LES ARSACIDES
le mazdéisme sur les trois quarts de siècle que dura en terre persane le règne des wSéleucides, successeurs d'Alexandre, il ne pourrait répondre que le mot de Sieyès : « J*ai vécu. »
Vers 250 avant notre ère, la Parthie, sous la conduite d'un chef nommé Arsbaka (Arsakès), se révolta contre eux, tandis que son immédiate voisine orientale, la Bactriane, proclamait, elle aussi, son indépendance, mais sous une dynastie grecque. Le démembrement de Tancien empire était désormais un fait accompli; mais, sur ses ruines, s'en élevait un nouveau, qui allait conserver et défendre victorieusement, contre l'omnipotence romaine dès alors menaçante, le dépôt sacré des traditions nationales.
La Parthie était une satrapie officielle au temps déjà de Darius l^^' : ainsi se nommait, du nom de ses habitants, les Parthavas ' ou « gens de la lisière », la contrée qui occupe le coin montagneux du S.-E. de la mer Caspienne, soit le N.-E. de l'Iran actuel, d'Astérabad à Méched. Malgré Topiniàtre vaillance de ces rudes guerriers, les débuts du nouveau royaume demeurèrent longtemps indécis : les Séleucides ne se laissèrent pas arracher sans combat une aussi riche proie ; plus d'un siècle, sous Tiridate P^, Artaban, Phraate, dura la guerre de l'indépendance ; mais le long règne deMithradâta P^ ou Mithridate le Grand (174-136), couronna l'œuvre et affermit avec la nationalité parthe la dynastie libératrice des Arsacides.
1. Plus tard Pahlavas, d'où le nom de leur langue, pahlavl (pehlvi).
Le mazdéisme triomphe avec eux et la Bactriane : les moiiiunents et surtout les monnaies de ce temps consacrent sa renaissance ; nous l'y voyons figurer en effigie, principalement sous les traits de Mithra et de Veretiiraghna, et les noms des souverains nationaux témoignent de leur dévotion aux dieux nationaux, dévotion pourtant, semble-t-il, plus nominale que fervente. On se tromperait fort, évidemment, en croyant qu'ils négligèrent la religion ancestrale: restaurateurs de la nationalité, ils ne pouvaient que favoriser le culte qui y était intimement lié ; mais il s'en faut de beaucoup qu'ils apparaissent comme des souverains aussi piétistes que les Achéménides, dont ils reprenaient la tradition, et les Sâssanides, qui leur succédèrent. Le
vent de scepticisme qui alors ébranlait toutes les idoles avait-il soufflé sur eux ? A titre de souverains guerriers se tenaient-ils en garde contre les empiétements d'un sacerdoce ambitieux ? La multiplicité des religions qui se pressaient h leurs confins leur commandait-elle la prudence ? Toujours est il que, dans toute leur histoire qui s'étend jusqu'à l'an 226 de notre ère, remplie surtout de leurs démêlés souvent heureux avec les Romains, la tradition orthodoxe ne trouve guère à enregistrer aucun fait notable relatif au mazdéisme ' , qui
1. Klle II gardé lassez étrange souvenir dune persécution, qu'elle met au compte d'un certain Uashnlrish et qui aurait coûté la vie k quatre grands apôtres-martyrs (vers l'an 70 de notre ère) ; il est tout à fait impossible de contrôler ces données, <ïn grande partie légendaires : Darmesteter, /. A.. II, p. 540, n. ii:\b. — Moins incertains sont les récits qui prêtent h un Vologèse, — probableniejit Vologèse I", vers ce même temps,
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subsiste, religion officielle du royaume, sans déclin et sans progrès.
Et pourtant c'est à ce moment même, où le vieux tronc semble frappé de langueur, qu'une branche latérale s'en échappe, neuve et vivace à couvrir de ses rejetons le monde romain.
