CHAPITRE X
Les Fins dernières
L'eschatologie du parsisme ressemble étonnamment à celle de toutes les religions qui ont spiritualisé la vie de l'au-delà sans pourtant réussir à se débarrasser tout à fait du résidu grossièrement animiste déposé en elles par la tradition ou l'atavisme d'un passé barbare: aussi nette et cohérente que peut Tètre un rêve mystique, lorsqu'on l'envisage d'ensemble et qu'on Taccepte avec la soumission de la foi' ; pleine de confusion et de contradictions, dès qu'on pèse sur les détails et qu'on essaie de les concilier entre eux et avec le fond métaphysique de la doctrine.
Et d abord, il n*est point illégitime de se demander k quoi sert la résurrection dans une religion qui d'ores et déjà admet l'immortalité de l'âme? On ne ressuscite que ce qui est mort. Il semble que la présence simultanée de ces deux dogmes dans un ensemble
1. Un jour, enfant, je demandai k ma mère pourquoi, le Paradis étant au ciel, nous ne le voyions pas en levant les yeux. « Ce serait si beau! » Elle me répondit sagement: « Dieu ne veut pas que nous le voyions, afin que nous ayons le mérite d'y avoir cru sans le voir. » Au vrai, ce mérite trouve déjà sur terre même une partie de sa récompense.
li)8 LE PARSi^TME
quelconque de croyances trahisse une soudure artificielle entre deux concepts venus de deux bouts de l'horizon : d'une part, celui de Thomme mort, enfoui dans les ténèbres de rinconscience et se réveillant pour vivre une vie nouvelle; de l'autre, celui de la permanence de l'âme, qui ne commence même à vivre sa vie vraie qu une fois détachée du corps; ces deux concepts, dis je, se rencontrant par Vettet du hasard, se superposant Tun à Tautre et se fondant sans souci de s'accorder. Or, l'idée de la survivance de l'être humain, sous une forme moins spiritualisée sans doute que celle d'âme, mais enfin de sa survivance immédiatement après la mort terrestre, était originale, on l'a vu, chez les Indo-Éraniens. D'où a pu venir aux Eraniens seuls celle de la résurrection finale, dont il n'y a point trace dans les Védas, ni en général dans toute l'eschatologie de l'Inde? Est-ce une croyance juive qui, à la suite de la captivité de Habylone, se serait infiltrée parmi les Perses? Il resterait à se demander comment elle y aurait fait si rapidement fortune, ou comment l'Avesta la consacrerait en termes au moins virtuels, à moins qu'il ne fCit effectivement de date aussi récente que l'enseignait Darmesteter aux derniers temps de sa trop courte carrière V
Il est vrai que la contradiction se trouve palliée et la difficulté chronologique atténuée par une double considération. Les Ames sont immortelles, mais c'est