Cf. supra p
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dans un bain de lait tiède. C'en est fait d'Ahrîman et de tonte son armée : soit qu on lui tranche la tête,' soit (|iron le suppose simplement gisant à jamais sans conscience, an plus profond des abîmes, il n'importe, il est pour toujours réduit à l'impuissance. Alors Fespace occupé par l'Enfer devient disponible pour îi^^randir la terre, qui s'étend en liauteur jusqu'à la sphcre des étoiles et s*y confond avec le Paradis; et, à vrai dire, tout n'est plus au monde que Garônmân, lieu d'infinie béatitude, oîi les hommes vivent désormais affranchis des maladies, de la vieillesse et de la mort', dans la paix que rien ne trouble et la lumière (jne rien n'assombrit*.
1 . narniostoter. /. A., 11, p. 640, n. 138. — Un détail étrange : les honnncs qui do leur vivant ont mangé de la viande, ressus- ('it(;nt âgés de 40 ans ; ceux qui n'en ont pas mangé, à l'âge de ({uinze. D'oi'i vient cette distinction dans une religion qui, non seuh^nent ne prohibe pas Tusage de la viande, mais encore condamne l'abstinence (cf. supra p. 120)? Elle doit, elle aussi, s(; réclamer de quelque notion très primitive de folklore.
2. Bien des fables encore viennent se mêler à cette vision idéale. L'immortalité promise aux justes est bien un don d'Aliura, mais un effet simplement médiat de sa toute puissance, car il y faut des adjuvants. Non loin de l'Iran-Vôj, au bord do la mer Vourukasha, habite un saint sacrificateur, nommé G/^patshâh, sorte de Minotaure bienfaisant, homme do la tête h la ceinture, taureau par le reste du corps : il est préposé à la garde d'un vrai taureau, le a toujours pur », Iladhayaosh, double évident du Taureau premier qui veilla sur la création ; cet être et le Gaokerena (cf. supra p. 20 et 51) idéalisent, en quelque sorte, les deux règnes, animal et végétal, qui pourvoient à la vie mortelle de l'homme et doivent, par voie do conséquence logique, lui procurer au dernier jour la vie immortelle. C'est pourquoi Tambroisie que boiront
Arrêtons-nous sur cette conclusion messianique, qui est celle de toutes les apocalypses. De la naissance du monde à sa définitive et bienheureuse renaissance, nous avons suivi le cortège des fictions, des souvenirs, des observances et des pieux espoirs de la religion mazdéenne. Le tableau est complet : il ne reste plus qu'à l'encadrer dans son décor accessoire.
une fois pour toutes les élus sera composée du mélange du Hôm blanc avec la graisse du bœuf Hadhayaosh. Cf. Darmestetep, Z. A., II, p. 436, n. 23.
(îHAPITRE XI
La Légende Héroïque
La science, au point de vue de ses classifications, e^ parfaitement en droit de tracer une ligne de démarcation théorique entre la mythologie et la religion; mais, envisagées dans leur état historique, les deux trames forment ensemble un tissu si croisé et si serré, qu'il semble la plupart du temps impossible de les séparer l'une de l'autre. Cela est vrai des Védas, et le «erait sans doute aussi de l'Avesta, si l'Avesta actuel était autre chose qu'un livre de prière» : la prière s'adresse k Dieu, à ses anfçes. et n'a que faire de la légende; si ceux qui composent Tune connaissent l'autre, — et ils ne peuvent pas ne la point connaître, — précisément ils la connaissent trop bien, eux et ceux qu'ils instruisent, pour croire utile de la conter parle menu; ils procèdent par brèves échappées et allusions li demi transparentes, dont peut donner une idée la poésie des Psaumes; que nous apprendraitelle de l'histoire d'Israël et du monde, si les livres liistoriques ne nous étaient parvenus? Fort heureusement, la discrétion de 1 Avesta ne nous laisse point sans ressource : nous avons, pour compléter ses
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énormes lacunes, les développements que la tradition postérieure a donnés à ses vieilles légendes, et, pour garantir l'authenticité de ces récits indo-éraniens, comme aussi pour en pénétrer les origines, le contrôle permanent que nous offre leur confrontation avec les mythes de la religion védique. C*est à cette double lueur que nous essaierons de fixer la physionomie de quelques-uns de leurs héros ^
§ l«r. — YiMA Khshaêta.
