‹ Le partage de l'OcéanieChapitre 50 sur 234 · LES VOYAGES DE DECOUVERTES DU XV!" AU XV!!!' SIÈCLE ICI · texte numérisé non relu

LES VOYAGES DE DECOUVERTES DU XV!" AU XV!!!' SIÈCLE ICI

et baptise la nouvelle terre « Australia del Espirîtu Santo » : c'est l'île actuelle d'Espiritu Santo (Nouvelles-Hébrides). — Pendant l'exploration de la Terre du Saint-Esprit, le vaisseau amiral, le San Pedro, place sous les ordres de Luis Yàes:dp:Tor^ês,:perdit de vue le reste de l'escadre et fut poussé, ppr. les vents . et les courants, dans la mer de Corail. Torres aiteîgnil ainsi ' ' la pointe sud de la Nouvelle-Guinée et s'engagea, sans s'en douter, dans le détroit qui a pris plus tard son nom, car il réussit à le traverser, d'ailleurs au prix de mille dangers.

De retour au Mexique, Queiros envoya au roi d'Espagne une série de Mémoires, où il exposait avec ténacité tout un plan de colonisation pour ce continent austral qu'il croyait avoir découvert et décrivait avec un enthousiasme qui lui faisait prendre, par instants, ses désirs pour des réalités'. Il insistait, en particulier, sur laspect pittoresque de ces terres australes, sur leur relief varié, leurs vastes baies offrant de bons ports, leur végétation luxuriante et l'extrême salubrité de leur climat : les Espagnols, disait-il, n'ont eu à souffrir d'aucune maladie, bien qu'ils aient fourni un travail considérable, et les indigènes, vigoureux et robustes, arrivent à un âge avancé. De plus, on n'y voit ni neige sur les montagnes, ni marécages, ni crocodiles, ni insectes, ni reptiles venimeux dans les forêts, ni fourmis, ni chenilles dévastatrices, ni moustiques, etc. Par contre, on y trouve de l'argent, des perles, de la nacre et même de l'or. Les fruits sont nombreux et variés, les forêts peuvent fournir des essences précieuses pour l'industrie ; les épices y sont abondantes, et le climat tempéré permet d'y faire venir les céréales et les plantes d'Europe.

Cependant la voix de Queiros ne fut pas écoutée. Courtisans et conseillers royaux pensaient communément que l'Espagne possédait déjà suffisamment de terres nouvelles propres à la

I. Cf. A.. UiiNAiTD, op. cit., p. 33f) et sq. Dans son Hisloirf ties navitjnlwns an.r terres nnslrales... [Paris, 175O, 'J vol.], lo président de Brosses rlonnc aussi des extraits des Mémoires présentés par Queiros au roi d'Espagne (I, p. 334-3'i3).

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colonisation, el qu'il était par suite inutile de chercher à découvrir et occuper d'autres régions lointaines ; surtout dans les circonstances difficiles que Ton traversait alors, àTheure même ;0«. rEsJpagrfe* jetait engagée contre les Pays-Bas dans une lutte sj^njj.nje.rqi.'. . , •"-

La révolte des habitants des Pays-Bas contre la politique dure et inflexible de Philippe II, qui les frappait k la fois dans leurs intérêts et dans leurs consciences, intéresse à un double titre riiistoire des découvertes en Océanie. Non seulement, en effet, elle absorba l'attention de la cour d'Espagne au point de la rendre indifférente aux projets de Queiros, mais elle eut pour second résultat de substituer les explorations hollandaises aux explorations espagnoles. Obligés de renoncer au trafic avec Cadix et Lisbonne, les seuls marchés d'Europe où se trouvaient en abondance les produits de l'Inde, les Hollandais furent naturellement amenés à se procurer eux-mêmes ces denrées coloniales, qui tenaient une place déplus en plus grande dans l'alimentation des Européens et dont ils étaient pour ainsi dire les seuls courtiers en Europe.

Des deux routes principales qui conduisaient aux Indes, ils choisirent d'abord celle du S.-E. ; puis, en 1698, ils organisèrent cinq expéditions, dont trois prirent la direction du Cap, tandis que les deux autres, sous les ordres de Jacques Mahu et Olivier de Noort, devaient passer par le S.-O. Malheureusement la flotte de Jacques Mahu, après avoir exploré longuement le détroit de Magellan, « sema de ses débris l'Océan et les îles asiatiques »^; le chef de la seconde, Olivier de Noort, ne put ramener en Hollande, au mois d'août 1 601 , qu'un seul vaisseau^.

1. Lasse des hésitations et des refus qu'on lui opposait, Queiros tenta Tentreprise avec ses seules ressources, mais il mourait en i6i4 à Panama, avant d'avoir pu se mettre en route.

2. Vivien de Saixt-Mautix, Histoire de h géographie..., p. SqS.

3. Cf. Prince Rolakd Bonaparte, Les premiers voyages des Néerlandais dans l'Insulinde (1596- 1603), in Revne de géographie, XÏV, p. 4'l6-455 ; W, p. 46 55.

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Quinze ans plus tard, les Hollandais reprirent à nouveau rilinéraire américain, celle fois avec plus de succès. Une expédition dirigée par Jacob Le Maire, gros marchand d'Amsterdam, et un marin, William Schoulen, mit à la voile le 1 4 juin i6i5\ A la fin de janvier 1616, ils découvraient, au sud du détroit de Magellan, un passage auquel ils donnèrent le nom de Le Maire ; puis, se dirigeant obliquement dans la direction des Moluques, ils eurent le mérite de suivre une route nouvelle, distincte de celles de Magellan et de Queiros*. Cependant, si l'on excepte quelques îles insignifiantes de la Polynésie australe, Le Maire et Schouten n'ajoutèrent rien aux connaissances géographiques déjà acquises sur le Pacifique.

