‹ Le parrain; comdie en un acte et en proseChapitre 85 sur 228 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

CÉLIGOUR , JULIENNE.

CÉHCOUR.

Ail ! c'est toi que je cherche , Julienne...

Gomment , monsieur, vous v'ià... Ah ! mon dieu 1 sauvezvous vite , c'est ici que monsieur de Plinville et sa nièce vont venir déjeuner, et...

cÉlicour.

Ne crains rien , je sais que tout le monde dort encore au château.

JULIENNE

Mais , je vous avais fait prévenir il y a quelques jours par mon oncle qui allait à Paris.

CÉlicour.

Oui... oui . j'ai vu ton oncle... je lai ramené avec moi , rt maintenant, il est tout-à-fait dans mes intérêts... Nous avons pris des arrangemens ; et dis moi : il est donc vrai que la charmante Aylaé va être sacrifiée... julienne.

Sacrifiée!.., Non monsieur, elle va être mariée.

CÉlicour.

G'est la même chose , du moment que ce n'est pas moi qu'elle épouse.

JULIENNE

Dame ! aussi , pourquoi ne pas la demander en mariage?

CÉLICOUR.

Il fallait au moins se faire connaître ! et comment?... Je rencontre Ai^laé dans un spectacle, où je ne vois qu'elle.

et où flic ne daigne sculrmont pas me remarquer! est-ce ma faute? J'a|)f)rciids ffii'orplieline et maîtresse de sa fortune, elle doit, jusqu'à l'époque de son mariage , rester dans une pension , où j'essaie en vain de me présenter... Une pension absurde... pas de distribution de prix , pas de concerts... pas même de ces petits hais de société... où c'est si commode !

Ah! Monsieur... le jour de la fête de ]a maîtresse.

CLUcoun.

Oui , c'était joli... est-ce que c'est ainsi que cela se pratique ?..

AiH : Un homme pour faire un tableau.

En exclure les jeunes jjens , Ou du moins, de peur de scandale, Admettre à peine les parens Dans la lijine collatérale !

Il f'allîiit pour oser danser, Qu'on eût une sœur, une fille ; Et même on ne pouvait walser, Qu'avec ses papiers de famille.

Aussi , impossible de se voir; et sans toi j Julienne , qui as bien voulu quelquefois te charger de mes lettres... des lettres sans réponse... il est Arai... mais enfin , j'espérais, lorsque j'apprends qu'Aglaé a quitté sa pension , qu'elle est venue depuis huit jours daiîs ce château, chez un de ses oncles qui va la marier... Je te le demande , devais-je mattendre à cela après six mois d'amour et de constance.

JULIENNE

Six mois de constance... vovez donc le bel effort... pardine , Monsieiir, \'là-t-il pas de quoi vous vanter.

cÉlicour.

Non , ma chère enfant ; mais il faut en tout de la proportion : et on doit avoir égard à la compîexion des individus... ce qui ne serait rien pour un céladon, peut être beaucoup pour un jeune homme à la mode ; et certainenement six mois d'épreuve, ce n'est pas trop; mais c'est

bien.... c'est raisonnable Si ta maîtresse me connaissait,

je suis sûr qu'elle m'en saurait gré... mais dis-moi, mes lettres ont elles produit quelfju'imprcssion ? penses- tu qu'elle soit disposée à m'airaer ?

JULIENNE

Ça... ]e croirais assez qu'elle a clos dispositions. ..car depuis liuit jours que nous sommes ici, et que la poste a manqué , vu qu'vous n'av<'K pas écriii.. elle est dès l'matin qui ya , vient, tourne à l'entour de moi, comme si elle attendait quelque chose.

CÉLICOUR.

Et le prétendu ?...

JULIENNE

Un M. Pichard... un jeune homme de mérite à ce qu on dit; mais qu'elle ne connaît pas plus que vous. C'est un mariage d'intérêt; des arrangemens de famille... elle obéit , parceqiie nous autres demoiselles nous obéissons toujoups ;.. jnais je suis bien sûre que s'il se présentait qvielque moyen de se dégager...

CÉLICOfS .

Eh bien ! je suis venu pour cela... et cette occasion je la ferai naître.

JULIENNE

Vous , Monsieur , et par quel moyen ?..

cÉlicour.

0]i ! c'est un moyen de Comédie... sais-tu ce que c'est que la Comédie ?...

Pardi., à c'te pension où j'étais, on ne faisait que ea...et moi ([ui vous parle, j ai joué un rôle muet dans le Pacha de iSuresne.

