‹ Le ParsismeChapitre 162 sur 203 · LES (( TROIS JOURS · texte numérisé non relu

LES (( TROIS JOURS

incertaine, triste et omineuse, redoutée de l'entourage comme une messagère de mort... Il a conservé la donnée; mais, de ce tableau lugubre et pittoresque, pur reflet de Tanimisme des anciens âges, il a fait un thème banal d'édification : Tâme du juste, assise à son chevet, ressent déjà toutes les joies de la béatification éternelle; l'âme du méchant, déjà tous les tourments de la damnation.

Il est à peine besoin de faire observer que tout cela n'est que placage : le jugement n'est point rendu encore, et il n'appartient qu'à Dieu ; on conçoit que l'âme soit inquiète et troublée; à moins qu'elle ne soit l'âme d'un saint, — et encore! — on ne la conçoit pas à ce point assurée de son salut qu'elle goûte par anticipation le bonheur céleste. D'ailleurs, justes et méchants sont, de par le monde, une minorité : bien plus nombreux sont les tièdes, les demi-pécheurs; et de ceux-là, à qui Dieu réserve son purgatoire, quelles seront les sensations ? On ne nous le dit pas, et l'on serait quelque peu empêché de nous le dire.

Mais, à ne prendre ce passage que pour ce qu'il est, pour une amplification poétique de la mort du juste et de celle de l'impie, il ne manque ni de couleur ni d'élévation et compte parmi ceux de l'Avesta qui le mieux méritent la citation.

L'âme du juste a donc passé les trois nuits auprès de sa tête, chantant la Gâtha Ushtavaiti* et « aspi-

1. Plus exactement, le 1" chapitre de cette Gâtha (Ys. 43) : cf. infra, p. 205, n. 1.

204 LE I»ARSISME

rant autant de joie que tout ce qu'en peut contenir tout le monde des vivants' ».

... A la fin do la troiHiênio nuit, à l'aube, Tâme du juste se (;roit portée parmi le» plantes et les parfums, et il lui Hfiiibie ({ue de la région du midi souffle un vent parfumé, le plus délicieux de tous les vents. Et il semble à Tàme du juste comme s'il aspirait ce vent de ses narines : aD'où souffle ce vent, le plus délicieusement parfumé des vents cjne j'aie jamais aspirés de mes narines?» Et dans cette brise il croit voir s'avancer sa propre lieligion', sous la forme d'une belle jeune fille, brillante, aux bras blancs, forte, haute et droite de taille, aux seins relevés, au beau cor))S, noble et d'un sang illustre, dans le port de la quinzième année, et belle à l'égal des plus belles créatures qui soient. Ml l'âme du juste lui demande : a Qui es-tu, ô vierge, la plus belle vierge que j'aie jamais vue? » Et elle, (jui est sa Ueligion à lui-même, lui répond : « Jeune homme aux bonnes pensées, aux bonnes paroles, aux bonnes actions^, à la bonne religion, je suis ta propre lieligion. Chacun t'aimait pour la grandeur, la bonté, la beauté, le parfum et la force triomphante que je trouve en toi; et toi, jeune homme, tu m'aimais, pour la grandeur, labontt'ï, la beauté, le parfum et la force triomphante que tu trouves en moi. Quand tu voyais un homme qui faisait dérision, se livrait à l'idolâtrie, refusait la charité et mettait son blé sous clef, tu t'asseyais en chantant les Gâthâs, en sacrifiant aux Bonnes Kaux, au Feu d'Ahura Mazda, et en réjouissant le juste, qu'il vint de près ou de loin. Aimée, tu m'as faite plus aimée; belle, tu m*as faite plus belle; désirable, tu m'as faite plus désirable. J'étais assise au premier rang : tu m'as fait asseoir plus avant encoi-e,

Page 1