L.E BAROIT
C'est charmant, mais je dois reconnaître tant de bontés par une confiance absolue. [A Pauline.) Ma chère Demoiselle, voilà deux mois et demi que votre père m'a accueilli, qu'il m'a même permis d'aspirer à votre main , et lui seul dans Je cliâteau sait qui je suis; maij c'est bien le moins que le jour de ses noces, on connaisse le nom de son mari! je ne suis pas M. Legrand; je suis le baron de Villiers, Capitaine de haut-bord et le plus vieil ami de votre père.
PAULINE, étonnée.
Le baron... de Villiers !...
LE BAROK.
Vous n'en êtes guères plus avancée , n'est-ce pas ? et le capitaine de Villiers vous est tout aussi inconnu que M. Legrand / ça n'est pas étonnant...
Air : A soixante ans.
Sur l'océan voguant dès mon enfance, Depuis trente ans je ne l'ai point quitta, ]Ve désirant emploi, ni récompense ;
Je n'ai jamais sollicité :
Loin d'imiter certain confrère Qui conservant ses jours pour son paj's ,
Fait ses campagnes à Paris :
Dans les bureaux on ne me connaît guère On me connaît chez tous nos ennemis.
PAVLINK, timidement»
De Villiers !... mais si je ne me trompe... monsieur... il me semble que j'ai connu , c'esl-à-dire que j'ai vu ù Paris , chez ma taille il y a quelques mois , quelqu'un qui portait ce nom.
LE BIRON
Ah ! c'est possible? un jeune bouiine?...
PAULINE
Oui, Monsieur.
LE iAnoîi , à liostan^es.
Un mauvais sujet... mon neveu...
M. DE KOSTANGES.
Ton neveu?
LE BARON
Oui , un coquin qui depuis deux ans est à peine sorti de son lycée et que j'avais déjà poussé dans la marine lorsqu'il s'est avisé... mais ce n'est pas de lui qu'il est question ; revenons à mon hisluiie ; vous saurez que nia vivacité , ma Iranchise , ma brusquerie si vous voulez ont toujours relardé mon avancecement. Je ne sais pas flatter mes supérieurs moi , et quand ils font une sollise , il faut absolument que je me donne le plaisir de le leur dire. Dernièremeiil dans noire expédition sur les côtes barbaresques , nous étions cernés de tous côtés et il n'y avait qu'un moyen de nous sauver ; c'était d'attaquer sur le champ l'ennemi malgré l'inégalité des forces et de le contraindre à nous livrer passage : le vice amiral était d'uli avis contraire; son plan n'avait pas le sens commun : je le lui dis, il se fâcha el voulut me mettre aux arrêts sur mon bord, je l'envoyai promener sur le sien , el j'allaquai malgré ses ordres. Bref je regagnai les côtes de France sans avoir perdu un seul bâtiment !
M. DE ROSTAWOES.
Oui, et après avoir soutenu un combat qui l'a couvert de gloire, après avoir sauvé la flotte et coulé bas trois corsaires.
LE BAROPf.
Aussi vous sentez bien que mon vice amiral ne me pardonne pas de lui avoir ]>rouvé <|u'il n'était (]u'uii sol : il écrit à Paris; mon affaire fait un train du tiiable ; j'apprends que le Ministre est furieux contre moi, qu'il crie à l'indiscipline , à
l'insubordination; qu'il n'esl question de rien moins que de m'envoyer finir mes jours dans une citadelle : moi qui ai he^ soin du grand air pour ma santé, je ne juge pas à propos de me laisser mettre en quarantaine j je quitte aussitôt l'uniforme, je prends le nom modeste de Legraiid , et je traverse la moitié de la France pour venir demander un asile à mon cher d» Roslanges. (Lui serrant la main.)
Air du Pot de Fleurs.
Là, de Tamour éprouvant la puis*aoce ,
De vos attraits je suis charmé...
Je me marie. . Eh! que pourrait , je pense , Faire de mieux un guerrier réformé!
A mon pays, grâce au nœud qui me lie, Je veux donner des défenseurs nouveaux j Pour employer mes instansde repos
A servir encor ma patrie.
M. DE r.OSTAr^GES.
Mais es-lu bien stîr qu'on ait réellement donné l'ordre de l'arrêter.