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LES VOYAGES DE DÉCOUVERTES DU XV^ AU XVIII* SIECLE II

les indigènes, etc. \ De leur côté, les Bon gain ville, les Wallis, lesCooU et les Vancouver révèlent très nettement, par endroits, des projets d'annexion ". Cook laisse même échapper une véritable prophétie, lorsqu'il écrit, à propos de la Nouvelle-Zélande: <( Quoique cette contrée soit fort éloignée des bornes où s'arrête le commerce actuel du monde, on ne peut pas dire quel usage les siècles futurs feront des découvertes modernes'. »

Mais ces préoccupations politiques et commerciales sont contre-balancées et souvent même dominées par d'autres qui aboutissent à des résultats opposés. D'une part, les idées d'émigration, en Europe, surtout en France, rencontrent fort peu de partisans : les écrivains qui exercent le plus d'influence sur l'opinion pubhque s'y montrent très ouvertement hostiles. La fameuse phrase de Voltaire, dans laquelle il regrette que deux nations civilisées soient en guerre pour quelques arpents de neige au Canada, en a fait oublier beaucoup d'autres qui ne sont ni plus sages ni plus généreuses*. » Bernardin de Saint-Pierre estime que le meilleur service qu'on puisse rendre à sa patrie, c'est « d'empêcher un seul honnête homme d'en sortir, » et de « le déterminer à cultiver un arpenl de plus dans quelque lande abandonnée. » — Pour Montesquieu, enfin, « l'effet ordinaire des colonies est d'affaiblir les

1. De Brosses, op. cit., II, p. 36a et sq. — Ces idées ne furent pas sans exercer une certaine inQucnce sur le gouvernement français. Après 1768, il envoya Boufçainville fonder une colonie aux îles Malouines. Mais cette colonie n*eut qu'une durée éphémère. L'Espagne prétendit avoir des droits de propriété sur l'archipel qu'on voulait occuper et le gouvernement de Louis XV céda à ses réclamations. A. Rai!«aud, op. cit.f p. 4aa.

2. BoucAiNviLLE, op. cU.y p. ao5 ; Hawkksworth, op. cit., II, p. 109; III, p. i3i ; CooK, Troisième voyage..., Introd. générale, p. Let li ; Vancouver, op. cit., Ill, p. 3o, 4g. 54 et sq.

3. CooK, Voyage dans l'hémisphère austral .., I, p. aoi. — Il est curieux de noter, par contre, que Forster est d'un avis tout à fait opposé. Il estime, en effet, à propos des découvertes de Cook, que « ces îles n'ayant rien qui puisse tenter une nation à entretenir avec elles un commerce régulier et constant, il est probable que dans peu d'années on les négligera. » Ibid., V, p. 370.

4. Dubois et Terrier, Un siècle d'expansion coloniale [Paris, 190a], Introd., p. la.

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pays d'où on les tire, sans peupler ceux où on les envoie*. » D'autre part, ces navigateurs qui explorent le Pacifique, Anglais aussi bien que Français, sont des savants et des philosophes qui songent avant tout à faire des observations scientifiques et à améliorer la situation matérielle ou morale des indigènes * : dans ce but, ils leur ofirent des animaux domestiques, des semences de plantes utiles, etc.'; ils sont, par moments, si peu soucieux de tirer un bénéfice matériel et immédiat de leurs découvertes, que, ceux même qui, comme Vancouver, se montrent assez disposés à voir leur gouvernement annexer des archipels océaniens, n'hésitent pas à conseiller la paix aux indigènes, sous prétexte que leurs dissensions intestines favorisent les intérêts des étrangers *.

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