§ 3. — Le Mithriacisme
Mithra fut un grand dieu des Indo-Eraniens, puis un grand ange du zoroastrisme ; mais il semble que, de très bonne heure, l'aristocratie guerrière des Perses l'ait tiré hors de pair et honoré, au sein même du zoroastrisme orthodoxe, d'un culte particulier : sa splendeur radieuse, son ardeur au combat, la massue qu'il brandit contre les monstres, autant d'attributs et d'emblèmes qui devaient plaire à ces princes violents et fastueux ; nous avons vu un Achéménide invoquer Mithra seul de tous les dieux avec Ahura et Anàhita', et le premier des grands Arsacides se parer de son nom. Ces témoignages de piété ne restèrent point confinés dans les limites de la Perse propre : à la suite de l'expansion belliqueuse dont le triomphe de la dynastie
— un essai très sérieux de restauration cultuelle ; son frère Tiridate, roi d'Arménie, était un mage scrupuleux, qui, appelé à Rome pour recevoir sa couronne des mains de Néron, y vint par terre, au prix de quelles difficultés ! de peur de souiller les eaux en y naviguant ; Tac. Ann. XV, 24 ; Plin. Hist. Nat. XXX, 6.
1. Auramasdd Andhata utà Mithra mâm pâtuc « me pro^ tegat » : inscription d'Artaxerxès Mnémon,
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arsacidc donna le signal, nombre de familles nobiliaires se taillèrent de vastes domaines en Arménie, en Asie Mineure, et y transportiTont leurs patrons divins; c'est ainsi que Babylonc et la Grèce apprirent le nom de Mitlira, (|u'elles ne purent manquer de confondre, l'une avec son Shamash, l'autre avec son Hélios, et qu'au Il« siècle avant notre ère les dynastes hellénisés du Pont se transmettent de père en fils le nom de Mithridate.
En voyageant de la sorte, le culte de Mithra dut nécessairement s'imprégner de mille apports étrangers, et il n'est pas besoin de faire observer combien, à elle seule, est peu mazdéenne l'adoration d'une déité secondaire siil)stituée à l'unique Ahura; mais, s'il est difficile de préciser, parmi les détails de son culte, ce que ce Mithra d'importation avait amené de sa patrie et ce qu'il s'est agrégé d'ailleurs, il reste acquis au moins que, dans ses grandes lignes^ le mithriacisme n'est guère autre chose qu'un parsisme hellénisé, — hellénisé quant k la forme pour s'adapter au tour d'esprit des (irecs, et quant à la langue par la substitution du grec au perse dans les formules liturgiques ^
Il reste mazdéen par tout son fond permanent, par son piétisine mystique, par son horreur du péché et de toute souillure, par ses rites purificatoires dont Tétrangeté formelle se rattache au même principe intrinsèque que les lustrations du Vendîdâd. Il le reste même ex-
1. Cf. Vr. Cumont, Te^/te» et Monuments Jigurés relatif» au Culte de Mithra (Hruxelles, Lamertin, 1899), I, p. 223 sqq. : ouvrage de premier ordre k tous égards
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térieurement par mille observances : la garde du feu perpétuel, qu on assimile à Mithra; Tusage du haoma, du baresman et d*autres accessoires ; Tadoration de plusieurs entités zoroastriennes secondaires, que le syncrétisme affuble de noms grecs et latins^; bien mieux, Aliura y subsiste déguisé en Jupiter*. Car, si Mithra est le dieu principal de ce culte, il n'est pas le dieu suprême de cette religion : on le révère comme force agissante, tandis que Zeus immanent trône dans sa majesté inaccessible aux profondeurs du ciel ; tout indique que, dans la pensée de ses fidèles, le Dieu- Soleil n*est qu'un intercesseur, et c'était là sans doute l'une des vérités fondamentales que révolaient les initiés aux adeptes dans les chuchotements de leurs mys-
Ce nom même de « mystères », que les auteurs contemporains appliquent à la religion mithriaque, dit M. Fr. Cumont', « ne doit point faire illusion. Ce n'est pas à l'imitation des cultes helléniques que ses adeptes constituèrent leurs sociétés secrètes, dont la doctrine ésotérique n'était révélée qu'à la suite d'initiations graduées. En Perse même, les mages formaient une caste fermée, qui parait avoir été divisée
1. Shahpêvarest Arèsou Mars ; Atar, Hôphestosou Vulcaiu ; Haoma, Bacchus, et ainsi de suite.
8. Et son épouse, Junon, c'est Spenta-Armaiti : donnée non avestique, mais conforme à la doctrine mythico-philosophique <le rhymen du Ciel et de la Terre, d'où naissent tous les êtres. Ces quelques exemples suffiront iK)ur faire saisir l'esprit des compromissions d'où est sorti le mithriacisme.