Deschanel, Les intérêts français..., p. ia
LES PREMIERS C0:«FLITS (184O-1870) l63
gouvernemenl français à intervenir. On envoya à Mangareva un résident, appuyé d'une force militaire (décembre i865). Mais'telle était la puissance du P. Laval, que le résident ne put rester et que les indigènes retirèrent leur ancienne demande de protectorat (i5 juin 1870)*.
Seule, la Nouvelle-Calédonie fut effectivement occupée. Dès i85o, le gouvernement impérial envoyait en Océanie la corvette rAlcmène, commandant d'Harcourt, avec mission de dresser des cartes hydrographiques des parages de la Nouvelle- Calédonie et d'étudier le climat et les ressources du pays au point de vue de la colonisation. A la suite de cette expédition qui fit ressortir le développement brillant des colonies australiennes et la nécessité d'empêcher l'Angleterre de dominer seule dans le Pacifique occidental*, l'empereur, qui, depuis quelque temps déjà, poursuivait l'idée de fonder quelque part, loin *de la France, une colonie pénitentiaire, fit ordonner au contreamiral Febvrier-Despointes, commandant la station navale du Pacifique, d'arborer le pavillon français en Nouvelle-Calédonie. — Le 34 septembre i853, à Balade, Febvrier-Despointes prenait officiellement possession de l'île'. Malheureusement, il eut l'imprudence de ne pas préciser, dans son procès-verbal, les (( dépendances » auxquelles il étendait cette prise de possession. Les îles Loyalty purent être occupées en fait, en i864, en dépit des protestations des missionnaires anglais qui y étaient solidement et depuis longtemps établis*. Mais on négligea d'occuper les Nouvelles-Hébrides, considérées cepen-
I . On trouvera de nombreux détails sur « le roman de la mission catholique des îles Gambier », in Deschanel, Les intéréls français.,.^ p. i5-4i.
a. Bérard, Campagne de la corvette l'Alcmëne en Océanie pendant les années i85o-5i [Paris, i854, in-S®], p. 182. Cf. Dubois et Terrier, op. «7., p. 365.
3. On trouvera de nombreux détails sur la prise de possession de la Nouvelle- Calédonie, in DE Salims, Marins et missionnaires [Paris, 189a].
4. James Hutton, Missionary life in the Southern Seas [London, 1874]. James Hutton se plaint que TÀnglcterre « ne protège pas assez ses missionnaires ; elle est trop timide. » Il est bien regrettable, ajoute-t-il, que « toutes les îles du PaciGque sud n'aient pas été placées sous le protectorat britannique. » (Cité par À. Bernard, op. cit., p. 398.)
l64 LE PARTAGE POLITIQUE
dant, par nos missionnaires , comme la dépendance la plus importante de l'archipel calédonien : et cette faute amena, par la suite, toutes sortes de difficultés diplomatiques \
Pendant que TAngleteri^e se rendait maltresse de la Nouvelle-Zélande, c'est-à-dire de Tarchipel océanien à la fois le plus riche et le plus propre à la colonisation européenne ; — pendant que, de son côté, la France s'installait, non sans hésitation, dans quelques îles du Pacifique très éloignées les unes des autres, plus isolées encore de la métropole, deux autres puissances apparaissaient, désireuses, elles aussi, de prendre part au partage de TOcéanie.
Ce sont d'abord les Etats-Unis, à qui il ne suffit plus de dominer dans le Pacifique nord, aux îles Hawaii, et qui envoient des marins, des missionnaires ou des consuls aux Marquises*, aux MarshalP, aux Samoa ^ et jusqu'aux Fiji". C'est ensuite une nouvelle venue, TAUemagne, qui n'a point encore de programme d'expansion coloniale, mais dont les marchands — surtout des marchands de Hambourg — ont déjà fondé des comptoirs très prospères aux Samoa*.
Et ainsi, vers 1870, on pressent qu'une nouvelle période va s'ouvrir dans l'histoire de l'Océanie: celle des compétitions internationales, pendant laquelle l'Angleterre, la France, les Etats-Unis et l'Allemagne se disputeront avec âprelé les derniers archipels disponibles.