Il faut qu'au siège de Casan , une belle inconnue, à qui vous sauvez la vie, vous fasse perdre la tête et votre phicc... vous

( >8) donnez voire de'aiission, vous abandonnez tout pour courir après» elle...

Ah 1 celle-là ! quelle différence !.. Songe donc que je l'aime, que je l'îiuore... qu'il ne me reste d'elle, que ce bracelet qui ne me quittera jamais 3 les extravagances dont lu me parlais tout à l'heure... c'est elle qui en est cause... c'est pour elle que j't i escaladé plus de vingt sérails. . je crois la voir parioui! . . Une jolie voix , une jolie taille , tout me la rappelle , et ici uiciue eu eiUraut, rien que l'aspect dacctle jeune hlle, a produit sur moi une éuiulion !.. 11 n'y a rien de perhde connue ces voiles.. . ça laisse carrière à l'imagination , et sur le champ on se représente... de sorte que pensant toujours à elle comme je le fus... je ne peux pas voir uiuî femme .sans en devenir amoureux... c'est désolant... dis, loi-mème , Bulachou , con^ nais-lu quelqu'un de plus malheureux?..

EALACHUU.

Oui... seigneur , c'est moi...

NADIR

Tu vas encore me parler de cette petite Nyu-dia.

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