‹ Le parrain; comdie en un acte et en proseChapitre 195 sur 228 · JULIETTE , LADY MELFORT · texte numérisé non relu

JULIETTE , LADY MELFORT

( Juliette remonte le théâtre ^ regarde de tous côtés si penotme ne peut l'entendre, et dit à voix basse à ladjr Melfort).

Ma mère !

Que dit-elle?

LADY MELFORT

JULIETTE

Rassure-toi , jp ne suis poini folle.

LADY MELFORT , la regardant d'un air de doute. O ! ciel , dois-je la croire ?

JULIETTE

Air : De Te ni ers.

Lp ciel enfin te rend à ma tendresse !

LADY MELFORT , la regardant.

Ne m'abusez-vous pas, grands dieux?

JULIETTE

Entre mes bras vois comme je te presse , Et vois les pleurs ijui coulent de mes yeux. Vois mon bonheur... vois mon ivresse extrême, lit s'il te reste encor quelque soupçon ,

( Lui prenant la main et la mettant sur swn cœur ). Mels là ta uiain ! comme autrefois il t'aime , Tu le vois bien .' j'ai toute ma raison,

LADY MELFORT

Oui , oui , je n'en doute plus , ma fille, ma Juliette... mais dis-moi donc par quel motif?..

JULIETTE

Imagine -loi que railord Sherbury, ce tuteur h qui l'on m'avait confiée , et qui , disait-on , devait te remplacer. .. c'est un métliîint parent , un vilain homme. .. (^ voix basse). Tu ne sais pas?.. C'est lui qui a fait exiler mon père, qui veut s'emparer de nos biens, et qui en outre a de mauvais des-

seîns contre le Roi... Je n'ai pas bien compris tout cela , mais je l'ai lu dans un rouleau de papier que je te montrerai... quand je pourrai... je l'ai cache dans le jardin, sous une pierre , et personne ne connaît ma cachette. C'est à cause de cela que railord est entré dans une si grande colère , et qu'il m'a grondée... ah ! encore , si ce n'était que cela !..

LADY MELFORT

Comment , il serait possible ?

JULIETTE

Oui, raaraan... mais c'est égal, on m'aurait tuée, qu'on n'aurait pas su ma cachette. Seulement je me suis avisée , ( et en cela , je crois que j'ai fait une inconséquence) , je me suis avisée de leur dire pour me venger, que quand je verrais le E.oi, je lui raconterais tout... Depuis ce moment là, on ne m'a plus menée à la cour , on m'a enfermée dans une chambre bien noire , au château de Birton , et un jour que j'écoutais , car je ne faisais que cela , tout le temps , j'ai entendu dire à un de mes gardiens qu'on me faisait passer pour folle ; alors cela m'en a donné l'idée, parce que je me suis dit: « par » ce moyen , on ne se défiera plus de moi , on ne m'empèy> chera plus déparier au Roi «.. et si je lui parle , maman , je lui raconterai tout ce qu'on m'a fait... il s'attendrira , il me caressera comme autrefois... car nous étions très -bien ensemble... je saisirai ce moment pour lui demander ta grâce, celle de mon père , et je suis sûre qu'il me l'accordera.

L\DY MEIIORT,

Je le crois comme toi ! qui pourrait te résister ! Mais si , d'ici-là , ton père venait à être arrêté?

JULIETTE

Mon père est avec toi .

L\DY MELFORT

Quand nous avons appris dans notre exil , que depuis trois mois, tu avais quille Londres... que tu éiais malade dans le château de Binon... nous n'avons pu y résister, nous avons tout bravé pour rentrer en Angleterre, pour te revoir... sous ce déguisement , J2 cherchais à m'approcher du lieu de ta retraite, tandis que ton père m'attendait à un quart de lieue d'ici , à Nonvick , dans une chaumière où il est caché ; mais

que dira-t-il , eu ne me voyant pas revenir?.. Si dans son in- (juictude, il allait s'exposer Itii-uième!

JULIETTE

Comment doue faire?

LAD Y 3IELF0RT.

Retournera Tinstant vers lui.

JULIETTE

L'iuteudaut de niilord l'a reconnue, il ne te laissera pas sortir.

LAD Y MELFORT

Ou ce qui sor.iit pis encore, il pourrait me suivre et découvrir la retraite do mou mari.

JULIETTE

Eii ! Lieu , écris lui !

LADY MELFORT

El comuieul lui Taire parvenir?

JULIETTE

J'en trouverai le moyen... tu le vois bien, déjà on ne se de'fie plus de moi , on me laisse en liberté... il faudra bien que je rencontre quelqu'un , le pi'emier venu... et rien qu'à sa figure, vois-tu , maman, il me semble que je ne me tromperai pas., et quand même je lui avouei'ais la vérité , pourquoi veux-tu qu'il nous trahisse ?.. Pourquoi n'aurait-il pas compassion de moi ? Quand je lui dirai ; « Monsieur , vous voyez j) une pauvre enfant , dont le père est proscrit... voulez-vous » qu'elle soit orplieline?..» Non, iiou , il ne le voudra pas !.. Surtout, s'il a une petite fille!.. Ecris, maman , écris vite , iiolre lelire lui parviendra.

LAD Y MELFORT

Allons , puisse la confiance nous porter bonheur.

( Elle écrit ).

JULIETIE.

Dis-lui bien (ju'il ne se montre pas , qu'il se tienue toujours caché, que tu es en sûreté, qu'aujourd'hui même, oui , aujourd'hui , j'ai idée qu'on va me l'amener près du Roi , et que je pourrai lui parler.

LAD Y MELFORT , itfjiès avoiv l'crit.

Ces deux mois sulïlront.

C'est bien., ù Norwick , dans une chaumière?

LADY MELFORT

La dernière du village.

JULIETTE

Rentre vite, et devant les étrangers n'aye pas Tair de l'occuper de moi... et tâche surtout de ne pas me regarder... tiens comme tu fais là...

LADY MELFORT , la regardant.

Oui j si je peux.

JULIETTE

Air : Ses yeux disaient tout le conlrai.'e.

On vient de ce côté , je croi , Qu'en ces lieux ta prmlence biiil.-', Mais, je t'en prie, efForce-toi D'oublier que je suis ta fille,

LADY MELFORT

Dans mes regards , dans mes discours Affecter cette indifférence. . .

Je tàcher-ji...

( L'embrassant à plusieurs reprises).

Voilà toujours De quoi prendre un peu patience.

( Elle sort par la droite ).

SCÈKE IX.

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