CHAPITRE III
La Théologie
Le prézoroastrîsme, on Ta vu, ainsi que son frère le védisme, était polythéiste; le brahmanisme et le mazdéisme, leurs descendants respectifs, sont monothéistes ; et, par un accord remarquable, ils le sont devenus tous deux sans pour cela renier un seul de leurs milliers de dieux préhistoriques. Mais là s'arrête la coïncidence, car c'est par deux voies toutes différentes qu'ils se sont haussés à la conception d'un Dieu unique : le premier, en faisant rentrer tous ses dieux les uns dans les autres par voie d'identifications partielles et successives\ si bien qu'ils ne lui apparaissent plus que comme les manifestations ou les incarnations d'un Être unique et multiforme; le second, tout simplement, en établissant une hiérarchie divine très compliquée et minutieusement ordonnée, qui faisait descendre tous les dieux, moins un, au rang de créatures, parfaites sans doute, mais subalternes, en sorte que nos mots (( ange » et « archange » sont les mieux adéquats pour traduire les termes honorifiques par
1* Cf. Henry, Littératures do l'Inde, p. 40 sqq.
AHURA MAZDA 41
lesquels il les désigne. Le résultat ultime de ce travail de classement, c est la théologie de TAvesta.
§ 1®'. — ÂHURA Mazda.
On a essayé plus haut' de définir les origines mythiques du Dieu suprême; mais, dans TAvesta, il s'est entièrement dégagé du mythe et spiritualisé. Son nom complet est Ahura Mazda, soit a le Seigneur Grand-Sage », en pehlvi Aûhrmazd, en persan Ormazd ou Ormuzd. Il porte en outre dix-neuf autres noms sacrés et vingt-deux surnoms accessoires, à rénumération desquels est consacrée une partie de son Yasht*. Peut-être suffit-il d'en résumer le catalogue, en disant qu'ils répondent aux attributs du Dieu de nos propres théodicées, à cela près qu'il est bien le Puissant, mais non pas, pour le moment du moins, le Tout-Puissant; car son pouvoir est contrarié et limité par l'action du Mauvais Esprit, dont il triomphera à la fin de la période actuelle, pour régner ensuite éternellement et sans entraves .
Immédiatement après ou avec lui, il faut nommer, — non pas qu'elle soit son égale, ni qu'elle occupe le second rang dans la hiérarchie, mais parce qu'elle est éternelle comme lui et semble incréée, — une majestueuse entité, — Zùrvân ou Zrvan Akarana « le Temps
1. Supra p. 8 sq. — Le second nom correspond au sanscrit védique mêdhaa « intelligence des choses divines ». L'hésitation dans la voyelle persane tient au timbre sourd de Va bref dans les langues asiatiques.