VIII PREFACE
près seules, sont éraniennes; les radicaux des noms, des verbes, et jusqu'aux pronoms personnels, — éléments qu'en thèse générale jamais une langue n'emprunte à une autre! — sont nettement sémitiques. Le fait serait absolument déconcertant, s'il n'avait reçu une explication aussi plausible que d'ailleurs ingénieuse : ce n'était là qu'un mode ou, si on le préfère, une mode d'écriture introduite par les scribes araméens ; le mot sémitique était un véritable idéogramme, au dessous et la place duquel on lisait le terme éranien, seul usité dans le langage \ Ainsi il n'y a, dans l'histoire linguistique de l'éranisme, solution de continuité qu'en apparence ; le perse, en réalité, n'a jamais cessé de
1. « Ammien, racontant la guerre de Constance et de Saper II (XIX, 2) nous apprend que les soldats perses appelaient leur empereur saansaan, ce qui signifie, dit-il, « roi des rois »; or, à cette époque, le titre officiel et écrit des rois de Perse, qui s'étale sur la première ligne des inscriptions de ce môme Sapor, est malkân malkâ ; malkâ est le sémitique pour « roi»; malkân est formé de malkâ, augmenté du signe persan du pluriel an, et la construction est calquée sur le protocole antique des rois de Perse, khshâyathiyânâm khshâyathiya; car la construction, si elle était sémitique, demanderait Tordre
inverse avec le pluriel comme second terme Il n'y aurait
rien d'impossible a priori à ce que le titre de maWd eût été adopté par les Persans et fût devenu national ; et pourtant l'on voit, par l'exemple d'Ammien, que même dans cette mesure modeste la thèse du sémitisme réel est contraire aux faits. Pour le peuple, pour le soldat, par suite pour la langue vivante, le roi des rois était, non pas malkdn malkâj mais shâhdn