LLON
A un ami, à un ancien camarade ; dieux ! que je sais content de pouvoir être bon à quelque chose...
ADOLPHE, riant.
Tune peux pas trouver une plus belle occasion , car Dieu merci , je ne sais plus où donner de la tête !... poursuivi de tous côtés , séparé de celle que j'aime.
LÉON
Comment , vous êtes aussi amoureux ?...
ADOLPni.
Chut, mon cher Léon... de la discrétion ; oui , je voulais me marier malgré les ordres de mon oncle, digne el excellent marin qui ne veut penser à m'établir que lorsque je serai Contre- Amiral ; ma foi je n'ai pas voulu attendre le brevet qui pouvait rester long-temps en route , et j'étais parti de Paris pour venir demander le consentement des parens de celle que j'aime ; juge de mon malheur : je m'arrête à trois lieues d'ici pour
faire raccommoder ma voiture ', je soupe avec un brigadier de gendarmerie fort honnéle, elcoriirne je cause assez facilement^ il sait bien vite mon nom et mon état l... Devilliers ^ dit-il... — Oui , Monsieur, — Olbcier de marine ? — Sans doute. — C'est bien cela... je vous arrête I...
LÉON
Comment !
ADOLPHE
Oh! mon Dieu, en deux minutes une chaise de poste se trouve prête... on m'y fait monter, et j'arrive au château de Sainl-Viacent... où j'ai passé deux mois et demi sans pouvoir obtenir la moindre explication de mes gardiens, ni une seule visite du commandant du département à qui j'ai écrit plus de vingt lettres et qui m'a toujours répondu fort sèchement !
LÉON
Et vous ne soupçonnez pas le motif de celle singulière arrestation ?
ADOLPHE
Ah ! si fait, il n'y a que mon oncle capable d'une pareille attention, il aura été instruit de mon amour, de mes projets de mariage ; et pour s'y opiioser il aura obtenu un ordre. Mais ma foi , je n'y tenais j>lus... deux mois et demi séparé de celle que j'aime ,sans savoir ce qu'elle était devenu.
Air : Vaudeville de Voltaire chez Ninon. Pour mieux dérouter mou gartlierij Employant un a>lroil raanége, 3'ai lait le malade...
Fort bien , Comme nous faisions au collège.
Puis me glissant , a])rcs cela , Le long du mur...
LÉON
De la tourelle.
A'>! grands Dieux! que n'élais-je li Pour vous faire la courte échelle.
Et vous vous êtes sauvé ?
ADOLPHE
Oui, mais fort emharrasé tie ma personne; craignant à chaque pas de renconlrer mon honnête brigadier; j'alljis m'éloigner , lors qu'hier .Noir , le hasard me conduit à une danse de village... j'entends iionnner Mademoiselle de Roslanges , je m'approche, je fais jaser la petite Jenuy, et j'apprends que Pauline est dans ce château.
LÉON
Quoi! ce serait... ma cousine?
ADOLPHE
Elle même... Je n'ai pu résister au désir de la voir, de la rassurer sur mon sort , et connne en rodant dans le parc , j'ai entendu les domestiques parier d'un contrat de mariage , d'un notaire qu'on attomlail; cela m'a suffi et je me présente ù lout hasard. Ah ! ça , qui est-ce qui se marie donc ici ?
LÉON
Ah ! mon Dieu , mais c'est votre prétendue.
ADOLPHE
Pauline !
LÉo>. Je ne m'étonne plus si elle était si triste.
Air; Ces postillons sont iVune maladresse.
Elle n'uura pu s'en défendre.
Craignant sans doute et le btuii et l'éclat ; Mais TOUS allez tout voir et tout entendre,
Car vous signerez au contrat.
Que de maris ont dit-on en ménage Des arcidens aussi fàcLeux au moins.
Et qui n'ont pas eomnie vous ravaniage D'en cire les témoins.
Mais j'entends du hruit.
ADOLPHE
Et quel est le futur?
LÉON
Un i\I. Legrand, un ami de juou oncle que je; ne connais pas.
ADOLPHE
Eh bien , il ne risque rien.
LKON.
On vient... vite à voire rôle... avez-vons seulement des papiers.
ADOi.FUE,J^ouillant dans sa poche.
Oui j oui , des ordres du Minisire de la marine ; les réponses du commandant de la ciladelle ; voilà mon dossier, mes minutes.
LtON.
Chut! voici mon oncle et Pauline.