I. — ORIGINE ET FONDEMENT
Le département des Basses-Pyrénées est peuplé par deux races : à l’Ouest, les Basques, d’origine ibérique, et à l'Est, les Béarnais, dont les caractères les rapprochent des Gascons. Seulement la communauté d'intérêts et la facilité des relations ont rapproché tous les habitants de la contrée.
La race basque est très ancienne et fut protégée des invasions qui l’ont refoulée dans la montagne par la nature même du pays. Les Celtes, les Goths, les Arabes, les Francs ont traversé le pays sans s’y fixer, en empruntant les deux plus anciennes routes reliant la France à l’Espagne : la route du bord de mer et la route du col de Roncevaux. Les voies de communication dans cette partie des Pyrénées étant aisées, la frontière politique n’a pas isolé les éléments basques habitant l'Espagne (400.000 environ) des éléments basques résidant en France. Tous les basques, français ou espagnols, parlent encore leur langue primitive, la langue euskuara ; leurs mœurs indépendantes sont restées pures, malgré la présence des deux voies de communication importantes. Le peuple basque français habitant des vallées larges, aux versants en pente
(3) D’après Campagne. La conservation du bien de famille chez les Basques français. Thèse Paris, 1914.
Et d’après Pinatel, Op. cit.
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douce, ouvertes sur la plaine du Labourd et du Béarn, fertiles et bien arrosées, pratique la culture et l'élevage ; le commerce de produits agricoles et de bétail est important entre la plaine et la basse vallée d’une part, la haute vallée d’autre part. Le genre de vie est cependant plus pastoral qu’agricole (4).
Les caractères physiques ont leur influence sur la manière de vivre et les mœurs des habitants. Dans la famille, le père est considéré comme un véritable chef. Chaque vallée est considérée comme une république indépendante.
Devant une telle race, dotée de règles propres et de principes très anciens, le Code Civil allait rencontrer, quant à son application, une source de résistance. Le peuple basque résista particulièrement à l’introduction de la règle de l'égalité du partage en nature. Ce fait s'explique non pas par l'esprit de révolte, de contradiction, mais bien parce que la transmission intégrale pratiquée depuis fort longtemps est le mode le plus favorable à la vie économique du pays. La vie économique du pays basque repose sur institution très forte de la famille.
« La population (du département des Basses-Pyrénées) est en grande partie de souche basque, dont le vieux droit avait un caractère si fortement marqué. Famille et propriété y sont liées de la façon la plus étroite. Les maisons situées à la campagne s'appellent « etcheoudo » dans la langue populaire, c’est-à-dire la maison-souche. L’établissement en fermes isolées et la grande extension des prairies et pâturages concourent à expliquer l’antique coutume de la transmission intégrale (5) ».
L'amour de la famille par tous les descendants facilite la transmission intégrale à un seul enfant. Ce système s'explique par l'État de la culture ; la nature a torturé le relief, les vallées sont fertiles, les montagnes arides, la maison en ce lieu constitue une véritable unité économique ; la morceler, c’est la frapper de mort.
. (4) D’après : Gallouédec et Maurette, Géographie de la France et Géographie Universelle Quillet, pages 349 à 358, tome I. (5) De Brandt. Op. cit., page 211.