‹ Le partage de l'OcéanieChapitre 51 sur 234 · De Bkosses, op. cit.t ï, p. 43 et sq · texte numérisé non relu

De Bkosses, op. cit.t ï, p. 43 et sq

5. On trouve la preuve évidente de ces préoccupations commerciales dans les inst nictions qui furent envoyées à Tasman en i6'i'i pour son second voyage. Voir R.-H. Major, Early voyages. ..^ p. 43-58.

I06 LE PARTAGE POU TIQl E

leurs qui sillonnèrent le Pacifique n'avait Tesprit et le caractère du colon, comme le possédèrent un siècle plus lard, à un très haut^ijcgré, les —puritains et les quakers d'Angleterre. S'ils s'élançaient avec une énergie toute particulière vers des pays inconnus, ce n'était pas pour s'y fixer avec leurs familles et y former une nouvelle patrie ; ils y étaient poussés par leur esprit d'indépendance féodale qui les empêchait de se plier à la discipline monarchique des nations européennes; ils y étaient attirés surtout par l'appât des denrées ou des métaux précieux et l'espoir de rapporter dans leur pays une récolle abondante et rapide'. Cela est si vrai que les découvertes à peine commencées étaient aussitôt abandonnées si les terres entrevues n'offraient pas les Kèhesses souhaitées*.

L'interruption des grands voyages de découvertes dans le Pacifique, après ïasman et jusque vers le milieu du xvai*' siècle, s'explique aisément par l'histoire politique de l'Europe pendant la même période.

La décadence a déjà commencé pour l'Espagne. Bien qu'elle ait conservé son immense empire colonial, elle ne se soucie plus — depuis longtemps ! — d'envoyer des navires dans le Grand Océan, qu'elle a pourtant ouvert au monde ; et les sollicilations des âmes pieuses qui pressenties « rois catholiques » d'occuper et d'cvangéliser les « terres australes » restent sans réponse^.

1. LKROY-Br.Aui.iKU, La Colonisolion chez les peuples modernes [4® cdilion, Paris, 1891], p. 3.

a. Ce fui nolammcnt 1c cas de la découverte des Saloiiion par Mcndaiia. Cf. Livrd Amhkkst of IIai;km:y, op. cit., Introd. p. xi.vii.

3. Voir, en parlicnlior. le Mémoire adressé à I^hilippc Hl par Juan Luis Arias, in U.-ll. Majok, Early Voyages..., p. i-3o. Ce Mémoire n'est pas daté; on peut affir-

LES VOYAGES DE DÉCOt VERTES 1)L XVf At WIll*" SIECLE IO7

La Hollande s'est vile épuisée à vouloir jouer un rôle trop grand pour elle. Après s'être dressée, un instant, devant Louis XIV, comme la citadelle de l'Europe, elle a dû bientôt s'effacer : « ce n'est plus qu'une chaloupe dans le sillage du gros navire anglais. » Elle reporte alors toute son activité vers ses entreprises coloniales, et l'on voit de nouveau un de ses marins parcourir le Pacifique. En 1721, Roggeveen obtient de la Compagnie hollandaise des Indes orientales trois vaisseaux, avec mission d'aller à la découverte des terres australes'. Il prend la route de Le Maire et de Schouten, rencontre par hasard l'île de Pâques; puis, se dirigeant vers le Nord-Ouest, aperçoit quelques-unes des Tuamotu et veut aller à la recherche de la Terre des Etais de Tasman ; mais ses compagn*hs, plus préoccupés d'intérêts commerciaux, l'obligent à faire voile vers la Nouvelle-Guinée. Cet itinéraire eut du moins un résultat heureux, puisqu'il permit à Roggeveen de découvrir les Samoa.

Cependant, c'est à des puissances nouvelles, à la France et à l'Angleterre, qui précisément avaient le plus contribué à Teffacement politique de l'Espagne et de la Hollande, qu'allaient être réservés désormais l'honneur el le bénéfice des découvertes dans le Grand Océan. Malheureusement, les luttes successives où leur rivalité entraîna ces deux nations, jusqu'au traité de Paris (1763), retinrent longtemps toute leur attention en Europe, au Canada et aux Indes. Seuls, les corsaires ou les savants continuèrent à se préoccuper du Pacifique: ceux-là, pour y organiser de fructueuses croisières contre les colonies espagnoles d'Amérique; ceux-ci, pour disserter encore sur l'hypothèse du continent austral.

Il n'y a pas lieu de s'arrêter aux croisières des corsaires. Sauf Dampier qui, tout à la fin du xvu® siècle, découvre, dans les

mer seulement qu'il a été présenté au roi entre l'année lOoG, puisque l'auteur y parle du voyage de Queiros, el l'année lOai, date de la mort de Philippe III.

I. Roggeveen ne faisait que reprendre un projet de son père. — Sur son voyago, voir DE Bkosses, op. cit., II, p. 326-a54 ; et A. Hai.naud, op. 01/., p. 388 et sq.

parages de la Nouvelle-Guinée, la Nouvelle-Poméranie — sans pouvoir reconnaître, du reste, que cette ile est distincte du Nouveau Mecklembourg aperçu parTasman*, — aucun des marins qui traversèrent alors le Pacifique ne fit faire de progrès à la géographie*. Le rôle des savants, au contraire, mérite d'être rappelé, car il explique les préoccupations nouvelles des navigateurs français et anglais, dès que le rétablissement de la paix, au milieu du xvni*^ siècle, leur permit de reprendre l'œuvre interrompue des Queiros et des ïasman.

Dans son livre paru en 1766, sans nom d'auteur, sous le titre : Histoire des navigations aux terres australes, contenant ce que Von sait des mœurs et des productions des contrées découvertes jusqu'à ce jour ; et où il est traité de rulililé d'y j aire de plus amples découvertes et des moyens d'y former un établissement, le président de Brosses a très nettement défini le principe et la méthode suivant lesquels il convenait d'entreprendre de nouveaux voyages dans le Grand Océan.

Comme tous les philosophes de son temps, le président de Brosses exige d'abord de la part des navigateurs un désintéressement scientifique absolu. « Il faut, dit-il, ne pas beaucoup s'occuper, jusqu'à la pleiAe réussite (de l'entreprise), des utilités qu'on peut en recueillir ; elles se présenteront assez, d'elles-mêmes, à la suite. Trop d'empressement à jouir du fruit de ses desseins les fait souvent avorter. Ne songeons d abord qu'à la géographie, qu'à la pure curiosité de découvrir, d'acquérir à l'univers de nouvelles terres, de nouveaux habitants. Imitons les profonds mathématiciens qui s'exercent souvent à pénétrer des vérités de pure spéculation, lesquelles, n'ayant d'abord eu qu'un objet de simple curiosité, sont ensuite devenues des objets de véritable utilité pour la statique,

Page 1