Les découvertes importantes auxquelles les Hollandais ont attaché leur nom en Océanie devaient être faites vers le milieu du siècle seulement et par des navigateurs partis, non plus d'Europe, mais de Java, où, dès la fin du xvi* siècle, des marchands néerlandais avaient établi des comptoirs.

En 1642, le gouverneur des Indes néerlandaises, Anthonio van Diémen, qui témoignait d'un zèle très vif pour la géographie, chargea le capitaine Abel Tasman de compléter les découvertes de ses compatriotes dans les régions australes. Il devait déterminer exactement la position de certaines îles aperçues par Le Maire et Schouten et que l'on croyait pouvoir identifier avec les Salomon, découvertes par Mendana; il devait rechercher également si la Nouvelle-Guinée était séparée de la Terre australe (Australie), dont on avait, à différentes reprises déjà, exploré la côte occidentale'.

I. Cf. \e Journal ou description du merveilleux voyarje de Guill. Schoulen..., Amslordam, 1619, 88 pages avec cartes. C'est une relation rédigée d'après le journal du commis d*un des navires, .\ris Claesscn, et d'après des renseignements écrits ou verbaux fournis par d'autres membres de l'expédition.

a. A. Rainaud, op, cit., p. 3/i6.

3. Sur le début des explorations, sur les cotes australiennes, cf. R.-II. Majok, Early voyages to terra Auslralis now called Austrnlia [Elaklu}t Sociclv. London, •859).

Tasman partit d'abord dans la direction de l'Afrique * ; mais les vents et les courants dominants dans le sud de TOcéan Indien le poussèrent bientôt vers VEst et, le 2^ novembre i643, il arriva en face d'une terre aux montagnes escarpées qu'il baptisa du nom de Van Diemen *. De là il poursuivit sa route à la recherche des îles Salomon, mais entraîné plus à l'Est, il vit, après une navigation de neuf jours, surgir au milieu des flots une nouvelle terre qu'il appela Terre des Etats, en l'honneur des Etals Généraux des Provinces-Unies : c'est aujourd'hui la Nouvelle-Zélande. De nouveau, il fit mettre le cap au Nord-Est, vers les Salomon ; il arriva ainsi aux Tonga, d'où un bras du courant équatorial le repoussa vers la Nouvelle-Guinée. Chemin faisant, il découvrit l'archipel des Fiji, le Nouveau Mecklembourg, et revit un certain nombre de petites îles déjà signalées par Le Maire et Schouten. Après quelques courtes escales le long de la côte orientale de la Nouvelle-Guinée, il arrivait à Batavia le i5 juin i643.

L'année suivante, il entreprit un second voyage dont les résultats furent beaucoup moins importants. Chargé, cette fois encore, de reconnaître si la Nouvelle-Guinée était rattachée à la grande Terre Australe, Tasman fut arrêté bientôt par les vents et les courants^, et ne put franchir le détroit de Torrès. 11 se contenta de suivre le pourtour entier du golfe de Carpentarie, et revint à Batavia sans poursuivre l'accomplissement de sa mission.

Les

vertes

;s voyages de Tasman marquent, dans l'histoire des décous en Océanic, la fin d'une période après laquelle, et pen-

1. On trouvera dans A. Rainaitd, o/>. clt,, p. 303 cl »q., un bon rcsumc des voyages do Tasman, d'après les sources hollandaises.

a. La postérité, plus juste que le modeste c<ipitainc. a fait prévaloir le nom de Tasmanic.

3. C'est précisément la direction dos vents et des courants généraux dans celte région du Pacifique qui explique et la rapidité du premier vovagc do Tasman et l'insuccès do sa seconde eipédilion. Cf. supra, p. 30 n. 3.

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danl plus d'un siècle, les événements de la politique européenne vont détourner du Pacifique l'attention des gouvernements'. A ce moment, vers i65o, tous les grands archipels du Pacifique ont été aperçus, sauf la Nouvelle-Calédonie, les Samoa et les îles Cook ^ ; mais il est très malaisé de déterminer avec quelque précision les résultats obtenus au point de vue de la colonisation, car tel était encore l'esprit de rivalité entre les peuples commerçants, que toutes les découvertes maritimes restaient le secret jalousement gardé de leurs auteurs *.

11 y a tout lieu de croire cependant que ces résultats ont été à peu près nuls. D'abord, on avait à lutter contre des difficultés matérielles énormes et de toute nature. Les récifs de coraux et les îlots rocheux, les vents et les courants contraires, les tempêtes rendaient l'atterrissage souvent très dangereux ; fréquemment aussi, les navires désemparés étaient entraînés au large et se perdaient. Lorsqu'il était possible de descendre à terre, il y avait à craindre l'hostilité des naturels. Les équipages, enfin, suscitaient parfois d'autres obstacles tout aussi redoutables : dès que le voyage se prolongeait un peu plus qu'on avait pensé tout d'abord, la fatigue, les maladies, l'ennui amenaient le découragement, le mécontentement, provoquaient même des mutineries et des révoltes ^

De plus, lorsque les marins se laissaient guider par des préoccupations commerciales % celles-ci n'étaient point de nature à permettre la fondation d'établissements durables. A l'exception de Queiros dont la figure contraste si étrangement avec celle de ses contemporains, aucun des intrépides naviga-

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