ZOROASTRE
divinisée. — Ces données premières, Zoroastre, en réformateur prudent et habile, se garda bien ie les heurter de front; au contraire, il les incorpora, toutes et bien d'autres de moindre valeur môme, dîins son canon et dans sa liturgie ; mais il les épura, les s|)iritualisa, fit passer les mythes au rôle de symboles bientôt plus ou moins effacés, les déités indépendantes au rang de simples auxiliaires du plus ancien des Ahuras traditionnels, et, irradiant celui-ci d'un éclat qui éclipsa tous les autres, institua cette religion qui semble combinée des menues manipulations d'un superstitieux ritualiste et des hautes spéculations d'un penseur affranchi.
§ l<îJf. — Zoroastre.
A la différence de celle de beaucoup de fondateurs de religions, Texistence de ce réformateur paraît à |)eu près aussi historiquement attestée que celle de Mahomet, bien qu'on soit fort empêché de la remplir aussi bien, ou même de la dater. Spitama Zarathushtra
— tel est son nom de famille et son surnom personnel'
— dut naître vers Tan 660 avant J.-C, dans la région de Rhages, — grec 'Payai, — que la tradition appelle ttaji la Zoroastrienne*, soit donc la Médie, ou l'Âderbaidjân actuel, au N.-O. de la Perse. Il reçut sans
1. L'un équivaut à notre « Leblanc ». De l'autre, on ne sait rien de clair, sinon que la dernière partie du mot [Ui^htia) signifie « chameau ». Le nom moderne est Zartusht et Zerduslit.
?. Ys. 19. 18 (Baghân Yaslit, 1, 18).
doute réducation et Tinstruction en usage dans les familles nobles et sacerdotales ; à vingt ans, il se retira du monde pour se livrer à la méditation des choses saintes; à trente, commence sa vie publique. Longtemps sa prédication demeure vaine : il ne réussit à convertir que son cousin et premier apôtre, Maidhyôi- Màonlia. Au bout de dix ans, mû par une inspiration divine, il se rend à la cour du roi Vishtâspa (grec llystaspe, moderne Gushtâsp), où l'attendent encore bien des traverses; mais il triomphe des intrigues nouées autour de lui par les chapelains envieux, et la conversion du roi détermine celle des grands-offlciers, des courtisans, de tout le peuple. Plus tard, sa propagande s'étend jusque dans l'est, dans, la Bactriane, autre terre sainte du mazdéisme, ce qui môme, à un moment, a fait croire que le prophète en était issu^ Enfin, après d'éclatants succès, il meurt en 583, à l'âge de 77 ans, tué dans une campagne victorieuse contre les Touraniens.
Voilà tout ce que l'on peut induire de ferme, sur la vie et la prédication de Zoroastre, de la tradition pchlvie ou persane, qui, naturellement, les enjolive de inillc légendes tendancieuses et édifiantes. Certaines sources lui assignent une antiquité extravagante, jusqu'à ()0 siècles avant notre ère. C'est un miracle qui décide de sa vocation : l'archange Vohu Manô* le
1. Il y a moins do 30 ans encore, la Lingue aveslique était rli(iuoté<5 « vicîux-bactrlen » par les linguistes européens; (■(îile t(;rininoI()gio est aujourd'hui abandonnée.
l Cf. infra p. 43.