‹ Le ParsismeChapitre 96 sur 203 · Ys. 47. 2 (G. Sp. M · texte numérisé non relu

Ys. 47. 2 (G. Sp. M

maintenant familière au lecteur — de reproduire les premiers mots, d'où ils tirent leurs noms^

Fravarânê. — « Je me déclare adorateur de Mazda, disciple de Zarathushtra, ennemi des Daôvas, sectateur de la Loi d'AhuTîk, offrant sacrifice », etc.

Frastuyê. — « Je loue et appelle les bonnes pensées, les bonnes paroles, les bonnes actions', dans ma pensée, dans ma parole, dans mon action », etc.

AsTUYÊ. — u Je loue la bonne pensée, je loue la bonne parole, je loue la bonne action; je loue la bonne Religion de Mazda, qui bannit les querelles, fait déposer les -armes », etc.

Retenons ces deux mots de la première formule : « ennemi des Daêvas ». En principe, quoi de plus

naturel ? il faut haïr le mal. Oui, mais la conséquence est toute proche : les méchants sont des Dèvs sur terre ; il faut les haïr, eux aussi ; bien plus, il faut leur faire du mal, comme il est méritoire de tuer les mauvaises bêtes\ Qui afflige le méchant, réjouit Ahura. Voilà l'article périlleux; car enfin, qui est le méchant? Le bon sens vulgaire répondra volontiers : « Celui qui

me gène.» Combien plus sage l'Evangile, qui nous dit: c( Ne jugez pas, afin que vours ne soyez pas jugés* ! »

1. Ys. 11. 16, 11. 1719. \^. 8 : cf. Darmesteter, Z. A., 1, p. 116-125.

2. C'est la fameuse triade mazdéenne : humata^ hùhhta, hrars/itd. On a déjà pu remarquer que le préfixe hu- (sanscrit t<U') signifie « bien ». Cf. aussi supra p. 89.

3. Cf. supra p. 103; Darmesteter, Z. A.^ I, p. 243 ; Ys. 33. 2 ; etc.j eiCa

4. L'Église catholique n'ose prononcer que Judas lui-même soit damné, et elle nous commande de plaindre Satan, non de le haïr.

On prévoit déjà qu'à bien plus forte raison i'Avesta demeure étranger à certaines outrances ou même à certaines délicatesses de conscience développées dans les religions plus idéalistes : il ignore, par exemple, les mérites du renoncement, la joie des privations, où s'exalre la piété de l'Hindou et du chrétien. Rien plus que l'ascétisme ne répugne à son esprit général : il nomme bien le darrish « le- pauvre »; mais il n'est pas probable que celui-ci soit déjà le derviche « le moine mendiant » de l'époque postérieure' (musnlmanel. Non seulement, aux yeux d'Ahura, cdui qui a un fils est au dessus de celui qui n'en a pas, — opinion également indienne; — mais qui se marie est supé' rieur à qui vit dans la continence', et, poussant à bout cette morale de Bonhomme Richard, le voici qui ajoute : « Qui a une maison vaut mieux que qui n'en a pas. " Pourquoi ? On l'a vu : c'est qu'il enrichit la terre par sa culture et son bétail. Mais la conclusion s'impose et ne manque pas d'arriver : (i Le riche vaut mieux que le pauvre.» Singulière parole dans la bouche de Dieu! et que noua sommes loin de la prédication du Christ ou même de celle du Buddha I

Il n'en reste pas moins que cette morale moyenne, parfaitement appropriée au milieu intellectuel où elle fut enseignée, y produisit sans doute d'excellents fruits. L'État Perse ne fut pas, tant s'en faut, unr société de saints ; mais, autant que nous en pouvons juger, il ne le céda en moralité à aucune des nations

contemporaines ; bien au contraire. Les édits gravés du roi Darius nous montrent un souverain aussi soucieux de religion, de pureté et de justice, que put

I être, trois siècles environ après lui, dans l'Inde, le pieux roi bouddhiste Açôka ; et, dans le conflit armé entre lui et les Grecs, il n'est pas prouvé qu'il eût entièrement tort à l'origine, ni que la loyauté de ses ennemis fût toujours immaculée. Si l'Avesta prévoit des pénalités contre certains crimes ou péchés tout spécialement hideux, — l'avortement, la sodomie, — ce n'est point à dire qu'ils fussent plus communs chez les Perses que partout ailleurs, ou même hélas ! de nos jours. Et enfin les historiens de l'antiquité, étrangers et plutôt hostiles, leur rendent en général fort bon témoignage et ne trouvent guère à leur reprocher qu'une seule monstruosité : les mariages consanguins ; ce qui s'est appelé jadis le hvaétvadatha et se nomme aujourd'hui khêtûk-das.

Ce que les Parsis actuels entendent et louent par ce mot, c'est le mariage entre cousins, favorable au maintien de la pureté de la race et des traditions de famille '.

II n'y a plus d'exemple, chez eux, de l'union d'un fils avec sa mère, ni même d'un frère avec sa sœur ; et ils prétendent, non sans raisons à l'appui, qu'il en fut toujours ainsi. Comme TAvesta nomme le hvaétvadatha sans le définir, il est parfaitement légitime de soutenir qu'il ne l'entend qu'au sens inoffensif de l'exégèse contemporaine. Malheureusement les attes-

1. (( Les mariages entre cousins sont faits au ciel », proverbe persan.

tations des historiens grecs sont trop nombreuses^ précises et concordantes en ce qui concerne l'inceste perse, pour qu'il y puisse planer lonibre d'un doute : Catulle croit qu'il est de règle dans les familles sacerdotales ; Philon en fait l'apanage de la haute noblesse ; mais personne n'y contredit. Et les exemples fameux en abondent : Cambyse épousa ses deux sœurs ; Artaxerce Longue-main, sa fille ; un roi bactrien, Sisimithrès, sa mère. Ne nous leurrons pas deTillusion que ce soient là fantaisies isolées de despotes: Hérodote, Ciésias, d'autres encore, aussi peu suspects, tiennent cette union pour une institution positive, et Ton est allé jusqu'à soupçonner l'Inde védique d'y faire une allusion réprobatrice dans son hymne célèbre des deux jumeaux Yama et Yamî'.

Que si le mazdéisme primitif ne Ta point sanctionnée, il faut bien reconnaître que la tradition postérieure a fait tout ce qu'elle a pu pour nous donner à croire le contraire ; car le Dinkart, dans un long passage, la défend, — bien mieux, — lexalte, comme une heureuse imitation des incestes de fils à mère et de frères à sœurs, qui nécessairement ont marqué les débuts de l'humanité ^ On dira que cela n'incrimine que l'époque pehlvie ; mais l'époque pehlvie, avant laquelle déjà les Perses s'étaient trouvés en contact avec nombre de peuples à qui pareilles coutumes étaient en horreur, les aurait-elle si fièrement revendiquées, si elle ne les eût trouvées fixées dans l'antique

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