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Dk Variciit, L'Océan Pacifique, p. a^a

LES PREMIERS CO:«FUTS (184O-1870) l55

Ne pouvant espérer, momentanément du moins, le concours du cabinet de Washington, les planteurs, puissamment secondés par les missionnaires, s'efforcèrent d'agir sur le gouvernement local. En i852, ils réussissaient à faire promulguer une seconde constitution, beaucoup plus libérale que celle de i84o, en ce sens qu'elle attribuait, sans restriction, le droit de vote à tous les habitants : ainsi, les gros planteurs, maîtres d'une multitude d'ouvriers, ordinairement chinois, pouvaient exercer un contrôle réel sur la conduite des affaires politiques. De plus, une clause spéciale prévoyait le cas d'annexion de l'archipel par une puissance étrangère : la seule signature du souverain suffisait alors et il n'était besoin ni de plébiscite, ni de discussion devant les Chambres*. Ayant écarté ainsi, d'un trait de plume, toutes les difficultés qui pouvaient provenir de négociations longues et compUquées, ils cherchèrent à amener Kamehameha III à céder son royaume aux Etats-Unis. S'il fallait en croire le témoignage des missionnaires, c'est le roi lui-même qui aurait eu, le premier, cette idée de cession, dans la crainte de voir, un jour, son archipel partager le sort de Tahiti. Le fait est contestable. Il n'est pas douteux, en tout cas, qu'un traité de cession ait été signé ; mais la mort de Kamehameha vint couper court à tous ces projets ^

L'avènement de son successeur, Kamehameha IV, marque, pour l'influence américaine, un commencement de recul. Jeune et actif, le nouveau roi, imbu des idées européennes, se montra impatient de rompre avec les préjugés et les superstitions du passé et de s'affranchir à la fois de la tutelle des grands chefs et du joug des missionnaires américains. Il ne se sentait pas davantage attiré vers la France, dont il avait difficilement accepté les observations un peu sévères, soit à propos de la persécution des missionnaires catholiques, soit au sujet des tarifs de douane

I. Sur celte constitution du 6 décembre i853, voir BLACKMAjf, op. cit., p. 13 1. a. De Vabicnt, Quatorze ans..., p. 76.

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élevés contre rimportation des vins et spiritueux*. On trouve la preuve évidente de la tension de ces rapports dans les négociations longues et difficiles du traité d'amitié, de commerce et de navigation franco-hawaïen, signé une première fois le 29 octobre 1867, et qui ne fut définitivement accepté par le gouvernement de Kamehameha que le 8 septembre i858^. Ses sympathies le portaient, au contraire, vers l'Angleterre, à laquelle il demande, vers 1860, l'envoi de prêtres anglicans, promettant un terrain pour l'érection d'une égUse et une forte subvention annuelle au nouveau clergé.

Kamehameha IV mourut le 3o novembre i863. Il eut pour successeur son frère, Kamehameha V, caractère énergique, décidé à combattre et à enrayer définitivement la propagande inquiétante des Américains en faveur d'une annexion aux Etats- Unis. Il marqua ses intentions, dès le début de son avènement, en refusant de prêter serment à la constitution de 1862, qui autorisait l'annexion de l'archipel hawaïen, et en appelant dans son conseil des hommes résolus, comme lui, à s'opposer à toute tentative annexionniste : le plus influent de ces nouveaux conseillers était un Français, M. de Varigny, ancien gérant du consulat de France à Honolulu, et que la confiance de Kamehameha V appelait, dès i863, au ministère des finances^.

De concert avec M. de Varigny, Kamehameha V promulguait, le 20 août 1864, une troisième constitution* dont les dispositions essentielles étaient moins libérales que celles de i852. D'une part, en efiet, on diminuait les pouvoirs du conseil privé,

1. De Varigny, art. cité (Revue des Deux Mondes, i885, VI, p. 90).

2. De Clercq, op. cit.., VII, p. 32a-34o. Sur les négociations de ce traité, on trouvera d'abondants détails puisés à première source, puisque Tauteur fut le secrétaire des conférences, in de Varigny, Quatorze ans..., p. 80 et sq.

3. Sur les conditions de cette nomination, voir de Varigny, Quatorze ans..., p. i43 et sq. L*œuvrede M. de Varigny ne s*est pas bornée à la lutte contre les partisans de Tannexion. Il a apporté aussi tous ses soins au développement économique de Tarchipel et s'est cflbrcé en particulier d'enrayer la dépopulation indigène.

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