Air : T^'audeville oui et non.

Ma fin' c'ét.ijt fort de inon goût, Er ])uis c'ost iiiil' je l'pirie ; Pui.sque dans le monde et partout On d't qu'on \vi\C la comédie.

Piiisqu' les t'eiiinies , on peut l'assurer, l>a!is ce £;eiiri; soni des modèles , Un piireif l:do;U tloit entrer Dans l'éducation t!es d'moiselles.

Mais quand j'y pense, un moyen de comédie inventé par vous , ce doit ei^re joli ment malin.

CEiicour..

Au contraire, c'est tout en qu'il y a de plus usé... je ne crois pas même qu'il existe lioi Je plus commun.

JULIENNE

Tiens ! pouiquoi donc que vous ne prenez pas du neuf.

CÉMCOUR.

D'abord , parce qu'il n'est pas aisé d'en trouA er , et ensuite ])arce que ce moyen-là a toujours réussi... j'étais encore hier aux Français ; on donnait, je crois , deux pièces où les amans n'ont pas employé d'autres moyens que le mien , ça n'a pas manqué... et à la fin de la soirée, ils étaient tous mariés.

JULIENNE , wicme^f.

Air du petit Courrier, ^'oyons tloncc'te recetre-lii, J'vtux m'en servir, liit's !a moi vite; Comni' iians ces spectacl's on profite!... Pour moi , dans ceux qu'j'.'i vus déjà , A peine on a t'ait connaissance Qu'on s'inarie, et c'qui m'a séduit.

C'est la manier' dont <^a commence , Et surtout cell' dont ^aiinit.

Aussi, j'vous écoutons.

CÉLICOTE.

Pourquoi Aglaé , pourquoi M. de PlinTÏlIe ne m'aimentils pas encore?., c'est qu'ils ne m'ont jamais vu... eli bien ! je vais, comme cela se pratique , arriver à la place du prétendu; et du premier coup-d'œil , j'acbève la conquête de la nièce , et je comnience celle de l'oncle. Quelle que soit son opinion, c'est la mienne... je ne vais qu'à cbeval , ou en tilbury ; je me pron>ène à pied , dans ses jardins , la canne à la main, et le chapeau de teûtre gris en promontoire... je ne joue que r écarté ou l'impériale... je fais son ptijuel , et même sa partie de loto... que résulte-t-il d'un pareil dévouement ? que je gagne sa confiance , son amitié , qu'il ne peut plus se passer de moi , et quand dco^ ou trois jours après , le prétendu aTrivera... vois-tu l'oncle surpris... hésitant... tremblant que je ne sois pas le véritable Pichard... enfin après quelques scènes d. lïéraclius . ou des Ménech mes , c'est à sa nièce qu'il ose s'en rapporter...

« Devines , si tu peux , et choisi* , si tu l'oses. »

Elle devine , choisit.. Dénouement oblicé , mariage de rlgueur : la pièce finit ^ et mon bonheur commence.

JULIENNE

Ma fine ! Monsieur ; ra me paraît bien beau ; mais comment pourrez-vous soutenir ce rôle , avec vot' tête , et vot' étourderie... joueV au loto... parler raison...

célicour.

Va , sois tranquille , le prix qui m'attend , a trop de char-.] mes, pour que je ne fasse pas l'impossible pour 1 obtenir. Je cours me présenter ; annonce M. Pichard.

JULIENNE

Dans ce costume-là.

CÉLICOUR.

Où veux-tu que j'aille emprunter dans lepays... cela donnerait des soupçons.

JULIENNE

Attendez... il y a une valise qui contient les effets du prétendu, et qu'on a sans doute envovée en avant, mon oncle vous mènera dans le petit pavillon du jardin , où ou l'a déposée ; et , par ainsi , vous pourrez représenter M. Pichard au naturel.

CÉLICOUR.

A merveille. Je cours à ma toilette.

Air: Traitant Fumour sans pitié.

Adieu , surtout du secret.

( revenant. ) Ali! ■.. remets avec adresse Ce billet a ta maîtresse, Il l'instruit de mon projet.

JULILNlNE.

Quoi, Monsiein 1... qu'voulez-vous faiiel ,

CELICOUU.

f Allons, ne sois pas sévère,

Songe que c'est la dernière...

Sans blesser le décorum , Crois-moi, tu peux la remettre , C'est conclu ; voilà la lett; e ,

( L'embrassant. ) Et voilà lepust-scriptiJTii.

{Il sort en courant.)

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