‹ Le partage de l'OcéanieChapitre 103 sur 234 · II. — Le système dn « condomlnlnm · texte numérisé non relu

II. — Le système dn « condomlnlnm

La question des Samoa : conventions de 1879, 1889 et 1899. — La question des Nouvelles-Hébrides : accord de 1878; conventions de 1887 et 1904.

On a souvent indiqué les causes profondes de ce besoin d'expansion coloniale, si fortement accusé depuis une trentaine d'années chez les nations modernes. Ce sont surtout des nécessités économiques : nécessité de trouver un débouché à l'activité des travailleurs agricoles, des ouvriers des villes euxmêmes, qui ne peuvent plus lutter contre la concurrence des machines ; nécessité de créer de nouveaux marchés, soit pour l'approvisionnement en matières premières, dont le stock, par suite du développement continu de l'industrie, doit être de plus en plus considérable, soit pour l'exportation des produits manufacturés qui encombrent les usines des métropoles '.

I. A ces causes économiques, Il convient d'ajouter des causes sociales. — Par suite des complications croissantes de la vie, qui étreignent non seulement les multi-

uigjiized by

l66 LE PARTAGE POLITIQUE

Dans la recherche de marchés nouveaux, c'est, de préférence, vers les grandes masses de l'Afrique, vers l'Extrême-Orient, que les Européens ont tourné leurs regards ; mais l'Océanie, dont les archipels jalonnent si utilement la future roule vers l'Extrême-Orient par Panama, n'a pas été négligée. Son morcellement insulaire, la disparition lente de ses habitants, l'absence d'un foyer de résistance autour duquel ils pussent se grouper contre la conquête étrangère lui ont même valu d'être une proie plus facile à partager.

De toutes les puissances qui ont pris part au partage de l'Océanie, c'est assurément la France, qui, pendant le dernier quart du xix* siècle, a le moins accru son domaine. En matière de politique coloniale, l'éducation de notre pays a été très lente, et l'époque n'est pas encore très reculée où les projets d'un Gambetta et d'un Jules Ferry, au sujet de la Tunisie, de l'Egypte, duTonkin, rencontraient dans nos deux Chambres la plus malencontreuse opposition. Les progrès de notre influence en Océanie ont particulièrement souffert de ces atermoiements regrettables : dans le Pacifique oriental, si l'on néglige quelques petites îles récemment annexées, la France s'est contentée de prendre possession de l'archipel de la Société où, depuis i844, elle exerçait son protectorat ; dans le Pacifique occidental, elle a eu la faiblesse d'accepter sur les Nouvelles-Hébrides le condominium anglais.

tuHes ouvrières, mais aussi los classes moyennes, on voit s*accumulcr dans tous les pays de vieille civilisation « des impatiences, des rancunes, des haines menaçantes pour la paix publique, des énergies déclassées, des forces tumultueuses qu*il importe de capter pour les employer dehors à quelque grande œuvre, si l'on ne veut pas qu'elles fassent explosion au dedans. » Waiil, La France aux colonies [Paris, s. d.], P-9a.

LES COMPÉTITIONS INTERNATIONALES (iSyO-IQO^) 167

A Tahiti, pendant dix ans, on continua d'accumuler les maladresses et les fautes administratives ou politiques qui avaient marqué les débuts du protectorat*. Ce fut, d'abord, l'autorisation de créer un synode protestant, véritable instrument politique permettant d'agir à volonté sur les chefs, les ministres, les députés de tous les districts, et qui, dirigé par jyjme Brander, fut en réalité « la plus formidable machine de guerre qui ait jamais été forgée contre nous*. » Puis, en 1874, notre représentant eut la faiblesse de favoriser le mariage de l'héritier présomptif avec M"* Marahu Salmon, sœur de M"* Brander *. En 1877 enfin, à la mort de la reine Pomaré IV, alors qu'il eût fallu profiter de la circonstance pour supprimer le protectorat, on eut le tort, au contraire, d'instituer un conseil de régence d'autant plus dangereux qu'il était, en majorité, composé de gens ouvertement hostiles à la France*. Bien plus, on engageait imprudemment l'avenir en désignant le successeur au trône, au cas oii le roi mourrait sans héritier; et c'est une enfant de huit ans, que le parti anglais parlait déjà de marier à un fils Brander, que l'on désignait arbitrairement comme future reine. Ainsi, « nous nous préparions à asseoir sur le trône, de nos propres mains, une monarchie anglosaxonne ' ! »

Il était grand temps de mettre un terme à ces erreurs et à ces défaillances. Les récents progrès des Allemands dans le Pacifiqueet leurs convoitises manifestes sur l'archipel de la Société* nous faisaient un devoir d'agir rapidement, si nous ne voulions

Page 1