L'Inde antique connaît plusieurs dieux qui portent en outre le titre de roi : parmi eux, Yama, qui le doit à son empire souverain sur le pays des morts. Que ce Piuton védique soit une des mille figures du soleil, — plus spécialement du soleil couché, ou plutôt égaré aux lointaines régions du sud, durant les sombres jours du solstice d*hiver, — c'est ce qu'il semble difficile de mettre en doute, à ne considérer même que le nom de son père, Vivasvant, a le Resplendissant ». On l'affirmerait avec plus de certitude, s'il était possible de démêler clairement le sens intime de son nom, à lui ;^ama signifie « jumeau », et en effet il a une sœur jumelle, Yamî, à laquelle il s'unit et d'où
1. De quelques-uns, dis-je ; car l'Avesta en connaît ^s légions, et, lorsqu'il se met h les énumérer, il ne tarit point ; cf. Yt. 13. 95-138 (Farvardin Yasht). Mais il ne sait rien d'eux que leurs noms, et il en est sur lesquels la tradition elle-mém^ n'est pas plus éclairée. Qu'on se représente ce que seraient nos Litanies des Saints, s'il n'existait pas d'Acta SanctoFum à peu près contemporains ?
sort Ihumanité^ mais cette explication simpliste n'est-elle pas décevante? Yama fut-il ainsi nommé parce que dès Torigine il était « le Jumeau ))? ou bien son nom, venu d'ailleurs, a-t-ilété ainsi interprété par un jeu de mots et, pour se légitimer, fait créer de toutes pièces le personnage de Yamî? Autant de questions insolubles, qu'heureusement^ à notre point de vue, nous sommes dispensés même de poser. Car, n'envisageant ces figures mythiques qu'au stade où nous les livre la légende indo-éranienne, nous n'avons qu'à constater la concordance presque absolue^ — garantie de leur identité préhistorique, — que maintient entre eux la tradition parallèle des deux religions : Yima, fils de Vîvanhant, est dans TAvesta un héros quasi divin ; il a épousé sa sœur Yimak ; il est l'ancêtre, sinon de la toute première humanité, au moins — ce qui au fond revient au même — de celle qui occupe actuellement la terre; il est, sinon « le premier des mortels qui moururent», comme s'exprime le Véda, du moins « le premier des mortels, avant Zoroastre, avec qui s'entretint familièrement Ahura Mazda et à qui il enseigna la vraie religion ' ». De son nom complet il est aussi « le Roi », Yima Khshaêta, dont la langue postérieure a fait Jamshîd. Il n'a eu que deux prédécesseurs dans l'empire du monde : il a régné mille ans, durant lesquels la terre
1. Comparer les accouplements de jumeaux qui donnent naissance h la race humaine : supra p. 89 et 117.
8. Cf. le fargard 2 du Vdd., tout entier, qui est comme une seconde cosmogonie superposée à la première.
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n'a connu ni la maladie ni la mort ; et, comme par trois fois elle était devenue trop étroite pour contenir la multitude des hommes et des bestiaux qui pullulaient sous son règne béni, par trois fois, à sa prière, elle s'est élargie, elle, la bonne Spenta Ârmaiti, d'un tiers, de deux tiers, des trois tiers, pour satisfaire aux besoins de ses créatures ^ Ce fut Tàge d'or de l'univers, et le Hvarenô — la Gloire Royale — cohabitait alors sur terre avec le juste Yima.
Mais rage d'or ne saurait durer toujours, car les hommes sont sujets à Terreur, et Yima était un homme: avant rendu le monde immortel, il se crut dieu et voulut être adoré ; alors, puisqu'il avait pris plaisir aux paroles de mensonge, sa gloire s'enfuit loin de lui à tire d*aile, sous la forme d'un oiseau Vâraghna', et il demeura réduit à ses seules forces contre les assauts de l'ennemi. Il fut renversé du trône et scié en deux par le Serpent à trois tètes, la druje Azhi Dahâka, et ainsi commença pour le monde une période de noire désolation.
Pourtant Yima règne encore, et toujours, comme le Yama du Véda, sur un empire mystérieux et souterrain ; mais cet empire n'est plus celui des morts. Du
1. L'Inde ignore cette légende, mais on conserve l'écho atTaibli et cent fois répercuté ; car c'est à satiété que se répète, dans ses hymnes, la prière, adressée à un dieu, de « mettre au large » ses fldèles (caricas har ou (luelquc é(iuivalent). Cf. dans la liturgie catholique : in trUndalione dilatat^tl inihi (Ps. 4. 1); Doininus ediurit me in latiiadlnern, dans l'Introït du dimanche de l'Octave du Saint-Sacrement.