‹ Le partage en nature et les héritages rurauxChapitre 44 sur 64 · I. — CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES · texte numérisé non relu

I. — CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

La Basse-Bretagne, qui comprend les trois départements du Finistère, des Côtes-du-Nord et du Morbihan, forme une presqu'île exposant trois de ses faces à la mer. Sa situation éloignée du centre de la France en dehors de tous courants et invasions qui ont traversé le pays, sa composition géologique, tous ces caractères ont contribué à laisser à la Bretagne son cachet. Isolée du reste du pays, cette région a conservé sa langue, ses coutumes, ses croyances.

La Basse-Bretagne, pour æutant ne forme pas une contrée uniforme. Grand pays rural malgré la proximité de

la mer, la condition des paysans y est très diverse suivant

les cantons et la constitution géologique du pays.

La constitution géologique, l’exposition à la mer exercent une grande influence sur l’agriculture.

Au point de vue géographique on peut distinguer deux zones qui contrastent entre elles très nettement par la population (au point de vue densité seulement, car la population de la Basse-Bretagne est d’origine celtique) et par la vie économique. Ces deux zones sont lAr-Mor et V'Ar-Coat.

L'Ar-Mor ou zone maritime a pour elle d’abord Je

(22) Géographie Universelle Quillet, tome 1, pages 103 à 145.

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climat maritime, tempéré et très humide. Elle reçoit de plus le courant marin de l'Océan : le Gulf-Stream qui la réchauffe. Ce climat favorise énormément la vie rurale, en particulier la culture maraîchère. La côte de la zone maritime est très déchiquetée ; les baies avec les alluvions, y sont profondes.

Sur la côte septentrionale qui comprend le pays de Saint- Malô, le Penthièvre avec Saint-Brieuc, le Trécorrois avec Paimpol et Tréguier, le pays de Morlaix, le pays de Léon avec Saint-Pol et Roscoff, la vie rurale est très prospère, l’agriculture est riche. L’on y cultive le blé, les pommes de terre, les oignons, choux, choux-fleurs, fraises, artichauts. La culture y est intensive, les engrais sont fourmis par la mer et sont constitués par le varech, le goémon.

« C’est une illusion pourtant de regarder cet Ar-Mor comme une ceinture dorée continue dont la prospérité et la richesse s’opposeraient à la misère de l’intérieur. C’est seulement sur quelques points et sur quelques étroites zones favorisées que l’Ar-Mor présente ce spectacle...

Il y a cependant sur l’Ar-Mor des cantons privilégiés au point de vue de leurs ressources culturales. Ces ressources s'expliquent par des conditions spéciales du sol et d'exposition et par les bonifications faciles dues aux amendements marins, goémon et maërl. Autour de Lézardrieux et l'réguier les champs de pommes de terre donnent des produits hâtifs et abondants, comme près de Saint-Malo.

La côte de Roscoff et de Saint-Pol-de-Léon, tournée à PEst, abritée par la chaussée de l’île de Batz, fertile par elle-même et de longue date travaillée et engraissée avec acharnement, donne en quantité de nombreuses espèces de légumes, oignons, artichauts, choux-fleurs, pois et haricots verts, que l’instinct trafiquant des « Roscovites » sait écouler à bon prix sur les marchés de France et d’Angleterre.

Les Bretons sont marins et terriens. Mais la plupart des habitants de la côte sont plus cultivateurs que pêcheurs,

quoique la pêche soit un des principaux revenus de la Bretagne.

La culture a pris dans ces pays un essor particulier dû en grande partie au développement des moyens de’ communication, que ce soit par mer ou par fer. Les principaux débouchés pour les produits du sol breton sont le centre de la France (Paris) et l'Angleterre.

La côte occidentale est moins riche et moins peuplée que la côte nord.

Quant à la côte méridionale, elle présente à peu près les mêmes caractères que la côte septentrionale. Elle est cependant moins riche, souffrant de l’absence d’arrièrepays qui serait pour elle un débouché. Cette côte compr GLUs le pays de Cornouailles et le Vannetais.

Cette zone maritime ou ceinture dorée, comme on lappelle parfois, est la région essentiellement vivante de la Bretagne. |

La deuxième zone ou Ar- Coat comprend les versants intérieurs des deux plateaux Nord et Sud et la dépression de Chateaulin. Ce pays est recouvert de landes et de four- 1Ës. Il y a alternance de bonnes et mauvaises terres, de prairies ou de landes. On peut cultiver, suivant l'état de la terre, soit du blé, soit du sarrazin, du seigle, de l’avoine.

« Le peuple rural, robuste et prolifique qui y vit, pourrait sans doute appliquer avec profit quelques perfectionnements d'ordre pratique. Mais dans l’ensemble il a tiré le meilleur parti de ce sol ingrat en lui demandant du seigle, du blé noir, la nourriture des petites vaches lai-. tières de la race bretonne Ce qui montre le mieux la bonne économie rurale du pays, c’est que le sol demeure fécond en hommes. C’est là surtout de Josselin à Loudéac, à Rostrenen et au Faouët qu’il faut chercher la Bretagne prolifique... »

Dans le Bassin de Chateaulin, la terre est plus meuble. Les prairies et les terres lahourables sont plus nombreuses et la culture est plus riche que dans l'arrière pays.

Paie

Autrefois, dans l’Ar-Coat, les paysans bretons tiraient du sol la nourriture de leur famille ; ils ne lui demandaient que leurs moyens de subsistance. On cultivait notamment les céréales pauvres (sarrazin), on élevait des porcs, des moutons, des chevaux. Actuellement, la vie se transforme ; le paysan cherche des débouchés et des moyens d'échanges, il se tourne vers l’exportation, il apporte plus de soin à l’élevage, notamment aux vaches laitières. Les produits de la ferme, tel le beurre, peuvent s’expédier au loin et sont vendus au centre de la France, en Belgique, en Angleterre.

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