Ibid., II, p. 139 et sq
LES VOYAGES DE DÉCOUVERTES DU XVr AU XYIlf SIECLE Il3
rien laissé à découvrira ses successeurs. — En fait, la carte du Grand Océan, après les voyages de Cook, ne différait pas beaucoup de ce qu'elle est aujourd'hui. Les navigateurs qui sont venus après lui, et môme ses contemporains, n'ont porté en effet leurs investigations que sur des points de détail.
L'expédition française commencée sous les ordres de Marion- Dufresne, en 1772, puis achevée sous ceux de Duclesmeur, a exploré surtout les parages de la Nouvelle-Zélande ^ . Celle de La Pérouse, organisée par Louis XVI lui-même, et qui se perdit corps et biens, près de Vanikoro (Nouvelles-Hébrides), est plus célèbre par son issue malheureuse qu'en raison de l'importance et de l'étendue de ses découvertes. La relation du voyage, due à J.-B. de Lesseps', « seul débris vivant de l'expédition dont il était l'interprète )), comme il l'inscrivit lui-même en titre, n'apporte à peu près rien de nouveau à l'étude de la géographie océanienne. — D'Entrecasteaux, envoyé par l'Assemblée Constituante à la recherche de La Pérouse, ne découvrit aucune trace de l'infortuné navigateur; il compléta du moins très heureusement les travaux de Bougainville, Carteret et Cook, sur les archipels situés au Nord-Est de l'Australie'. — Vancouver, à la recherche d'un passage au nord de l'Amérique, nous a laissé d'intéressants détails sur Tahiti, qu'il appelle O'Tahiti, et sur les Hawaii ^ — L'expédition d'Etienne Marchand, enfin, entreprise dans un but commercial, nous a valu des renseignements précis et nombreux sur la partie septentrionale des Marquises^ entrevues déjà par Mendana.
I. Cf. Grozet. Nouveau voyage à la mer du Sud..., déjà cité, a. De Lessbps, op. cit. De Lcsscps avait quitte rexpédition, le i®"" octobre 1787, au Kamtchatka.
3. De R08SEL, Voyage de d'Entrecasteaux envoyé à la recherche de La Pérouse [Paris, 1808, a vol. in-4°]- H faut consulter aussi la biographie complète et bien documentée de d*Entrecasteaux, due au baron Hulot, in Bulletin de la Société de géographie de Paris, 1894. p. 363-4o3. Il y a (page Sôg) une carte des découvertes faites par d'Entrecasteaux.
4. Vancouver, Voyage de découvertes à l'Océan Pacifique du Nord et autour du monde exécuté en 1790-1795 [traduit de l'anglais. 3 vol. Paris, an VIII de la République].
5. Gf É. Margbamd, Voyage autour du monde pendant les années 1790-1793
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Il4 LE PARTAGE POLITIQUE
Ainsi, à la fin du xvni* siècle, TOcéanie est à peu près coinplèlemenl connue. L'importance des progrès réalisés dans cette connaissance est due à la fois aux principes de désintéressement qui ont inspiré les navigateurs de la fin du siècle et à l'emploi d'une méthode scientifique plus rigoureuse.
D'une part, en effet, les dernières expéditions dirigées par les Français et les Anglais se distinguent de celles des Espagnols et des Hollandais du xvi" et du xvii* siècles, en ce que les résultats des découvertes sont acquis d'avance à tout le monde civilisé*. Sans doute, on rencontre des navigateurs prudents qui ne veulent publier la situation exacte, en latitude et en longitude, des archipels qu'ils ont visités qu'une fois que leurs compatriotes en auront pris possession* ; mais cette prudence est toute naturelle et n'est nullement comparable à la jalousie farouche avec laquelle les Espagnols et les Hollandais gardaient autrefois le secret absolu de leurs explorations.
D'autre part, les renseignements maritimes fournis sont beaucoup plus exacts qu'auparavant. Wallis, en 1766, invente un procédé de fixation des longitudes par la méthode des distances lunaires : les erreurs devinrent alors impossibles, ou du moins furent singulièrement atténuées. On avait vu souvent, autrefois, des marins errer pendant des semaines et des mois à la recherche d'archipels considérables déjà signalés sur leurs cartes. Ainsi, Mendana n'ayant pu déterminer exactement les longitudes et latitudes des Salomon, ces îles avaient échappé totalement aux investigations de ses successeurs : au point que les géographes ne les figuraient plus sur les cartes et qu'on s'imaginait volontiers que Mendana avait pris pour un archipel « des
[A vol. Paris, an VI]. Lire aussi G. Saiht-Yves, Le voyage autour du monde du capitaine Et. Marchand (décembre 1790-janvier 1792), in Bulletin de géographie historique et descriptive, 1896, p 260-289. — L'auteur n'a extrait du journal de Marchand que ce qui a trait à la découverte de la partie septentrionale des Marquises.